‹ Frédéric OzanamChapitre 66 sur 344 · LA CONFÉRENCE DE CHARITÉ LA SOCIÉTÉ DE SAINT-VINCENT DE PAUL · texte numérisé non relu

LA CONFÉRENCE DE CHARITÉ LA SOCIÉTÉ DE SAINT-VINCENT DE PAUL

M. BAILLY PRÉSIDENT. — OZANAM FONDATEUR. — LES COMMENCEMENTS. — SOEUR ROSALIE. — OZANAM CEEZ SES PAUVRES. — LA FÊTE-DIEU DE NANTERRE. — AM- PÈRE ET OZANAM. — GUSTAVE DE LA NOUE. — l'eX- TENSION FINALE.

M. Bailly avait puisé ses sentiments charitables au sein de sa propre famille. Le culte de saint Vincent de Paul y était traditionnel. Son père était mort à Brias, près Béthune, en Artois^ entouré des manuscrits du Saint, gardés alors précieusement dans sa maison. On n'y prononçait qu'avec religion le nom de celui que son père et sa mère appelaient le Saint de la famille. Son frère, l'abbé Bailly, entra dans la Congrégation de la Mission, Lui-même, rempli de l'esprit du grand apôtre, se mit au service de la charité dans le monde. Vers 1830, M. Bailly était devenu le bras droit de M. l'abbé Borderies dans la. direction de la Société des Bonnes OEuvres, ainsi que celui de M. l'abbé Desgenettes, alors curé de la paroisse des Missions. M""" Bailly partageait avec son mari la dévotion à Notre-Seigneur Jésus-Ghrist dans le cher pauvre. Sollicitée par la sœur Rosalie, on l'avait vue entreprendre avec une de ses amies la visite

des indigents à domicile. Mais, découragée par l'accueil qu'elle y avait essuyé la première fois, elle et son mari s'étaient accordés à dire : « Ce n'est pas là l'œuvre des femmes. Il y faudrait des hommes, des jeunes gens^ »

C'est sous l'impression de cette parole, qui l'avait

1. Voici dans quels admirables sentiments d'humilité et de reconnaissance Ozanam , s'effaçant lui-même, parle des services de M. Bailly, dans la circulaire du 11 juin 1844, que comme vice-président, il adressa aux confrères, à la suite de la démission du vénéré président général.

« Ce fut M. Bailly qui, en 1833, à une époque où beaucoup d'hommes de bien, encore intimidés, se tenaient à l'écart des bonnes œuvres, eut la pensée de réunir dans un but de charité, sous le patronage de saint Vincent de Paul, un petit nombre de jeunes gens, bien éloignés de s'attendre à cette heureuse multiplication que nous voyons aujourd'hui. Ce fut lui qui leur prêta un lieu d'assemblée, l'assistance de ses conseils, l'encouragement de ses exemples, quj leur enseigna à se rapprocher pour se soutenir, à se recruter au dehors, à secourir les pauvres, etc. Quand nos rangs se furent grossis et qu'il fallut réduire en règlement nos simples usages, M. Bailly écrivit les considérations préliminaires, tout inspirées des maximes de notre saint patron, qui fixèrent l'esprit de la Société. En les développant dans plusieurs circulaires, dans tous les actes d'une laborieuse présidence de onze années, il a su maintenir l'unité au milieu de l'aceroissement de nos Conférences à Paris, dans les départements, dan» les contrées voisines. Notre reconnaissance sera sans borne comme notre respect et si nous n'osons l'exprimer ici d'une manière plus solennelle, c'est que, fidèles aux traditions d'humilité qu'il a établies, nous voulons laisser à sqs bonnes œuvres leur secret et à Dieu le soin de récompenser une vie où tant de temps fut consacré au bien de la jeunesse chrétienne et au service des pauvres de Jésus-Christ. »

Et, un peu plus loin, la circulaire, parlant des objections apportées à la détermination de M. Bailly, ajoutait : « Il lui fut représenté que, s'il pouvait cesser d'être le président de la Société, il ne cesserait jamais d'en être le fondateur. »

Ainsi l'excessive modestie d'Ozanam lui fait-elle, ailleurs comme ici, décerner à M. Bailly le titre de fondateur, en s'effaçant luimême. Ses confrères des origines ne s'y trompèrent pas; et nous allons voir comment bientôt ils protestèrent unanimement et solennellement pour lui restituer tout entier l'honneur d'une primauté qui lui appartenait. V. p. 97 et suiv.

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