L'INITIATIVE
fortement frappé, que M. Bailly reçut la communication d'Ozanam et de ses amis. Elle lui sourit beaucoup. « Il approuva pleinement, rapporte Lallier, le projet de cette petite association intime, toute de charité. Quant aux œuvres à entreprendre, il ouvrit l'avis de consulter tout d'abord le curé de leur paroisse de Saint-Étienne-du-Mont. Le curé était M. l'abbé Olivier, plus tard évêque d'Évreux. Pris au dépourvu, celui-ci se contenta, pour le moment, de conseiller à ces braves volontaires de s'employer à l'œuvre de la catéchisation des petits malheureux.
Mais tout leur zèle était tourné vers la visite à domicile. M. Bailly estimait que, pratiquée avec une prudente discrétion, elle pouvait avoir sur euxmêmes, plus encore que sur leurs visités, la plus salutaire influence. Quatre membres étaient déjà assurés à la réunion. Ozanam en désigna deux autres appartenant à la Conférence d'histoire : Félix Clavé et Jules Devaux, le premier fils d'un chef d'institution du faubourg du Roule, à Paris, et saint-simonien récemment converti ; le second étudiant en médecine originaire de la Normandie, « lesquels acceptèrent avec empressement ». C'était l'élite de l'élite, le reste du groupe chrétien se tenant alors dans une attitude expectante et réservée. On s'arrêta au nombre de huit. Ces huit, dont un seul, Lamache, avait plus de vingt ans, étaient : Frédéric Ozanam, Auguste Le Taillandier, Paul Lamache, Félix Clavé, François Lallier, Jules Devaux. En tète, M. Bailly ; puis un autre dont le nom n'a pas été retrouvé.
Remarquons-le, nous aussi, « Socialement, aucun de ces sept ou huit premiers membres n'appartenait, ni à l'aristocratie, ni même à la bourgeoisie opulente, à laquelle la Révolution de Juillet venait pour un
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temps d'assurer la prépotence. Leurs familles, dans une profession libérale, vivaient d'une existence aussi modeste qu'honorable. Leurs personnes se sont presque toutes ensevelies dans l'ombre : Un excellent professeur de faculté de province, Lamache ; un président du tribunal de la petite ville de Sens, Lallier; Le Taillandier, un homme bon et simple, partagé entre ses œuvres et ses affaires commerciales, à Rouen; De vaux, nn médecin de campagne chrétien; Clavé, plus caché encore. Ozanam seul se classe à part par son talent, son action, son rang dans le monde intellectuel. Mais ne surpasse-t-il pas aussi tous les autres par son humilité? »
Soixante ans après, Lamache, alors octogénaire, interrogé sur la part de chacun dans ces commencements, répondait ainsi dans le journal Le Monde ^ k août 1892 :
« A dire vrai, personne, pas même Ozanam, celui d'entre nous qui avait certainement le plus d'initiative et de zèle, personne de nous ne peut recevoir la qualification de fondateur de la Société de Saint- Vincent de Paul. Nous étions mus uniquement par le désir de nous prêter, faibles comme nous étions, un amical et fraternel appui dans la pratique du bien. Après avoir combattu de la plume et de la parole dans la Conférence d'histoire, pour la défense de la religion, nous éprouvions le besoin de nous retremper, de nous fortifier, de nous consoler en nous livrant à quelques petites bonnes œuvres pour l'amour de Notre-Seigneur Jésus -Christ. C'est donc le bon Dieu, le bon Dieu tout seul qui a tout fait ; et c'est pourquoi précisément il y a lieu de penser que la Société de Saint- Vincent de Paul durera. »
Il est vrai; mais il l'est aussi qu'Ozanam y fut le
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principal ouvrier que le Tout-Puissant s'était choisi pour cet ouvrage. Et le même Lamache écrira à l'abbé Ozanam, l"" juillet 1888 : « J'affirme sur ma parole d'honneur que c'est Ozanam qui le premier m'a parlé de cette conférence ; qu'il en a été l'âme comme il avait été l'âme de la Conférence littéraire, et que, sans Ozanam, la Conférence de Charité ne serait jamais née. »
Moins de trois ans après sa mort, quatorze membres survivants de la conférence primitive voulurent eo porter authentiquement témoignage, en lui confirmant. Ad perpetiiam rei memoriam, le titre de fondateur, par acte écrit, signé de tous. En conséquence, deux de ses plus anciens amis lyonnais, Paul Brac de La Perrière et Chaurand instituèrent une véritable enquête sur le rôle joué par lui dans cette fondation. Ils recueillirent les témoignages, dont ils firent ensuite rapport dans la Déclaration collective ci-dessous insérée dans la Gazette de Lyon du 25 mars 1856 ^
1. « Ne voulant pas, déclarent-ils, laisser compromettre l'exactitude des faits qui nous sont connus d'une manière certaine, grâce à nos propres souvenirs, et grâce à ce que nous avons appris de la bouche même des fondateurs, nous attestons ce qui suit :
« S'il est vrai que la Société de Saint- Vincent de Paul a été fondée par plusieurs, il n'est pas moins vrai que Frédéric Ozanam a eu une action prépondérante et décisive dans cette cette création. C'est lui qui a partagé avec M. Le Taillandier l'idée d'une réunion dont les membres uniraient à leur foi pratique des œuvres de charité; lui qui y a décidé par son initiative la plupart des membres à cet acte de dévouement aux pauvres, aucun d'eux n'ayant appartenu à aucune des associations charitables antérieures. »
Signé, le 20 mars, par MM. F. Alday, J. Arthaud, C. Bietrix, A. Bouchacourt, Ciiaurand, J. Freney, J. Janmot, A. Lacour, L. Lacuria, P. de la Perrière, E. Rieiissec, tous membres de la première conférence de Paris, sur la paroisse de Saint-Étienn©-du-Mont.
Ont adhéré, les 20 et 21 mars, MM. Aimé Bouvier, à Bourg, et Henri Pessonneaux, à Paris.
M. Devaux de Trivière (Calvados) : « J'ai eu le bonheur d'être un