PRECIEUSES RECRUES
Frères de Saint- Vincent de Paul. Il ne sortait pas, — et c'était alors le seul, — du monde des écoles. C'était un homme d'une quarantaine d'années, un lettré, qui avait fréquenté le cénacle romantique. Un jour, une conversation avec M. Bailly lui avait révélé Texistence et les débuts de cette conférence de jeunes gens, et elle avait éveillé en lui des espérances desquelles il écrit, 20 août 1833, à Victor Pavie, son ami : K II y a, en ce moment, ici un grand mouvement de charité et de foi. Mais tout cela, dans la sphère voilée de l'humidité, échappe au monde indifférent. Je me trompe bien ou de ces catacombes nouvelles sortira une lumière pour le monde. » Par M. Le Prévost le Seigneur préparait pour l'avenir une des plus riches greffes de la Société de Saint- Vincent de Paul. Le monde indifférent, comme le nomme M. Le Prévost, l'était-il entièrement au mouvement catholique qui, du moins, ébranlait alors ceux qu'il n'entraînait? La vérité est que même parmi la jeunesse du dehors^ l'action menée par Ozanam avait, en peu de temps, atteint la mentalité et modifié la physionomie morale du vieux quartier latin. De cette modification nous avons un témoin contemporain, non suspect, dans la personne de Sainte-Beuve lui-même. Après avoir dit adieu au rationalisme du Globe, puis au Saint-Simonisme, le Sainte-Beuve de 1833 et 1834- éprouvait d'ardentes sympathies, plus littéraires d'ailleurs que morales, pour la religion cathoHque; et, en deux articles très remarqués, il notait le renouveau religieux dont il était le spectateur, et dont certains ardents enthousiastes le considéraient lui-même comme un artisan. « C'est, écrivait-il, un spectacle assurément mémorable, au milieu de tant de scepticisme et tant d'écarts dont on est entouré, que de