LE SECTIONNEMENT
il se préparait à écraser Le Prévost, je ne trouvai pas que ce discours fut assez foudroyant. L'orageuse mais indécise séance du 23 conclut avec lui à un ajournement. »
Un appui inattendu vint, le 24, aux partisans de la division dans la puissante parole de l'abbé Combalot qui, après la messe de minuit célébrée dans l'église des Carmes, partageant l'amical réveillon des confrères, mit sa chaude éloquence, très insistante, au service de la cause du sectionnement. C'était, au surplus, l'opinion et le désir ardent de la sœur Rosalie. Aussi le 30 décembre, Arthaud reprenait-il la proposition d'Ozanam, qui fut portée d'urgence à l'ordre du jour du lendemain.
Ce 31 décembre fut le jour du grand combat. Avant l'heure ordinaire, la conférence plus nombreuse que jamais se pressait dans la salle de la place de l'Estrapade. La discussion fut très chaude. Paul de la Perrière prit l'offensive, encore plus vif et plus pressant qu'à l'ordinaire. On remarqua que Le Taillandier pleurait : l'idée d'une séparation lui fendait le cœur; et plus encore la crainte d'une désunion des esprits. Ozanam prit la parole pour déployer aux yeux les larges perspectives d'un plus grand bien à faire, à étendre universellement. C'était donc la thèse des joies et des bienfaits de l'amitié chrétienne aux prises avec celle des incommensurables ambitions de la charité.
On ne s'entendait plus et les esprits étaient on ne peut plus surexcités. On était au soir du 31 décembre 1834. La nuit s'avançait; minuit venait de sonner ses douze coups, annonçant un nouveau jour et une nouvelle année. M. Bailly conjura les jeunes orateurs de mettre fin à une discussion trop prolongée, trop
animée. Mais comment finir? Ozanam se lève, va à La Perrière, et tous deux s'embrassent comme frères, en se souhaitant la bonne année. On applaudit, tous les imitent et se retirent joyeux, en laissant au bureau le soin et la charge difficile de contenter tout le monde.
On essaya d'abord diverses combinaisons moyennes, desquelles on se lassa vite. Pendant quelque temps, les conférences partielles se tinrent séparément dans deux salles de la même vieille maison des Bonnes Études. Puis l'une d'elles fut transférée sur la paroisse Saint- Sulpice, sous la présidence de M. Gossin. Puis, presque simultanément, surgirent deux nouveaux rejetons, qui furent la Conférence de Saint-Philippe du Roule, due à M. Clavé et à l'abbé Maret, le futur évêque de Sura, vicaire de la paroisse ; et la Conférence de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle. De peur que le sectionnement ne relâchât le lien de l'unité primitive, on prit soin de statuer la tenue de réunions générales oii les membres en effet se retrouvaient et se retrempaient ensemble dans l'esprit véritable de la société. Elles étaient présidées par M. Bailly, le 'pere Bailly, gardien des traditions, et animées du souffle de Frédéric Ozanam, qui demeurait l'âme de toute cette dispersion.
En même temps et à mesure que la Société recevait cet accroissement du nombre et de l'importance, un accroissement parallèle et correspondant de lumière sur l'œuvre et ses fins se faisait dans l'intelligence docile de ce jeune homme, que l'Esprit-Saint traitait de la manière qu'il fait avec les fondateurs et fondatrices de ses instituts religieux dans l'Église.
On remarquera d'abord qu'au lieu de faire de