CONFÉRENCES DE NOTRE-DAME
contre les envahisseurs, jusqu'à l'arrivée de ses invités reconnaissants.
Aux côtés d'Ozanam, Lallier et La Perrière prenaientdes notes pour les articles de leur ami. C'étaient aussi leurs impressions, leurs visions que la plume de l'ami traduisait ainsi, le 14 mars 1835 : « Lorsque, à la fm du discours, l'auditoire qu'avait subjugué l'accent du jeune prêtre tomba aux pieds du pontife pour recevoir sa bénédiction, lorsque les cloches de Notre-Dame s'ébranlèrent en même temps, et que les portes s'ouvrirent pour répandre dans toute la capitale cette foule riche de l'aumône de la vérité, il nous sembla assister, non pas à la résurrection du catholicisme, car le catholicisme ne meurt point, mais à la résurrection religieuse de la société actuelle. »
Dans les comptes rendus suivants, Ozanam signale la foule plus pressée que jamais; Lacordaire plus beau que jamais. Il a aperçu dans cette foule, entre autres illustrations. Chateaubriand, Saint Marc-Girardin, Ballanche, le pasteur Athanase Coquerel. »
L'enthousiasme alla grandissant jusqu'à la dernière conférence, qui fut « d'une éloquence supérieure à tout ce que j'ai jamais entendu. Voilà, dit-il, ce qui nous met du baume dans le sang ».
Ozanam eût voulu voir l'Église, sa mère, reconnue et proclamée reine des arts, comme des sciences, comme des lettres, étendant son sceptre dans toutes les directions de la pensée humaine. Dans ce même temps, son ami de La Noue lui écrivit qu'il venait de se former une Association d'artistes, laquelle le priait d'agréer le titre et les fonctions de vice -président. Ozanam s'excusa sur la multiplicité de ses occupations, acceptant néanmoins d'en être membre
intermittent, dans le secret dessein de faire prévaloir l'esprit chrétien dans ce monde d'artistes et de poètes « avec lequel il désirait garder un point de contact », répondit-il.
C'est que lui aussi avait conçu le plan d'une société semblable, « en vue, dit-il, de glorifier la religion par les arts, et de régénérer les arts par la religion. La puissance d'association est grande, car c'est une puissance d'amour! Il y a bientôt cinq ans que cette idée s'est emparée de moi et ne m'a point quitté ». Ce ne serait pas seulement les arts, mais les lettres, les sciences, qu'il y faudrait enrôler; non pas seulement ceux qui les enseignent ou les cultivent, mais tous ceux qui les patronnent et qui les aiment. Société d'émulation et d'encouragement, avec ses concours et ses prix; société d'assistance au talent malheureux ou souffrant; société de prosélytisme catholique au sein de l'élite intellectuelle du pays. Quoi encore? « Enfin, dit-il, quand une législation plus large le permettra : r établissement de collèges, d^ académies, d'universités catholiques! Ah! ces beaux rêves, sans doute, je n'eus jamais la prétention de les réaliser moi-même, mais j'ai toujours espéré que Dieu se chargerait de faire l'œuvre, pourvu qu'on l'y aidât. »
Mais encore le jeune apôtre veut-il que l'Association projetée ou naissante soit bien réellement une société de chrétiens, de catholiques croyants et pratiquants, fidèles à la direction et aux enseignements de l'Église. 11 interroge son ami : « Sera-t-elle religieuse, au sens le plus élastique de ce mot, ou bien au sens pratiquement chrétien et positivement orthodoxe? Soyons assurés, mon cher ami, que V orthodoxie est le nerf de toute œuvre catholique, sa condition vitale, et que c'est dans sa foi qu'elle puisera sa durée et sa force. »