LICENCIÉ ES LETTRES
Il consent toutefois à écrire une Introduction pour la Revue Européenne, renaissant de ses cendres. Mais il a fait son deuil des Conférences d'histoire : « Les pauvrettes sont mourantes, et ce n'est pas moi, hélas! qui les sauverai. »
Dans ces dispositions, ce sont les hauts représentants du barreau, d'une part, et de la littérature contemporaine, de l'autre, que nous lui voyons cultiver simultanément, sinon pareillement. Le 8 février 1835, il raconte à sa mère que, sur sa recommandation, il a fait sa visite de nouvel an à M. de Lamartine : « Il m'a fait un gracieux accueiL II parait que les vers que je lui ai adressés lui ont fait réellement plaisir. Il m'a dit mille choses flatteuses, mais qui cependant m'ont peiné, parce que je ne les mérite pas. Il m'a fait aussi de très belles prédictions d'avenir, qui ne prennent pas le chemin de se traduire en faits. Il a pris mon adresse, pour m'inviter à dinar chez lui un de ces jours. Il m'a prié aussi de venir quelquefois à sa soirée du samedi. J'irai certainement. »
A la même page, il mentionne une brève visite à M. Sauzet, un lyonnais, futur président de la Ghambre des députés, de qui la bienveillance s'obstine à voir dans ce jeune compatriote une espérance de la tribune et du barreau. A son père, il écrit, 15 mars : « Sauzet a fait hier, à la Chambre des députés, un discours qui a emporté l'admiration unanime, et que l'on compare aux meilleurs discours de Berryer. »
Auquel des deux personnages, de l'écrivain ou de l'avocat, du poète ou de l'homme politique, l'avenir du jeune étudiant donnera-t-il raison?
Ce furent les Lettres qui, dans l'année 1835, arrivèrent les premières à la palme : on eût pu le pressentir. Le 2 mai, une lettre apportait à M. Velay, son
cher officier, une nouvelle inattendue : <( Mon cher Velay, voici l'excuse à mon silence. Je me suis mis dans l'esprit, en ces derniers temps, de réduire à sa plus simple expression, à sa forme la plus positive, ce que j'avais appris de littérature pendant mes trois ans de séjour ici; afin de faire passer, s'il était possible, ma science en parchemin, et de prendre le grade de licencié es lettres. Il a fallu revoir d'un bout à l'autre mon Burnouf, et me convaincre que je n'avais jamais su mon grec. Il a fallu repasser une foule d'auteurs, et ensuite toute l'histoire dont plusieurs parties m'étaient passablement étrangères. Ces travaux m'ont occupé un grand mois, au bout duquel j'ai obtenu ce bienheureux diplôme de licencié. — Il me servira de marchepied, j'espère^ ajoute- t-il, pour me faire recevoir docteur l'an prochain. Alors je serai, s'il plaît à Dieu, docteur en droit et docteur es lettres. »
C'étaient donc là <( ces deux cordes à son arc » auxquelles faisaient allusion ses lettres à sa mère, pour être doublement au service du divin Roi, où qu'il appelât son soldat.
Cependant la joie de son audacieux succès académique était dès lors empoisonnée par l'état inquiétant de la santé de sa mère. Sa tendresse pour cette vénérée mère avait semblé redoubler en ces jours. Le 24- février, il la remerciait ainsi de la bénédiction qu'elle venait de lui envoyer ; « Cette bénédiction maternelle est le plus beau, le plus précieux présent que vous pussiez me faire... Je me suis agenouillé, et j'ai demandé à Celui qui vous a dicté ces bénédictions, chère maman, de les ratifier; et de ne jamais permettre que j'en fusse indigne. J'ai demandé de l'énergie et de la fermeté; j'ai formé des résolutions plus solides; et déjà de-