‹ Frédéric OzanamChapitre 11 sur 42 · INTRODUCTION XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XVII

heureuse malgré le travail, disons mieux à cause du travail, et malgré des souffrances presque continuelles, avec celle d'un si grand nombre de nos contemporains, même les plus brillants, on voit d'une manière bien saisissante tout le bien que peuvent faire une éducation chrétienne, les traditions de la famille et cette philosophie pratique qui s'inspire de la religion.

Le savant professeur eut comme d'autres, dans sa jeunesse, ses moments de doute, mais jamais une heure de véritable défaillance. Les passions n'étaient pas sans avoir quelque prise sur lui ; l'amour inné et peut-être exagéré de la liberté, la rêverie, le vague de l'âme auraient pu le conduire loin de la voie qu'il a suivie avec tant de persévérance et de fermeté; enfin il a peut-être couru le risque de devenir un de ces incompris qui s'analysant eux-mêmes, et se retrouvant en toutes choses, arrivent à force d'orgueil et d'égoisme à l'impuissance et à la stérilité morales.

La littérature contemporaine offre de nombreux exemples de ces malheureuses existences gouvernées plus encore par le caprice que par la passion, et qui après avoir jeté quelques rayons de lumière et recueilli quelques bouffées d'encens, vont s'éteindre dans un ignoble marasme. Sans parler des fins tragiques comme celle de Gérard de Nerval, il ne manque pas d'hommes de talent, d'esprit distingués, qui comme Prosper Mérimée, n'ont pas donné toute la mesure de leur capacité, n'ont rien fait de vraiment utile pour leurs semblables, parce que, "craignant toujours d'être dupes de quelqu'un ou de quelque chose, ils ont fini par être dupes d'eux-mêmes." *

* Taine. —Préface des Lettres à une. inconnue.

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