‹ Frédéric OzanamChapitre 26 sur 42 · PELERINAGE AU · texte numérisé non relu

PELERINAGE AU

" Un des faibles d'Ozanam, écrivait le R. P. Lacor- '' daire, c'était les voyages aux grands lieux du ^' monde. Il courait à un lac, à une vallée, et quand " les ombres de l'histoire descendaient avec celles de *' la nature sur un champ ou sur une ruine, il s'y sen- " tait attiré par une invincible sympathie."

C'est ainsi que nous l'avons vu voyager successivement dans le Dauphiné, à la Grande Chartreuse, puis en Italie dans un premier voyage, et plus tard en Belgique et en Allemagne.

Nous le verrons bientôt entreprendre un second voyage en Italie, et cette fois, se rendre en Sicile pour y étudier les imposantes ruines de l'antiquité grecque. Quelques années écoulées, son livre intitulé Un 'pèlerinage au pays du Oid nous apprendra qu'il est de retour d'un voyage en Espagne et dans le sud de la France. En 1846, il partira une troisième fois pour l'Italie, et le résultat de cet intéressant voyage, sera

inft FRÉDÉRIC OZANAM

un de ses ouvrages les plus remarquables, Les Poètes franciscains en Italie au XIIP siècle.

Malheureusement, il n'y avait pas que son grand désir de voir, de connaître et d'étudier, qui le portait à voyager ; bien des fois, hélas ! le triste état de sa santé lui faisait une nécessité d'abandonner l'étude pour se rendre aux eaux, et souvent même se réfugier à l'étranger. Nous le verrons donc se diriger en 1850, vers la Bretagne, se rendre à Dieppe et de là traverser en Angleterre. Enfin, les dernières dates de sa correspondance nous apprendront qu'il est un jour à Nice, un autre jour à San-Jacopo et en dernier lieu à Antegnano.

Pour suivre l'ordre chronologique des voyages de notre savant professeur, nous devons nous rendre d'abord aux eaux d'Allevard, où nous le trouverons occupé à se guérir d'une laryngite qui résistait à tout remède.

C'était le premier voyage qu'il faisait en compagnie de madame Ozanam. Quelques jours plus tard, son frère l'abbé et son autre frère Charles vinrent les rejoindre.

Tout en suivant un traitement assez sévère, nos voyageurs passèrent très agréablement leur temps, à faire différentes promenades dans les environs d'Allevard qui est un village très pittoresquement situé dans le fond d'une belle vallée.

Ils visitèrent le château du chevalier Bayard et firent une autre fois une longue excursion aux Sept- Laux ou Sept Lacs.

Ozanam voulut faire partager à sa femme le bon souvenir qu'il avait conservé de sa visite à la Grande Chartreuse. On se dirigea donc de ce côté mais le mauvais temps qui les surprit en route et qui dura plusieurs jours les obligea à rebrousser chemin et à rentrer à Lyon.

Au mois de septembre de la même année, les deux jeunes époux partirent pour un voyage beaucoup plus important. Chaque fois qu'il songeait à en entreprendre un, Ozanam se sentait immédiatement attiré vers son pays natal, l'Italie. Cette fois, il semble s'être occupé de visiter surtout Naples et ses environs.

Dans ses notes et ses lettres, il nous parle du Vésuve, d'Herculanum et de Pompéi, et tout en nous décrivant les monuments et les belles ruines de ce qui fut un jour le royaume de Naples, il nous fait en peu de mots, un abrégé de l'histoire de toute l'Italie.

Pour parcourir la Sicile, nos voyageurs trouvèrent la route longue et fatigante, étant obligés de traverser un pays infesté de brigands ; mais ils furent bien récompensés de toutes leurs fatigues, par la beauté des paysages, et surtout par les richesses qu'ils en apportèrent sous forme de notes et de souvenirs. Ozanam put y admirer une végétation tropicale dont il nous peint toutes les beautés sous les plus riantes couleurs. Mais ce qu'il nous décrit avec plus de complaisance encore, et jusque dans leurs moindres détails, ce sont les monuments de l'antiquité grecque. " L'antiquité grecque, dit-il, bien moins connue que

" l'antiquité romaine, c'est là ce que j'allais chercher " en Sicile, et mon attente n'a pas été trompée. Par- " tout, des restes nombreux : de vieilles colonnades " soutiennent les voûtes des églises modernes ; les " débris d'un tombeau s'élèvent tristes et désolés au " bord du chemin ; ou bien, un grand pilastre soli- " taire est resté debout sur le rivage, et résiste depuis " deux mille ans à l'effort destructeur des vagues et " des siècles."

C'est ainsi qu'il nous décrit l'ancien et magnifique théâtre de Taormine et le temple de Minerve à Syracuse. Il n'oublie pas de nous faire part de son admiration à la vue du port de cette ville, ni de son étonnement en y visitant une grotte acoustique célèbre, connue sous le nom d'Oreille de Denys. A Agrigente, l'aspect des temples élevés aux divinités grecques lui fait la plus vive impression. " Il est impossible, " dit-il, que le génie grec se révèle nulle part avec " plus de pureté et de splendeur. On se trouve en " présence de toutes les grandes inspirations du génie " et en même temps de toutes ses folies ; tous les pro- " grès de l'art, depuis l'austère nudité des premiers " monuments jusqu'à la parure quelquefois trop "riche des derniers. Et quand l'admiration s'est " épuisée devant ces prodiges, on apprend que le sol " qui les porte, que le rocher où fut fondée Agrigente, " où s'agitait une population de huit cent mille habi- " tants, est entièrement vidé à l'intérieur par des " excavations qui se croisent en tous sens, travail

*' colossal et dont le but est encore ignoré, ville sou- " terraine et ténébreuse, encore plus étonnante que " celle qui se déployait si opulente à la face du soleil."

Poursuivant son voyage au milieu de ces belles et illustres ruines, Ozanam visite successivement les villes suivantes : Sélinonte où l'on a trouvé des basreliefs '' qui passant de la grossièreté barbare jusqu'au " mérite le plus achevé, présentent l'histoire entière " de la sculpture ; " Ségeste où l'on admire un temple très bien conservé; Montréal, avec sa magnifique cathédrale ; Palerme, avec la chapelle du palais " deux " monuments resplendissants de mosaïques, alliant la " légèreté des ogives gothiques à la gravité des formes " byzantines, véritables types d'un art qui ne se " retrouve plus hors de là."

Après avoir visité les principales villes de Sicile, il était de retour à Naples, bien tard en automne; de là, il fit une courte visite à Rome, puis il prit le chemin du retour, le temps de l'ouverture de son cours étant venu.

Il revint de ce long et beau voyage muni des plus importants renseignements sur les monuments de l'antiquité grecque ; l'esprit ranimé et élargi par la vue de tant de beautés et le cœur bien disposé pour reprendre ses importants travaux.

Vers la fin de l'année 1846, il partit de nouveau pour l'Italie, chargé cette fois par le ministre de l'Instruction publique, d'une mission scientifique et littéraire. C'était son troisième voyage dans ce pays

qu'il aimait tant, et auquel il venait demander tout à la fois une meilleure santé, des connaissances plus complètes et une foi plus ardente.

Avant de se rendre à Rome, notre voyageur passa par Florence où il se sentait attiré non seulement par la présence de quelques parents, mais encore par son admiration pour Dante, dont le souvenir semble rem- • plir la ville. Rome et Assise semblent s'être partagé presqu'exclusivement tout l'intérêt d'Ozanam, dans ce voyage, de même qu'au second voyage, il semblait s'être plus particulièrement occupé de Naples et de ses environs.

A Rome, la plus grande partie du temps fut consacrée aux visites des catacombes. En compagnie de M. l'abbé Gerbet, plus tard, évêque de Perpignan, il y descendit cinq fois, toujours avec la plus grande émotion.

Le travail qui fut le résultat de sa mission officielle, ne fut publié qu'en 1850, sous le titre de Essai relatif aux écoles et à V Instruction publique en Italie, aux temps barbares.

Pendant son séjour dans la Ville Eternelle, il mit la dernière main à la préface de son livre sur les Germains.

Le long de la route en revenant, et surtout à Assise, il prit des notes qui lui servirent plus tard pour écrire son ouvrage intitulé : Les Poètes franciscains en Italie au XIIP siècle. Ce fut le résultat non officiel de ce voyage, mais non pas le moins important. Nous don-

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nerons dans les chapitres suivants, une analyse de cet ouvrage.

"A cette époque, dit l'abbé Ozanam,il y avait encore en Italie des voituriers qui voyageaient à petites journées, se reposant chaque nuit. Ils donnaient ainsi aux touristes, le temps de contempler, d'admirer des sites ravissants, et les beautés artistiques des principales villes où ils s'arrêtaient. Ce fut le moyen de transport que choisit Ozanam. Il parcourut ainsi toute l'Ombrie, les Romagnes, Ravenne, Venise, la Lombardie, et pénétra par le Splûgen, dans le pays de Coire jusqu'à Saint-Gall, nom qui se rattachait à ses études germaniques; après Einsiedoln et la Suisse, il descendit le Rhin de Bâle à Cologne, puis reprenant la route de sa patrie par la Belgique, il rentra dans Paris, rétabli, l'esprit reposé, son portefeuille bien garni de notes précieuses et de souvenirs délicieux. Ce voyage, en effet, se fit au milieu d'un perpétuel enchantement." Il nous est impossible de passer outre sans dire un mot de la ville d'Assise où Ozanam s'arrêta, et que les guides désignent sous le nom de ville monastique remplie de saint François. Notre voyageur ressentit la plus douce émotion, en se trouvant au milieu de cette vieille et charmante ville qui a conservé l'empreinte et le cachet du XIII« siècle qu'il a tant étudié. La séraphique figure de saint François qui semble planer au-dessus de la ville, et l'éclairer de ses suaves rayons impressionnait fortement Ozanam. Il voyait dans ce

grand saint, son idéal de la pauvreté et de la charité évangéliques.

Assise occupe une très jolie position sur une colline qui domine l'un des plus riants bassins de l'Ombrie. Tout dans la ville et ses environs nous parle de saint François. A l'endroit où il est né, aux places qu'il affectionnait particulièrement, comme au lieu où repose son corps s'élèvent des sanctuaires, des chapelles et même de magnifiques églises. Comme nous aurons occasion de revenir sur ce sujet dans l'analyse de l'ouvrage sur les poètes franciscains, nous n'ajouterons rien, si ce n'est que c'est dans cette ville et à la lecture d'un opuscule intitulé : Les petites fleurs de saint François, qu'Ozanam s'inspira pour écrire ce livre que M. Ampère appelait un chef-d'œuvre plein de savoir et de grâce.

En passant par la Suisse, il traversa le village où sa famille avait trouvé refuge au temps de la terreur. Dans une page charmante de ses lettres, voici comment il décrit ses impressions et l'emploi de la trop courte demi-heure passée à Echallens. On remarquera dans quels termes il parle de sa bonne mère dont le souvenir était continuellement présent à sa mémoire, et qui, pensait-il, était toujours auprès de lui pour le protéger.

" Un des plus doux moments de ce voyage de " Suisse, c'est la demi-heure que nous avons passée à " Echallens. Nous n'avions ni calculé, ni prévu cette " station de notre pèlerinage. La chose s'était arrangée

" d'elle-même, comme tout ce qui s'arrange bien. " Echallens se trouvait à moitié chemin du trajet de *' Lausanne à Iverdun. Je me rappelais que c'était le " lieu où mon. grand père s'était retiré pendant les " derniers mois de la terreur, et dont ma mère m'avait " si souvent parlé. Que n'aurais-je pas donné pour " connaître la maison qu'habita ma famille ! Du " moins, je voyais les petits bois et les jolis sentiers " où ils allaient cueillir les fraises. L'oncle chartreux " marchait le premier en éclaireur, et quand il avait " découvert un nid de fraises, il appelait ses joyeuses "nièces: Venez, mesdemoiselles, c'est tout rouge. " Et l'on revenait avec des paniers tout pleins de ces "jolies petites fraises qu'on mangeait avec du pain " excellent. J'ai visité l'église où ma bonne mère a " fait sa première communion, sous la direction de " ce bon curé, qui lui répétait : " nous irons les deux, " nous irons les deux en paradis." Je l'ai trouvée " comme ma mère me l'avait décrite, partagée, " hélas ! entre les deux cultes : le sanctuaire réservé " aux catholiques et fermé par une grille de bois, " la nef commune aux catholiques et aux protes- " tants ; d'un côté, la chaire du curé et le baptis- " tère ; de l'autre, la chaire du pasteur et la table de " la cène. Cette chère église est bien misérable ; cepen- " dant j'y ai prié avec plus d'émotion que de cou- " tume ; j'y ai remercié Dieu des grâces qu'il avait " faites en ce lieu même à la petite exilée. J'ai prié " pour ma bonne mère, parce que c'est un devoir de

" prier pour les morts: mais, comme je la crois lieu- " reuse et puissante dans le ciel, je lui ai demandé ^' de veiller sur nous, de nous aider à finir heureuse- " ment ce voyage trop long, et surtout d'obtenir à '' ses enfants, quelques-unes de ses douces vertus. " Ma femme et ma belle-mère j^riaient avec moi, et " ma petite Marie s'agenouillait bien sagement devant " la grille du sanctuaire. Amélie a voulu cueillir " quelques fleurs sur la petite éminence où s'élève " l'église. Ces fleurs ne sont pas celles que notre " bonne mère foulait en allant à la messe, mais elles " leur ressemblent, et plaise à Dieu que nous lui res- " semblions autant." *

Si nous continuons la narration des nombreux voyages faits par Ozanam durant sa trop courte vie, nous devrons maintenant le suivre en Bretagne et en Angleterre.

C'est en 1850, qu'il fit ce voyage dans l'espérance d'améliorer sa santé bien compromise par un travail trop assidu. Depuis longtemps, ses amis lui conseillaient d'aller en Bretagne, pensant que les bains de mer lui seraient favorables.

Durant son séjour dans le Morbihan, il fut témoin à Vannes, de la procession annuelle en l'honneur de saint Vincent Ferrier dont on conserve les reliques dans cette ville. Il assista aussi à une noce bretonne et à la fête patronale de l'Isle d'Artz. Dans

* Lettres, 2 vol., p. 197.

toutes ces occasions, notre voyageur fut aussi étonné du caractère calme et de l'apparence sombre des bretons de cette partie de la province qu'édifié par leurs démonstrations religieuses, qu'une foi profonde et un grand recueillement caractérisaient.

M. de Francheville et M. et Mde. de la Villemarqué, firent tout en leur possible pour faire connaître le pays en entier à Ozanam, à sa femme et à sa petite fille. C'est ainsi qu'après avoir visité Truscat, ils se rendirent par eux à Sainte- Anne d'Auray, admirant tout le long du voyage, les paysages enchanteurs qui abondent le long de la rivière et qui font une admirable diversion avec les landes incultes de quelques autres parties du Morbihan.

Au sanctuaire de Sainte- Anne d'Auray, qu'Ozanam visita, les bretons font annuellement un pèlerinage national. N'oublions pas que c'est le 'prototype de notre honne Sainte- Anne de Beaupré, où les pèlerinages deviennent de jour en jour plus nombreux et plus fructueux, et dont la réputation s'étend maintenant dans toute l'Amérique. *

Nos voyageurs passèrent aussi par le chemin de

* Il y a un grand nombre de paroisses et d'églises au Canada sous le vocable de Sainte- An ne; mais Sainte-Anne de Beaupré, est la plus ancienne et la plus célèbre, et elle seule porte l'appellation populaire de " la bonne." La vieille église a été malheureusement démolie pour en construire une plus grande qui est confiée aux RR. Pères Rédemptoristes. Une petite chapelle dans le style de l'ancienne église a été élevée avec une partie des matériaux.

Carnac où ils purent contempler " cette plaine de six " lieues sur laquelle s'élèvent mille à douze cents *' pierres dont les plus hautes ont une trentaine de " pieds. Elles sont pour ainsi dire rangées en bataille " sur onze rangs également espacés. De distance en •' distance, on voit des dolmens, des tumulus surmon- *' tés d'un menhir, c'est-à-dire d'une pierre élevée."

A Quimperlé, Ozanam assista à une fête connue dans le pays sous le nom de Pardon. Dans cette partie de la province, les costumes sont très gais et éclatants. Il y a aussi moins de gravité, et la nature est plus fraîche et riante : telle était la différence entre ce pays et celui de Vannes que nos voyageurs en étaient à se demander si les deux endroits faisaient véritablement partie de la même province.

Enfin, après avoir visité Brest, sa rade et ses vaisseaux de guerre, puis Morlaix, Saint-Pol-de-Léon, et le pèlerinage du Fol-Goat, il acheva le tour du Finistère et revint à Paris, par Carhaix, Lorient, Vannes et Nantes.

Au retour de ce voyage, sa santé parut s'être améliorée, et ces six semaines passées au grand air et dans l'activité des excursions lui avaient certainement donné de nouvelles forces.

L'année suivante (1851), sur l'avis de ses médecins, il se dirigea sur Dieppe pour y prendre les bains de mer. C'était précisément à l'époque de la première exposition universelle de Londres. Ses amis réussirent à lui persuader de traverser en Angleterre.

Il se mit donc en route avec sa femme et son enfant, ainsi que M. Ampère qui devait de là se rendre en Amérique.

Pendant son séjour à Londres, Ozanam eut occasion d'admirer la puissance matérielle de l'Angleterre, la hardiesse de ses machines et le bon marché de ses tissus.

Son cœur sensible fut cependant affligé de voir la misère des pauvres, dans la métropole surtout.

Nos voyageurs visitèrent plusieurs fois l'exposition du palais de Crystal où ils purent se rendre compte des progrès de l'industrie et des prodiges opérés par la mécanique.

M. l'abbé Ozanam nous dit que son frère Frédéric, convenait volontiers des qualités du peuple anglais. Il lui reconnaissait son respect pour la loi, son amour pour son pays, son ardeur constante pour le travail, et malgré cela, son respect pour le repos du dimanche. Mais ce qu'il ne pouvait lui pardonner, c'était la morgue des riches et leur mépris pour les pauvres.

Ozanam se rendit aussi à Oxford où il se remit du bruit étourdissant de la métropole, en visitant tranquillement l'Uniyersité et les grandes et célèbres maisons d'éducation, qui ont conservé l'architecture gothique ou celle de la renaissance.

A son retour d'Angleterre, il s'arrêta de nouveau à Dieppe pour y prendre les bains de mer. Comme vice-président général de la société Saint- Vincent de Paul, (il avait refusé la présidence), il y visita les

différentes conférences établies dans la ville, et dans une séance générale, il prononça un discours très éloquent et qui fut tellement admiré qu'on en parla longtemps.

Malgré tous ces voyages, les forces revenaient bien lentement à notre trop zélé professeur, et au retour de cette dernière excursion, se sentant un peu mieux, il se remit à l'étude avec trop d'ardeur et perdit en peu de temps, les bons effets du grand air et des bains de mer.

En 1852, il fut atteint d'une pleurésie des plus graves, et aussitôt qu'il redevint en état de voyager, ses médecins l'envoyèrent aux Eaux-Bonnes.

Il se trouva en cet endroit, dans un temps de pluies continuelles, de sorte que sa santé ne fut guère améliorée. Voyant cela, ses amis lui conseillèrent de poursuivre son voyage jusqu'à Biarritz où la température était beaucoup plus douce. Chemin faisant il fit le pèlerinage de Bétharran, où Ton vient implorer la Vierge au rameau d'or. Ce rameau d'or fut offert par une jeune fille qui, tombée dans le torrent voisin, fit un vœu à Notre-Dame, et au même instant, trouva sous sa main un rameau où elle se suspendit et put être sauvée.

A environ deux heures de marche de Biarritz il existe, dans les Landes, au bord de l'Océan, une communauté de Bernardines ; Ozanam entendit parler de ce monastère et eut aussitôt le désir de le visiter, il se mit donc en route du côté de cet océan

de sables qu'on appelle les Landes, et après une longue marche, il se trouva tout à coup en présence d'un établissement entouré de champs cultivés et de riants jardins, au milieu de ces arides déserts comparables à ceux de la haute Egypte. Une magnifique plantation de peupliers garantit les récoltes du vent, de la mer et de l'invasion des sables. Les maisons qui contiennent les cellules des religieuses, sont en brique. La communauté est sous une règle austère (^ui est à peu près la même que celle des trappistes.

" La piété de Frédéric, dit M. l'abbé Ozanam, son " cœur si sensible à toutes les impressions morales, " reçurent de cette visite et du touchant spectacle " auquel il venait d'assister de si douces émotions, " qu'unies à la douceur du climat de Biarritz, son " état éprouva une amélioration notable.

" Dès lors, ajoute-t-il, il ne pensa plus qu'à mettre " à exécution, le projet qu'il caressait depuis long- " temps, de faire un voyage en Espagne, et de le " commencer par le pèlerinage de Saint- Jacques de " Compostelle."

Pendant les premières années de son mariage, Ozanam avait entretenu Tespoir d'un voyage en Terre- Sainte, et c'était un de ses vœux les plus ardents. Toutefois le faible état de sa santé joint à la nécessité de donner ses cours, l'empêchèrent d'entreprendre une aussi longue pérégrination.

Le pèlerinage à Saint- Jacques de Compostelle sem- Ijle avoir eu pour but de remplacer pour lui, ce

voyage en Palestine, ou du moins de l'en consoler. Aussi quel enthousiasme, quelle émotion ne voyonsnous pas éclater dans chaque page de ce petit livre : Un pèlerinage au pays du Oid.

Comme nous aimerions à accompagner ce groupe de pieux voyageurs qui se compose d'Ozanam, sa femme et son enfant, ainsi que du docteur Charles Ozanam qui désirait veiller sur la santé de son frère !

Comme nous aimerions à visiter en détail avec eux les monuments, les beautés de la nature et les lieux historiques de la vieille Espagne chrétienne, où tout parle si hautement des incomparables espoirs de ses braves chevaliers contre les infidèles !

Il nous est impossible d'aller avec nos voyageurs, nous incliner devant ces vieux murs de Diego Porcellos, témoins de tant de combats héroïque, et nous ne pouvons pas non plus nous y rendre pour admirer avec lui ces vieux châteaux des rois d'Espagne d'où sont sorties tant d'invincibles épées, et où ont été suspendus des écussons nobles entre les plus nobles de la chrétienté.

Nous avons déjà donné à ce chapitre, des dimensions plus grandes que ne le comporte le cadre de notre ouvrage, et nous craignons que le temps et l'espace ne viennent bientôt à nous faire défaut.

Cependant nous croirions faillir à notre tâche, et ne pas faire connaître le style si élevé d'Ozanam dans ses plus beaux endroits, si nous ne reproduisions les belles pages où l'auteur nous déroule le panorama des Pyrénées, et nous décrit l'aspect de la mer.

" Quel poète, dit-il a jamais conçu, quel architecte a jamais dessiné un sanctuaire comparable à celui que l'Eternel s'est bâti à lui-même au plus profond des Pyrénées, dans un lieu où il n'était adoré que par des pâtres ? On l'appelle le Cirque de Gavarnie. Mais plutôt qu'un cirque, représentez-vous l'abside d'un temple, taillée à pic dans des rochers hauts de deux mille quatre cents pieds. Quand nous arrivâmes au bas de ces murailles prodigieuses, des nuages rougis par le soleil couchant en voilaient le sommet, et flottaient comme une draperie. Puis, quand le vent eut dissipé ces vapeurs, le faîte de l'édifice parut couronné de neiges éternelles sous le pavillon bleu du firmament. La voix des cascades gémissait comme une prière sans fin : s'il restait encore des athées, c'est ici que je voudrais les amener pour les voir tomber à genoux, terrassés et ravis. Rien n'égale ce spectacle si ce n'est le chaos qu'on traverse pour y arriver. Là des blocs énormes de trente, quarante pieds de haut, s'écroulent les uns sur les autres, depuis la cime de la montagne jusqu'au fond du précipice ou rugit le gave. On dirait les restes du combat décrit par Milton, quand les esprits bons et mauvais arrachèrent les collines du ciel pour s'entr'écraser. Mais les spectacles pathétiques sont plus rares dans les Pyrénées que dans les Alpes. Les Pyrénées n'ont pas les horreurs sublimes du mont Blanc, elles ont plus d'élégance que de majesté. Les beautés des Pyrénées, ce sont

" celles de la Tallée d'Ossau, de la vallée d'Argelés et " du pont d'Espagne. Peu de glaciers, mais de riants ^' mamelons que baignent des gaves limpides ; des " croupes arrondies et couronnées de verdure, des " pics qui montent vers le ciel avec une légèreté mer- " veilleuse, et dont la crête de granit rose se noie " dans l'éclatante lumière du midi. Nulle part on ne " voit de plus belles eaux. Ce ne sont plus, il est vrai, " les grands lacs de la Suisse ; mais la Suisse n'a pas " plus de cascades, elle n'a pas dans les flancs de " tous ses rochers, des torrents si abondants et si " purs. Je trouve en effet, comme un sentiment de " pureté morale sur ces hauteurs que le pied de '' l'homme souille rarement, au bord de ces eaux " qui ne désaltèrent que l'isard et l'aigle, au milieu " de ces plantes qui ne fleurissent que pour j^arfumer " la solitude. David avait vu de près les sommets du " Liban, quand il s'écriait: Le Seigneur est admi- '• rable sur les lieux hauts ! Mirabilis in altis Dominits.

" Les montagnes sont toutes divines ; elles portent " l'empreinte de la main qui les a pétries. Mais que " dire de la mer, ou plutôt que n'en faut-il pas dire ? " La grandeur infinie de la mer ravit dès le premier " aspect ; mais il faut la contempler longtemps pour " apprendre qu'elle a aussi cette autre partie de la " beauté qu'on appelle la grâce. Homère le savait " bien, et c'est pourquoi, s'il donnait à l'Océan des " dieux terribles et des monstres, il le peuplait en

" même temps de nymphes et de sirènes enchante- " resses. J'ai vu le jour s'éteindre au fond du golfe de " Gascogne, derrière les monts Cantabres dont les " lignes hardies se découpaient nettement sous un " ciel très pur. Ces montagnes plongeaient leur pied " dans une brume lumineuse et dorée qui flottait au- " dessus des eaux. Les lames se succédaient azurées, " vertes, quelquefois avec des teintes de lilas, de rose " et de pourpre, et venaient mourir sur une plage de " sable ou caresser les rochers qui encaissent la plage. " Le flot montait contre l'écueil et jetait sa blanche " écume où la lumière décomposée prenait toutes les " couleurs de l'arc-en-ciel. Les gerbes capricieuses "jaillissaient avec toute l'élégance de ces eaux que " l'art fait jouer dans les jardins des rois. Mais ici " dans le domaine de Dieu, les jeux sont éternels. " Chaque jour, ils recommencent et varient chaque "jour, selon la force des vents et la hauteur des " marées. Ces mêmes vagues si caressantes mainte- " nant, ont des heures de colère où elles semblent " déchaînées comme les chevaux de l'Apocalypse ; " alors leurs blancs escadrons se pressent pour don- " ner l'assaut aux falaises démantelées qui défendent " la terre. Alors on entend des bruits terribles, et " comme la voix de l'abîme redemandant la proie " qui lui fut arrachée aux jours du déluge. Au delà " de cette variété inépuisable, apparaît l'immuable " immensité. Pendant que des scènes toujours nou- " velles animent le rivage, la pleine mer s'étend à

" perte de vue, image de l'infini, telle qu'au temps " où la terre n'était ims encore, et quand l'esprit de " Dieu était i)orté sur les flots. David avait aussi " admiré ce spectacle, et peut-être du haut du Carmel, " son regard embrassait-il les espaces mouvants de "la Méditerranée, lorsqu'il s'écriait: Les soulèvements " de la mer sont admirables : Mirabiles elationes maris.

Plus loin, l'auteur nous décrit son entrée en Espagne et l'aspect de Fontarabie '' avec ses maisons anti- " ques toutes garnies de grands balcons, de vérandas, " de loges grillées et vitrées d'où les belles Espa- " gnôles peuvent voir et se laisser voir autant qu'il " leur convient. Puis, il nous parle des tableaux et " des statues dans les églises: je me rends, dit-il, à " la sculpture peinte, surtout depuis que je la sais "justifiée par les exemples de Phidias et de Praxi- " tèle; mais je ne m'accoutume pas à la sculpture " habillée, à cette Mater dolorosa qui a une chapelle " dans chaque église d'Espagne, et qui porte le cos- " tume d'Anne d'Autriche, robe de velours noir, " guimpe blanche, à la main, un mouchoir garni de " dentelles et de plus, un poignard d'argent dans le " cœur."

Nos voyageurs visitèrent successivement Irun, Portdu-Passage et Saint-Sébastien où ils purent admirer les sites les plus magnifiques et enrichir leur mémoire des plus grands souvenirs historiques.

Ozanam prenait beaucoup de notes, relevant des inscriptions et glanant de tous côtés.

Toutefois, malgré le charme d'un voyage tellement dans ses goûts et sous un climat qui paraissait être si favorable, il ne se sentait pas bien ; l'état de sa santé alarmait tous ceux à qui il était cher, et lui-même devint bientôt si inquiet, qu'il résolut d'abandonner pour le moment le pèlerinage de Saint- Jacques de Compostelle, pour retourner à Biarritz où il trouvait toujours l'air tiède qui lui convenait.

Après s'être reposé pour quelques mois dans cet endroit agréable et sentant ses forces lui revenir, il obtint de ses médecins, la permission de reprendre son voyage et de se rendre jusqu'à Burgos.

Nous aimerions à suivre nos voyageurs dans cette ville nommée autrefois la Mère des rois et la Restauratrice des royaumes. Madré de Reges y Restauradura de reynos et qu'on peut surnommer aujourd'hui la ville de la Vierge.

Avec eux nous aimerions à visiter en détails cette imposante cathédrale, le résultat de deux siècles de travail, édifice d'une majesté qui n'exclut pas l'élégance et la grâce. A part de sa magnifique façade, et de ses deux flèches élancées, on admire " à l'endroit " où la nef et le transept se coupent pour former la " croix, une large tour octogone (el Crucero), cette " tour s'élève jusqu'à la hauteur de deux cent trente " pieds. Deux rangs de fenêtres l'éclairent, et des " huit angles se détachent huit petites tours, toutes " découpées, toutes peuplées de saints, toutes termi- *' nées par de fines aiguilles. Derrière l'église, la cou-

" pôle de la Chapelle du Connétable^ moins élevée, mais " toujours octogone, reproduit la même décoration. " Ce sont comme deux diadèmes que porte cette reine " des basiliques espagnoles. On raconte que Charles " V à la vue du Crucero fut frappé d'admiration. Il " faudrait, dit-il, mettre ce joyau dans un écrin et le " traiter comme une chose qui ne se voit pas tous les "jours et qui se fait désirer. Assurément l'étranger " qui passe ne forme pas le même vœu que Charles " V, mais ravi de cette cathédrale, il ne peut s'empê- " cher de lui adresser ces mots qu'elle porte au front " en l'honneur de l'a Vierge Marie : Tota pulchra es et " décora. Vous êtes toute belle et gracieuse."

Il y a aussi la chapelle du Crucifix. Ce crucifix (el santisimo Christo de Burgos) d'après la légende, était l'ouvrage, paraît-il, de Nicodème, l'un des disciples de Notre-Seigneur, et il était fait d'un bois dont la plante ne croissait pas sur la terre.

Nous ne pouvons résister à la tentation de reproduire ici, les vers suivants d'un vieux poète espagnol inspiré par la vue de cette relique à laquelle on attribue beaucoup de prodiges. Ces deux strophes sont de Juan Tallante qui vivait au quinzième siècle ; on y trouvera donc du latin mêlé à l'espagnol primitif.

Imenso Dios, perdurable Que el mundo todo criaste,

Verdadero Y con amor entrânable Por nosotros espiraste

En el madero !

Pues te plugo tal pasion, Por nuestras culpas, snfri r

O Agnus Dei !

Lie va nos do esta el ladron, Que sal vaste por decir

Mémento met. ^

" D'eu immense qui dures toujours, qui créas tout " l'univers, Dieu vrai, et qui ému d'amour jusqu'aux " entrailles, expiras pour nous sur le bois. — Puisqu'il " te plut de souffrir pour nos fautes une telle passion, " 0 Agneau de Dieu ! fais nous monter où est le bon " larron que tu sauvas, seulement pour t'avoir dit : " Souvenez-vous de moi.'''

Comment encore sortir de Burgos sans dire un mot de la Chapelle du Connétable mentionnée plus haut? Ce monument est la merveille de la Castille.

Dans ce magnifique mausolée reposent les corps du grand connétable de Castille, Don Pedro Hernandez de Velasco, et de son épouse.

" Dans les deux épitaphes, dit Ozanam, se trouvent " réunis les plus grands noms du moyen Age espagnol " qui semble descendre tout entier dans ce tombeau, " mais y descend avec sérénité.

" ('e monument est si connu, ajoute-t-il, le crayon " et le burin en ont si bien popularisé les beautés, que "je me trouve à peu près dispensé de décrire encore " après tant de descriptions, des détails indescrip-

Un pèlerinage au pays du Cid, p. 93.

" tibles, et de laisser les lecteurs dans la confusion, " quand je voudrais les jeter dans le ravissement."

En sortant de Burgos saluons en passant deux grandes fondations. A l'occident l'abbaye de Huelgas et à l'orient la Chartreuse de Miraflores.

Ces deux établissements sont célèbres dans le monde entier, non seulement par leur origine et par leur destination, mais encore par les grands pouvoirs civils et ecclésiastiques que possédaient leurs chefs, surtout l'abbesse de la Huelgas. L'abbaye est entourée d'une enceinte crénelée mise en communication avec la vaste plaine par des pont-lévis, ses clochers sont garnis de mâchicoulis et cinq grilles en fer ferment les cloîtres.

Ces deux vieilles reliques du moyen âge sont encore remarquables par la beauté et l'étendue des édifices, par les grands souvenirs historiques qu'elles contiennent et par la grandeur, l'étendue et la richesse de leurs dépendances.

Le retable du sanctuaire de la Chartreuse de Miraflores est doré du premier or que Christophe Colomb rapporta de l'Amérique.

L'hiver vint interrompre ici les excursions de nos voyageurs, et ils se décidèrent quoiqu'à regret à abandonner le pèlerinage de Saint- Jacques de Compostelle.

Après trois jours passés à Burgos, ils reprirent la route de France, chargés de lithographies, de notices sur les monuments, de mémoires sur les abbayes et surtout de notes prises par Ozanam lui-même ce qui

constitua plus tard, avec ses lettres, la matière de son ouvrage : Un 'pèlerinage au pays du Cid.

En 1852 Ozanam entreprenait un pèlerinage à Notre Dame de Buglose. Il voulait, chemin faisant, visiter à Pouy le berceau de saint- Yincent de Paul. Il y vit le vieux chêne sous lequel, dans son enfance, le saint s'abritait pour garder ses brebis, et la maison où il reçut le jour.

En visitant ces lieux honorés par la présence du grand apôtre de la charité, le fondateur de la société qui porte son nom, éprouvait la plus grande émotion et la plus vive piété. Il remplit tous ses devoirs de catholique avec la plus grande dévotion et reçut en présent du curé de la paroisse, une branche de l'arbre de saint Vincent de Paul, qu'il envoya au conseil général à Paris, où on la voit encore aujourd'hui.

De Pouy-sur-Dax nos voyageurs se rendirent à Pise où, d'après l'avis de ses médecins, Ozanam devait séjourner pendant quelque temps.

S'il nous était permis d'accompagner nos voyageurs dans les derniers voyages nécessités par la maladie d'Ozanam, nous visiterions avec eux Toulouse^ Montpellier, Marseille, Toulon, Cannes, Nice, Gênes et Livourne, mais ils ne firent pas de longs séjours dans ces villes, si ce n'est peut-être à Marseille où madame Ozanam avait quelques-uns de ses parents.

A un quart d'heure de marche de Livourne, sur le bord de la mer, au milieu des rochers, se trouve un petit village du nom de San Jacopo. Ce fut en cet endroit qu'Ozanam alla s'établir pour quelque temps.

Après deux mois de séjour dans cette retraite, il s'aperçut que les forces lui revenaient et il eut un moment d'espérance, ce qui lui inspira les vers suivants si charmants et si gracieux.

Sur recueil de San Jacopo, le 22 juin 1853.

Sur un écueil lointain, notre nef échouée Attend le flot sauveur qui la ramène au port, Et la Madone à qui la barque fut vouée, Semble sourde à nos vœux, et V enfant Jésus dort!

Pourtant voici douze ans, sous ce doux patronage, Nous partions pleins d'espoir ; des fleurs ornaient ton front ; Et bientôt pour charmer, pour bénir le voyage A la poupe s'assit un petit ange blond.

Depuis ce temps, le ciel s'est noirci sur nos têtes. Les vents ont ballotté notre esquif nuit et jour ; Mais nous n'avons pas vu si cruelles tempêtes, Climats si rigoureux oïl s'éteignît l'amour.

Non, non, je ne veux plus craindre sous votre garde Compagnes de l'exil que Dieu me prépara,

Déjà d'un œil clément, la Vierge nous regarde

Tout à l'heure VEnfant Jésus s'éveillera.

Et sa main nous poussant sur une mer calmée, Sans peur et sans efl'ort nous toucherons enfin, Au l")ord où nos amis, foule ardente et charmée, Signalent notre voile et nous tendent la main.

Vain espoir ! la barque qui devait toucher au rivage aimé de la patrie n'apportera plus qu'un mourant, un homme dont les jours sont condamnés.

De San Jacopo, Ozanam se dirigea sur Sienne dans le but d'y établir une conférence de Saint- Vincent de

Paul. Il ne réussit pas dans son projet, du moins durant son séjour dans cette ville, mais plus tard, il eut la consolation d'apprendre que le P. Pendola, un de ses amis, avait pu y établir deux conférences, une au collège et l'autre dans la ville.

Ce fut le dernier effort que put faire ce cœur rempli de charité en faveur de son œuvre de prédilection.

A leur retour de la ville de Sienne, nos voyageurs allèrent s'établir à Antignano, joli village à une heure de marche de Livourne, au pied de Montenero et à quelques minutes de la mer.

Ce fut la dernière étape d'Ozanam sur cette terre d'Italie qu'il aimait tant. Déjà la maladie avait fait tant de progrès qu'il ne pouvait écrire plus de deux ou trois lignes sans s'étendre sur un canapé.

C'est dans ce joli" village qu'il entendit la messe pour la dernière fois, et qu'il communia de la main du curé d'Antignano qui lui-même ne devait plus monter à l'autel, car il mourut quelques jours plus tard.

A la fin du mois d'août, les médecins décidèrent qu'il devait être conduit au plus tôt à Marseille afin de rendre le dernier soupir dans sa patrie et au milieu de la famille de madame Ozanam.

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