INTRODUCTION VII
l'Église et la société civile ; mais le chef autour duquel elle s'était groupée se lança dans de périlleuses aventures, et devenant indisciplinable, il finit par perdre la foi après s'être vu abandonné de ses disciples les plus brillants. Montalembert, Lacordaire et quelques autres, après avoir répudié les doctrines condamnées par Rome dans lesquelles Lamennais avait persisté, reprirent en sous-ordre ce qui leur paraissait raisonnable dans les projets de leur ancien ami. Pour cette tâche qui inspirait peu de sympathie à une partie importante des catholiques, et qui, d'un autre côté, provoquait les sarcasmes et la colère des ennemis de la religion, il fallait autant de courage que de talent. Mais, Dieu aidant, les choses prirent bientôt un autre aspect. Mgr Dupanloup qui avait été loin d'être sympathique aux amis de Lamennais, Louis Veuillot qui ne tarda pas à apporter à la cause catholique sa plume neuve et tranchante comme une épée, et bien d'autres encore, formèrent une phalange compacte décidée à obtenir du gouvernement de Juillet ce qu'il avait promis : la liberté de renseignement.
Ceux qui se liguaient ainsi en faveur de la religion et d'une juste liberté, avaient à combattre toute l'école voltairienne, l'Université et presque tous les fonctionnaires d'un gouvernement qui se prétendait cependant favorable à la religion. On donnait de l'argent pour les églises, on laissait se multiplier le clergé reconnu par le concordat et, par conséquent, on augmentait le budjet des cultes ; mais, en somme, on professait une grande indifférence en matière religieuse et, dans le monde officiel comme dans le monde littéraire, tout ce que les zélateurs de la religion pouvaient attendre de mieux, c'était une indulgence pleine d'ironie, et le plus souvent une hostilité sarcastique et méprisante.