‹ Frédéric OzanamChapitre 30 sur 42 · CARITAS AIT · texte numérisé non relu

CARITAS AIT

o uncta meis precibus restaurât secla redemptor,

>- ctus, vel dicti, seu sensus, vincla resolvat,

?d egina clamor cœloruni, filia régis,

hH nstruxi mortale genus virtutibus almis,

H etrica inondani calcent ut ludicra luxus,

>- d requiem ut tendant animie pulsabo tonantem.

GG edibus e superis soboles nemi)e arcitenentis

>■ rbiter {cthereus condit me calce earentem

•-H n qua nec metas tevi nec tempora clausit;

H empora sed mire tempore longa creavit.

Faisant pour bien dire le tour de l'Europe, Ozanam signale tous les hommes marquants qui ont contribué à noustransmettrele flambeau de la science à l'époque qui suivit la chute de l'empire romain en Occident. Nous en citerons quelques-uns d'après lui.

Ce sont d'abord à Rome, Arator, Boèce et Cassiodore. Arator, auteur d'un poème sur les Actes des Apôtres, lut son oeuvre, avec la permission du pape, dans l'église de Saint-Pierre-aux-Liens. " La foule qui s'y ^' pressait fut si grande qu'il fallut mettre plusieurs "jours à relire sept fois le poème d'un bout à l'autre, " les auditeurs se faisant répéter les plus beaux en- " droits et ne se lassant pas de les entendre. " C'était à l'époque où Justinien reconquérait l'Italie sur les barbares, et le poète chrétien promettait à Rome une nouvelle grandeur. *

Boèce est célèbre surtout par son traité de la Consolation; Cassiodore par son ouvrage des Institutions divines et humaines; tous deux ont exercé une très grande influence sur leur époque. Parlant de ce dernier, notre auteur dit: " On ne saurait penser sans " respect à ce savant vieillard qui, voyant venir avec " l'invasion lombarde des siècles terribles, ne pense *' qu'à la conservation des livres, et qui à l'âge de

* Cela fait songer aux nombreuses représentations de la lUle de Roland et de Jeanne d'Arc, à Paris, après la dernière invasion des Germains (1875).

" quatre-vingt-treize ans écrit encore un traité d'or- " thographe."

En Espagne, Isidore de Séville, évêque et frère d'évêque et appartenant à une famille dont tous les membres ont été célèbres, écrit de nombreux ouvrages et laisse dans son Traité des origines une véritable bibliothèque, de fait le premier dictionnaire encyclopédique dont l'histoire fasse mention.

Nous avons déjà vu quelque chose de la science et de la littérature de l'Irlande qui brilla plus qu'aucun auautre pays peut-être à cette époque : l'école de Toulouse y étendit comme ailleurs sa mystérieuse influence. Scott Erigène, qui se distingua en France au neuvième siècle, était aussi un enfant de la verte Erin comme son nom l'indique.

L'Angleterre, qui avait déjà produit saint Boniface, eut entre autres grands lettrés, Théodore de Cantorbéry, le vénérable Bède et Alcuin.

Théodore, venu en Angleterre en même temps que le célèbre moine Adrien était un Grec et, devenu archevêque de Cantorbéry, il établit une grande école où il enseignait lui-même le grec, le latin et les sciences. Malgré les succès de cette école, les jeunes Anglais n'en passaient pas moins en Irlande en grand nombre et telle était du reste la réputation des moines de cette île, que l'on s'y rendait aussi de toutes les parties du continent. Une fièvre, un vrai délire littéraire animait les populations de ces temps que l'on nous représente comme plongées dans l'ignorance la plus profonde I 23

Bède est le plus illustre des écrivains anglais du moyen âge. Ses nombreux traités, mais surtout son Histoire ecclésiastique de la nation anglaise, font encore autorité. Rien de beau comme la vie de ce savant, passée tout entière dans l'étude et l'enseignement ; rien de touchant comme sa mort au milieu de ses travaux que la maladie ne put lui faire interrompre. Le récit qu'en a fait son disciple Cuthbert nous a impressionné aussi vivement que celui de la mort de saint Boniface.

" Dans ces jours-là, Bède commença deux ouvrages :

" une traduction de l'Evangile selon saint Jean dans

" notre langue, pour l'utilité de l'Eglise de Dieu, et

" quelques extraits d'Isidore, évêque de Séville, car,

" disait-il, je ne veux pas que mes enfants lisent des

" erreurs ni qu'après ma mort ils se livrent à des tra-

" vaux sans fruit." Le troisième jour avant l'Ascension^

" il se trouva beaucoup plus mal. Il continua néan-

" moins de dicter gaiement, et quelquefois il ajou-

" tait : " Hâtez-vous d'apprendre, car je ne sais com-

" bien de temps je resterai avec vous, ni si mon Créa-

" teur ne m'appellera pas bientôt." Le jour de la fête,

" aux premières lueurs du matin, il ordonna qu'on

" se hâtât d'écrire ce qu'on avait commencé, et nous

'• travaillâmes jusqu'à l'heure de tierce. Depuis tierce,

" nous fûmes avec les autres religieux, comme l'exi-

" geait la solennité. Mais un d'entre nous resta auprès

" de lui, et lui dit alors : " Il manque un chapitre au

" livre que vous avez dicté, et il me semble difficile

* de vous faire parler davantage." Bède répondit : ' Je le puis encore ; prends ta plume, taille-la, et écris ' promptement." Et l'autre obéit. A l'heure de none, ' il envoya chercher les prêtres du monastère et leur ' distribua quelques objets de prix, de l'encens, des ' épices, qu'il avait dans sa cassette, et il leur fit ses ' adieux, suppliant chacun d'eux de prier pour lui ; il ' passa ainsi le dernier jour jusqu'au soir. Et le disci-

* pie dont j'ai parlé lui dit encore : " Mon maître bien-

* aimé, il reste un verset qui n'est pas écrit. — Ecris-le ' donc promptement, répondit-il. Et le jeune homme ' ayant fini en quelques minutes, s'écria : " Tout est ' consommé." Et lui : " Tu l'as dit, répliqua- t-il, tout

" est consommé. Prends ma tête dans tes mains, et

* tourne-moi; car j'ai beaucoup de consolation à me ' tourner vers le lieu saint où je priais ! " Et, ainsi posé

* sur le pavé de sa cellule, il se mit à dire Gloria Pa- ' tri avec ce qui suit ; et comme il achevait, il rendit

* le dernier soupir."

Alcuin, l'élève de Bède, compte plutôt parmi les savants français que parmi ceux de l'Angleterre. On peut dire qu'il a été le ministre de l'instruction publique de Charlemagne et même, à certains égards, son premier ministre. Il eut en effet sur lui une très grande influence.

C'est à Parme, en 781, que Charlemagne rencontra Alcuin, et avec ce coup d'œil des grands hommes, il vit de suite le parti qu'il pourrait en tirer. Ce ne fut qu'après bien des hésitations que le docte écrivain

consentit à se fixer en France, et il mit pour condition qu'il lui serait permis de vivre dans la solitude " et qu'on lui ferait venir au moins quelques fleurs d'Angleterre." C'était ainsi qu'il nommait ses livres. Le roi l'établit dans l'abbaye de Saint-Martin de Tours et lui donna de riches domaines. Il se livra plus que jamais à l'étude et grand nombre de ses élèves et amis d'York vinrent le visiter. Le trait suivant est charmant: "Le nombre des pèlerins anglo-saxons qui " venaient grossir l'école de Tours avait fini par fati- " guer l'hospitalité des Francs. On raconte qu'un jour, " quatre d'entr'eux se tenaient sur la porte, quand le " prêtre Aigulf entra pour visiter Alcuin ; et l'un " d'eux s'écria dans la langue maternelle: " Grand " Dieu, quand délivrerez-vous ce logis des Bretons, qui " viennent, comme autant d'abeilles, tourbillonner "autour de ce vieux Breton?" Mais le voyageur " avait tout compris ; et, un moment après, Alcuin, " envoyant chercher les moqueurs, exigea pour leur " châtiment qu'il bussent à la santé des Anglo-Saxons " une coupe de son meilleur vin."

Un autre jour, lorsque Charlemagne, impatient de la lenteur avec laquelle se réalisaient ses projets, s'écriait : " Plût à Dieu que j'eusse seulement douze clercs " comme saint Augustin et saint Jérôme ! " Alcuin lui répondit: " Le Créateur du ciel et de la terre n'en a " eu que deux et tu en veux douze ! "

L'inspirateur, on pourrait presque dire le précepteur de l'empereur, était évidemment mieux qu'un savant,

c'était un homme d'esprit et, comme on aurait dit bien plus tard, " un homme de bonne compagnie."

Son introduction au Livre des sept arts * est plein de ces énigmes par questions et réponses, qui étaient à la mode et qui malgré leur forme pédantesque avaient quelquefois une très remarquable élévation ; elles durent servir à aiguiser les esprits des barbares. Elles avaient du reste une grande ressemblance avec les ternaires des druides et les runes des Scandinaves. Les extrêmes se touchent et les formes de la décadence latine la plus avancée sont presque les mêmes que celles des poésies dites primitives du nord de l'Europe. Mais les barbares, comme on l'a vu, il est vrai, n'étaient que des décadents remontant à une civilisation plus ancienne que toutes les autres.

Ozanam cite un certain nombre de ces questions et de ces réponses qui sont censées échangées entre Alcuin et son disciple Pépin, fils de Charlemagne. Nous en cueillerons quelques-unes.

"Pépin. — Qu'est-ce que l'écriture? Alcuin. La " gardienne de l'histoire. — P. Qu'est-ce que la parole ? "A. La gardienne de la pensée. — P. Qu'est-ce que " l'homme? A. L'esclave de la mort, l'hôte d'un lieu,

* Les sept arts libéraux " la grammaire, la rhétorique, la dialectique, l'arithmétique, la musique et l'astronomie." On y ajoutait souvent la jurisprudence dont l'étude était obligatoire dans bien des écoles. C'était, bien entendu, le droit romain et le droit canon.

" un voyageur qui passe. — P. Qu'est-ce que la mer ? " A. Le chemin de l'audace."

" Alcuin. Un inconnu est venu me parler sans langue. Avant il n'était point ; après il ne sera plus ; je ne l'entendais pas et je ne le connus jamais. Pépin. Maître, un songe vous a fatigué ! — A. Qu'est-ce que le rêve de ceux qui veillent? P. L'espoir. — A. Qu'estce que l'amitié? P. L'égalité de deux âmes. — A. Qu'est-ce que la liberté ? P. C'est l'innocence."

Tous les noms d'hommes que nous avons mentionnés sont échelonnés du sixième au neuvième siècle inclusivement, et si nous les avons présentés un peu pêlemêle à nos lecteurs, c'est beaucoup la faute d'Ozanam, qui ne les a pas toujours inscrits d'après les règles d'une sévère chronologie.

On n'est pas sans avoir remarqué qu'il n'y a guère dans cette liste que des Italiens, des Irlandais et des Anglais. Les Francs et les Gallo-Romains, quoiqu'ils aient dû beaucoup aux étrangers, ont eu aussi leur part dans le mouvement littéraire.

Nous ne dirons rien de Fortunatus, ce disciple des écoles de Ravenne au sixième siècle, qui a laissé tant de poésies élégantes et gracieuses et " qui faisait descendre du ciel Vénus et Cupidon pour consoler Frédégonde de la perte de son fils." Fortunatus est encore un étranger, quoiqu'il se soit identifié avec son pays d'adoption et qu'il y ait exercé une grande influence. Il n'en est pas de même de Grégoire de Tours, son contemporain, de saint Didier de Cahors, de saint

Ouen et de Loup de Ferrières. Grégoire de Tours est tellement connu et son nom est tellement attaché à l'histoire de France, que malgré toutes les accusations d'exagération et de crédulité portées contre lui comme chroniqueur, il reste encore une des grandes figures de son époque. Didier, l'ami de saint Eloi et de saint Ouen, eut une grande réputation à la cour du roi Dagobert. Enfin saint Ouen est resté célèbre entre autres choses par la guerre qu'il fit à la littérature païenne. " Dans la chaleur de ses invectives contre ^' l'éloquence, qui finit par le rendre éloquent, il cite " au tribunal du Christ, tous les poètes, tous les ora- " teurs, les historiens, les philosophes du paganisme, " et les défie de rien apprendre à des chrétiens." Virgile et Cicéron triomphèrent cependant, et avec eux toute l'antiquité grecque et latine, latine surtout. Virgile comme poète, Cicéron comme philosophe étaient considérés comme des précurseurs du christianisme et jouissaient d'une faveur toute particulière dans les monastères.

Loup de Ferrières, élevé dans la grande abbaye de Fulda, bien postérieur en date aux trois autres puisqu'il fut le professeur du petit-fils de Charlemagne, était un écrivain si élégant, " qu'on le prendrait, dit " notre auteur, pour un bel esprit de la Renaissance, " venu six siècles trop tôt, si nous ne commencions à '• soupçonner qu'il n'y eut jamais de renaissance pour " les lettres, qui ne moururent jamais,"

Ce fut le mérite de Charlemagne de comprendre

qu'elles ne pouvaient pas, qu'elles ne devaient pas mourir, d'attirer de partout tous ceux qui pouvaient lui aider, de se faire lui-même humblement tantôt élève, tantôt précepteur, et de donner ce grand exemple d'un roi qui savait, pour ainsi dire, quitter le sceptre pour la férule et s'occuper de détails que l'on a tort de trouver puérils, ennoblis qu'ils sont par la grande pensée qui l'inspirait.

On a exagéré en le donnant comme le fondateur de l'Université ; mais il en prépara de loin la naissance. Son palais était une véritable académie de savants. " Et " tandis que les chaires des monastères et des églises " épiscopales réunissaient la jeunesse lettrée et l'ini- " tiaient aux sept arts, les canons des conciles avaient " fondé l'enseignement primaire ; ils l'avaient fondé " universel et gratuit, en exigeant que le prêtre de " chaque paroisse apprît à lire aux petits enfants, sans " distinction de naissance et sans autre rétribution " que cette promesse des livres saints : " Ceux qui " auront instruit leurs frères brilleront comme des " étoiles dans l'éternité."

En France comme en Italie, la musique d'église eut une grande influence sur la conservation et sur le développement des lettres, " la chapelle du palais fut le berceau de l'école. " C'est là que les enfants des paysans élevés avec ceux des leudes ou seigneurs se préparaient à jouer un rôle dans la société. Le moine de Saint -Gall rapporte dans sa chronique que Charlemagne ayant donné des devoirs à faire aux élèves de

son palais, et les enfants de famille obscure s'étant distingués beaucoup plus que ceux des nobles, il fit placer les premiers à sa droite et les autres à sa gauche, adressant à ceux-ci une sévère remontrance.

Une telle carrière, une telle passion pour les lettres et

pour l'égalité chez un souverain étaient bien faites pour

séduire un esprit comme celui d'Ozanam ; aussi en

a-t-il retracé avec amour toutes les parties. Il termine

les Études germaniques^ travail qui lui a valu un

grand prix académique et qui selon M. Ampère est le

plus beau de ses ouvrages, par les réflexions suivantes.

" Nous ne nous repentons point de cette laborieuse

' éducation de nos aïeux, ni des siècles qu'ils passèrent

' à lire en latin, à parler latin. L'empreinte latine

' était encore le sceau de l'empire du monde ; et les

' nations qui en furent marquées plus fortement, la

' France, l'Angleterre et l'Espagne, étaient seules

' destinées à voir leur épée, leur politique et leur

' langue sortir de l'Europe et remuer toute la terre.

'' Le travail n'étouffe donc pas l'inspiration, il la ' féconde ; et nous pouvons dire maintenant qu'il n'y ' a point de siècles laborieux sans un souffle inspiré ' qui les soutienne. S'il nous était donné de revenir ' un jour sur les temps obscurs où nous n'avons cher- ' ché que la trace de l'étude, nous y suivrions sans ' peine le sillon lumineux de la poésie et de l'élo- ' quence. Sans doute nous ne trouverions pas la ' poésie dans les vers de Fortunat et d'Alcuin ; mais * elle est déjà tout entière dans cet effort des âmes

" pour atteindre un idéal meilleur que les tristes " réalités de la vie. D'un côté, c'est l'idée de l'empire, " d'une monarchie qui échappe aux étroites limites " des royautés barbares, qui se rattache à tous les " grands souvenirs de l'antiquité ; voilà le rêve de la " société laïque, et en même temps la première pen- " sée de l'épopée guerrière, de ces poèmes d'Alexan- " dre, de César, de Charlemagne, éternel passe-temps " du moyen âge. D'un autre côté, c'est l'idée de Dieu " qui conduit les anachorètes au désert, les mission- " naires au milieu du hasard de l'apostolat, les pèle- ^' rins aux saints lieux de Rome et de Jérusalem. " Mais ni le désert, ni les saints lieux, ni les forêts " païennes évangelisées, ni aucune des scènes de la *' terre, ne suffisent à ce besoin de l'infini qui fait le " charme et le désespoir de l'imagination humaine. " Lasse des beautés qui se voient, elle veut qu'on "l'entretienne de l'invisible; et, pour la satisfaire, " il faudra que saint Fursy visite le ciel et l'enfer sous " la conduite des anges, que saint Patrice descende au " purgatoire. Ces visions rempliront les légendes des " saints, elles agrandiront le cycle mobile de l'épopée " religieuse, jusqu'au moment où elle se fixera sous " les traits immortels de la Divine Comédie.

" Les temps que nous avons traversés ne nous ren- " draient pas les merveilles de l'éloquence classique ; '' nous ne retrouverions nulle part les tribunes " d'Athènes et de Rome, ni même la parole dorée de " saint Jean Chrysostôme, ni les cris pathétiques de

saint Augustin. Cependant saint Jean Chrysostôme et saint Augustin, avec toute la beauté de leur génie, ne réussirent qu'à consoler les derniers moments de leurs peuples d'Antioche et d'Hippone ; ils aidèrent la société ancienne à bien mourir, ils honorèrent ses funérailles. Les prédicateurs des temps barbares firent plus: ils créèrent des peuples nouveaux. Les discours de saint Éloi, de saint Gall, de saint Boniface, commencèrent la tradition de cette éloquence simple, populaire, moins curieuse de plaire à l'oreille que de vaincre la raison, et dont il faudra bien avouer la puissance quand elle éclatera sur les lèvres de saint Bernard et qu'elle fera les croisades. Mais saint Bernard prêche en langue vulgaire : à cette voix qui lève des armées, je reconnais la parole de la France, mise au service de la civilisation chrétienne; et j'ai confiance qu'elle y restera."

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