‹ Frédéric OzanamChapitre 5 sur 42 · INTRODUCTION IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION IX

différentes fractions du parti de l'ordre, Mgr Parisis, Mgr Dupanloup, Lacordaire, Ravignan, Montalembert d'une part, et de l'autre M. Thiers, M. Dupin et plusieursautres hommes politiques qui, jusque-là, avaient professé des idées bien différentes, se réunirent pour donner à la société et à la religion des garanties plus sérieuses que celles qu'elles avaient. Ce fut malheureusement à cette occasion que commença dans le parti catholique ce malentendu qui, en s'étendant de jour en jour, l'a divisé et le divise encore, non seulement en France, mais dans d'autres pays. La question de l'enseignement des classiques vint bientôt envenimer les différends résultant d'un^ simple question d'opportunité entre ceux qui voulaient tout ou rien, et ceux qui acceptaient quelque chose afin d'avoir plus tard tout ce qu'ils désiraient.

Ozanam, par ses relations et par la tournure de son esprit, était naturellement du parti de la conciliation ; il dut être très affligé de cette première rupture entre des hommes faits pour s'estimer et qui, ayant un même objet en vue, auraient dû continuer à combattre côte à côte. Heureusement pour lui, il ne vécut pas assez longtemps pour être témoin de luttes plus acharnées, et de discussions où la charité qu'il aimait tant semblait perdre tous ses droits.

Cette vertu, qui était sa vertu dominante, il la pratiquait dans toute son étendue et sous tous ses aspects : elle ne se bornait pas chez lui à secourir les misères temporelles, elle s'appliquait surtout aux misères spirituelles et savait les traiter avec une douceur, un tact et une délicatesse infinis. On en trouve un exemple remarquable dans la lettre qu'il écrivit à son ami M. Ampère lorsqu'ils se séparèrent en Angleterre, l'un partant pour l'Amérique, l'autre retournant en France.

INTEODUCTION

Ozanam avait toujours remarqué avec chagrin que son ami, sans avoir aucune hostilité envers le catholicisme, ne marchait point sur les traces de son père et se laissait aller à une indifférence voisine de l'incrédulité. Le voyant partir pour un de ces longs voyages qui offrent tant de dangers, il se crut obligé d'appeler son attention sur ses intérêts spirituels ; on sera à la fois touché de l'amitié qui lui faisait prendre une démarche à laquelle, en pareille occasion, on a toujours mille prétextes pour se soustraire, et ravi de la manière si habile et en même temps si simple et si naturelle avec laquelle l'apôtre laïque sut remplir la mission qu'il s'était imposée.

" Ainsi, nous vous devons le plaisir de cette belle excursion. Nous ajoutons une obligation de plus à toutes celles que nous vous avons déjà! Car, c'est en vain, cher ami, que vous cherchez à en effacer le souvenir, nous nous rappellerons toujours que vous avez fait ma carrière, que nous tenons de vous cette condition de vie qui ne fait pas le bonheur, mais sans laquelle le bonheur est bien troublé ; qu'enfin et par-dessus tout-vous avez pris un si tendre intérêt à tous nos intérêts de cœur, et que vous avez voulu être pour nous un frère, ne nous permettant la déférence et le respect que dans la mesure que permet un frère aîné.

" Et maintenant, comment vous étonneriez-vous de ma tristesse en vous voyant partir ? Pardonnez-moi d'avoir contrarié, peut-être, par ma mélancolie trop peu réprimée, le plaisir que vous vous promettiez dans ce grand voyage.

" Mais je ne pouvais vous dire de vive voix ce qui faisait le fond de ma tristesse. Je ne pouvais le dire parce que je ne voulais pas que vous fussiez obligé de

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