XIV INTRODUCTION
rature consistaient, comme celui de Laharpe, à éplucher phrase par phrase les œuvres des grands écrivains, et à juger par le menu toutes leurs productions. Villemain avait créé l'histoire littéraire, Cousin l'histoire de la philosophie ; Ozanam sut se servir de leur méthode pour préparer la construction du grand édifice qui avait été le rêve de sa première jeunesse.
Il avait fait le projet d'un grand ouvrage dans lequel l'histoire de la civilisation moderne se fût développée complètement à partir de la naissance de Jésus-Christ jusqu'à nos jours. C'eût été non pas une imitation et une continuation du Discours sur Vhistoire loniverselle, mais un laborieux et brillant supplément plus approprié aux besoins de la critique et de la dialectique comtemporaines, entrant dans beaucoup plus de détails ; une œuvre d'amour, de foi et de patience, remettant en lumière les travaux des fondateurs du christianisme, de ceux qui commencèrent notre civilisation dans les débris de l'empire romain et de ceux qui, se succédant les uns aux autres sans interruption, la conduisirent à travers le moyen âge et la féodalité jusqu'à la renaissance, et de là jusqu'à la grande époque du dix-septième siècle.
Ceux-là ne furent pas toujours des guerriers, des financiers et des politiques ; ce fut surtout des théologiens, des savants, des philosophes, des poètes, des artistes, guidés par des évêques, des prêtres et des moines dont quelques-uns ont laissé dans l'une ou l'autre de ces catégories le plus grand renom. Montrer qu'à rencontre de la force brutale et de la passion avide du gain, l'amour des lettres et de la science sauve les nations et les tire de la barbarie ; détruire le terrible préjugé que la grande conspiration du dixhuitième siècle avait répandu contre les siècles de