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Dans une de ses lettres à son cousin M. Ernest Falconnet, Ozanam disait: ‘Tu n'ignores pas combien “je désirerais m'entourer de jeunes gens sentant, * pensant comme moi; or je sais qu'il y en a beau- “eoup, mais ils sont dispersés comme l'or sur le * fumier, et difficile est la tâche de celui qui veut réunir des défenseurs autour d’un drapeau.”*
Néanmoins le jeune étudiant avait déjà réussi à s'associer un certain nombre d'amis avec lesquels il livra, cette même année, non seulement contre quelques-uns de ses compagnons d'étude, mais encore contre un des professeurs du cours de Philosophie, quelques combats dans lesquels il fut victorieux.
Parmi les jeunes gens qui suivaient les cours, il y avait des saint-simoniens, des fouriéristes, des déistes, et lui et ses amis étaient à peu près les seuls véritables catholiques.
Il soutint d’abord, avec grand succès, une polémique contre un certain monsieur qui avait entrepris de prouver la dissolution du christianisme par l’histoire des révolutions et par l'anarchie actuelle de ses doctrines. Puis, appuyé par ses amis, il livra un combat sérieux, au cours de philosophie, contre le professeur M. Jouffroy, qui avait osé attaquer la révélation. Le professeur ne répondit pas d’abord aux premières observations par écrit qu'Ozanam lui envoya, mais il
ne put pas passer sous silence une seconde protesta. tion rédigée par Ozanam et revêtue à la hâte de quinze signatures. M. Jouffroy, du haut de sa chaire, fit une réponse mais il ne réussit qu'à tout embrouiller et termina en exprimant ses regrets et en déclarant qu'il n'avait pas eu l'intention d'attaquer le catholicisme.
Le jeune étudiant se rendait aussi le soir chez M. le Comte de Montalembert ; 1 11 rencontra les hommes les plus distingués de la France et de l'étranger. Enfin il assistait à des réunions d'étudiants qui s'occupaient de droit et d'histoire. C’est dans ces Conférences comme on les appelait, que prit naissance la Socict( St-Vincent de Paul, dont nous allons faire connaître l'origine.
Nous avons dit que dans ses lettres, Ozanam exprimait Le désir de s'associer un certain nombre de jeunes gens qui partageraient ses goûts et l'aideraient à faire quelque chose pour le peuple, Voici ce qu’il disait un jour à ses amis :
‘Combien il est douloureux de voir le catholicisme “et notre sainte mère l'Église ainsi attaqués, tra- “ vestis, calomniés ! Restons sur la brèche pour faire
‘ face aux attaques. Mais n’éprouvez-vous pas comme |
moi ce désir, ce besoin d’avoir en dehors de cette ‘ conférence,* une autre réunion, composée exclu-
gjvement d'amis chrétiens et toute consacrée à la
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FRÉDÉRIC OZANAM 19 + charité? Ne vous semble-t-il pas qu'il est temps de joindre l'action à la parole et daflirmer par des + œuvres la vitalité de notre foi ?”?
Cette pensée, ce désir de former une Conférence de Charité, e’étaient les adversaires même d’Ozanam qui l'avaient fait surgir dans son esprit, au cours d’une discussion, En effet, un jour qu'il exposait à la Conférence tout ce qu'avait fait le christianisme pour la civilisation et le progrès, un de ses contradicteurs répondit: ‘Vous avez raison si vous parlez du passé. + Le christianisme a fait autrefois des prodiges, mais “aujourd'hui il est mort. Et en eflet, vous qui vous ‘* vantez d'être catholique, que faites-vous ? où sont * les œuvres qui démontrent votre foi, et qui peuvent ‘nous la faire respecter et admettre ? ” *Ce reproche ou plutot ce défi frappa vivement Ozanam, et il résolut de travailler à l'avenir, de manière à ce qu’on ne fût pas en droit de répéter une pareille objection.
La Conférence d'Histoire se tenait chez M. Bailly, propriétaire d’un journal La Tribune Catholique, alors, à la tête d’un pensionnat d'étudiants, et qui devait être plus tard Président des Conférences, Cependant depuis quelque temps Ozanam se demandait s’il ne serait pas possible d'avoir des séances consacrées, non à des discussions, mais à des œuvres de charité.
Dans une de ces réunions, un des membres, et l’on
* Discours prononcé par Ozanam en 18563 devant la Conférence de Florence,
prétend que ce fut Ozanam, s’écria: ‘ Fondons une Conférence de Charité!” Si on avait demandé à quelques-uns des assistants, peut-être même à celui qui avait prononcé cette phrase, ce qu'ils entendaient par Conférence de Charité, ils auraient été bien embarassés de répondre et ils étaient loin de prévoir ce que deviendrait plus tard leur association. Ils résolurent aussitôt de réunir les aumônes de chacun des assistants et d’aller les distribuer eux-mêmes aux pauvres. Dans ce but il fut décidé de rendre visite à la Supérieure des Sœurs de $t-Vincent de Paul, et de la prier d'indiquer quelques familles pauvres à visiter. A partir de ce jour, la Conférence de Charité était fondée et elle avait pour président M. Bailly qui lui offrit pour ses séances les bureaux de La Tribune Catholique, où elle s'installa au mois de mai 1833.
La réunion était composée, en sus de M. Bailly, de huit membres tous très jeunes. On peut citer six noms dont le souvenir s’est conservé: Messieurs Ozanam, Letaillandier, Devaux, Lamarche, Lallier et Clavé; les deux autres noms sont restés inconnus. Plusieurs d’entre eux, dans les écrits qu'ils ont laissés, reconnaissent Ozanam comme fondateur, Il est vrai que luimême nous dit dans un discours prononcé à Florence: ‘Nous ne pouvons pas nous donner véritablement le ‘titre de fondateurs ; c’est Dieu qui a voulu et qui a
‘fondé notre société.” I] est une chose cependant que les premiers associés admettent, c'est qu'aucun n'a travaillé autant qu'Ozanam à constituer et à développer les conférences de saint Vincent de Paul.
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