LES ÉTUDES GERMANIQUES
Nous aurions peut-être dû déjà jeter un coup d'œil sur ce beau et grand travail qui fut fait et publié avant Les Poètes Franciseuins.
Mais il nous a semblé que les études sur Dante, les voyages, presque tous faits en Italie, et le charmant volume sur saint François et ses disciples se tenaient pour bien dire par la main, et nous n'avons pas voulu les séparer.
Les Etudes Germaniques publiées pour la première fois en 1847 et en 1S49 forment deux volumes. Le premier traite des Germains avant le Christianisme, le second de la civilisation chrétienne chez les Frances.
Nous allons examiner séparément ces deux parties de l’œuvre qui expose une des grandes sources de la nation française; car il est à remarquer que les mêmes éléments qui composent le peuple anglais se rencontrent chez les français, mêlés dans des proportions différentes. Ce sont de part et d'autre les éléments
celtique, germain, scandinave et latin. Il en est des
peuples comme des produits chimiques, les mêmes bases combinées dans des proportions différentes deviennent des corps bien différents.
Du reste les travaux ethnologiques modernes et surtout ceux de la linguistique, démontrent que tous les peuples de l'Europe ont eu pour berceau le plateau central de l’Asie, et leurs langues toutes dérivées du sanscrit ont pris dans la nomenclature en usage aujourd’hui le nom de langues indo-germaniques. Dans tout son travail notre auteur s’est attaché à cette idée, et la science de l’étymologie y joue un grand rôle.
Les Germains avant le Christianisme.
‘ Toute la société française repose sur trois fondements: le christianisme, la civilisation romaine, et l'établissement des barbares.”
Cette phrase qui dit tant de choses en si peu de mots, est la première de la préface de cet ouvrage. Elle en signale l’importance d’une façon bien saisissante. C’était la manière d’Ozanam, ce qui le caractérise, il y a du trait dans tout ce qu'il écrit.
Son érudition a fait qu’il s’est quelquefois attardé à des détails, qui du reste ont toujours leur valeur ; mais après les longueurs qu’on peut lui reprocher, il
se résume toujours d’une manière heureuse et quelquefois d’une manière éclatante.
Ici c’est au frontispice de son œuvre qu’il en donne pour ainsi dire la mesure, qu'il en indique toute la portée.
Dans une étude qui se publie en ce moment dan: la Revue des deux Mondes, M. Lavisse traitant de l’établissement du christianisme chez les Germains avec des idées préconçues tout opposées à celles d'Ozananm. rend cependant un hommage bien mérité au grand travail de ce dernier.
Notre auteur étudie d’abord l’origine des Germain: et leur condition sociale jusqu’à leur contact avec la civilisation romaine, et donne ensuite l’histoire abrtgée des résultats de ce contact.
Pour ce qui est des origines, il compare leur religion leurs lois, leur langue et leur poésie, avec celles de Patins, des Grecs, des peuples du nord de l'Europe, tels que les Scandinaves et surtout avec les peuple: de l’Inde où se trouve la source commune de tous le: formidables torrents humains qui ont remonté d’abord vers le nord-ouest pour redescendre ensuite vers lc sud.
Il s'occupe d’abord de la religion. Indiquant les différentes altérations de la tradition, et comme le font tous les écrivains vraiment chrétiens, rattachant les mythologies diverses, malgré leurs erreurs, à la révélation primitive, il s'exprime comme suit sur le nom de Dieu dans les différentes langues appelées
gothiques par extension de ce nom Goth (God) donné aux peuples eux-mêmes.
‘ L'idée d’un Dieu inconnu semble, dit-il, dominer ‘toutes les traditions allemandes, C’est ce je ne sais ‘quoi de divin que les Germains de Tacite adoraient ‘ dans l'horreur de leurs forêts, qu'ils ne voyaient que par la pensée et qu'ils n’osaient ni représenter sous les formes humaines, ni resserrer entre des murailles, Le nom même que la langue allemande donne au Créateur (Goth) semble tenir, par sa racine, aux plus exactes notions métaphysiques. Une explication étymologique désormais incontestable le ramène à une racine orientale qui exprime ‘l'être incréé (en persan Khoda, Zeud, Quadata ; ‘sanscrit Svadata (a se datus) et par une déduction parfaitement juste, le même mot (Gut) signifiait l'être bon. Mais une idée si pure n'avait pas suffi à ‘ des esprits charnels, il leur avait fallu, comme à tous les peuples du paganisme, des divinités faites ‘à leur image.”
Dans Wadan, l’Odin des Scandinaves, on reconnaît facilement le Mercure des Grecs et des Latins ; Donar qui s'appelle Thor en Scandinave, n’est autre qu'Hercule ; enfin Saxnot le Tyr des chants de l’'Edda, a tous les attributs de Mars. Tacite avait donc raison de dire que les Germains adoraient ces trois dieux des Romains. Donar qui lançait la foudre et qu’on représente armé d’un marteau, forme qu’affecte assez souvent l'éclair déchirant la nue, Donar s’identifie