‹ Frédéric Ozanam, sa vie et ses œuvres [microforme]Chapitre 57 sur 65 · WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

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‘la séquence du moyen âge est déjà trouvée ; pres- ‘ que toutes sont ainsi coupées en strophes de quatre ‘vers de huit syllabes chacun ; seulement le moyen ‘Age remplacera la quantité par la rime, qui donnera ‘à l'oreille cette satisfaction que la prosodie ancienne ‘serait désormais impuissante à lui offrir. Chose

‘ étrange ! ce sera à la condition de rompre un jour et

définitivement avecles formes anciennes que la poc-

sie chrétienne arrivera enfin à la liberté sans la-

uelle il n’y a point d'inspiration et qui lui donnera q î l

cette prodigieuse richesse, cette verve, cette abondance du treizième siècle, et enfin cette majesté du ‘* Dies ùræ, et cette grâce inexprimable du Stabut ‘® Mater.”

Revenons aux poèmes lyriques de Paulin et de

Prudence.

Le premier, avant de devenir chrétien, avait rempli avec honneur plusieurs charges de l'empire. Paulin ou Paulius Meropius était d’une famille sénatoriale romaine très riche et sa femme avait encore ajouté à sa fortune en lui apportant de nombreux domaines. Après avoir abjuré le paganisme, il se réfugia avec son épouse dans ses terres en Espagne. Là, retiré dans la solitude, il commençait à jouir d’une vie paisible et heureuse, lorsque la mort de son unique enfant le détermina à renoncer à toutes les espérances de la, terre pour se rapprocher davantage de Dieu. D'un commun accord, son épouse et lui vendirent tous leurs biens pour en distribuer le prix aux pau-

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vres, puis ils se retirèrent à Nôle, près du tombeau de saint Félix.

A la mort de son épouse, Paulin fut ordonné prêtre et en 409 il devint évêque de Nôle.

Sa conversion éloigna de lui ses parents et ses amis : plusieurs même de ces derniers et ses frères ne lui pardonnèrent jamais ce qu'ils appelaient sa folie, et ils passaient près de lui sans paraître le connaître. Toutefois, nous verrons que le chagrin causé par une telle conduite n’altéra en rien chez le saint la bonté et la tendresse de cœur qu’on admire partout dans ses poésies,

Paulin avait reçu des mains du savant Ausone une instruction très soignée, et ce maître habile avait su lui inspirer de bonne heure la culture des lettres, l’amour de la poésie, ainsi que la grâce, l'élégance et la pureté du langage. Mais le disciple n’emprunta jamais au maître son affectation, ses puérilités, et il faut le dire, ses obscénités.

‘ Voulant consoler, dit Ozanam, des j'arents qui “ pleuraient la mort d’un enfant, il le re présente se ‘jouant dans les cieux avec celui qu’il a lui-même ‘* perdu et dont la mémoire ne s’efface pas de son ‘ cœur, quoique pénitent il soit assis depuis tant ‘ d'années au tombeau de Nôle: ‘ Venez, jeunes ‘* frères, venez dans cet éternel partage ; couple charmant, habitez ces joyeuses demeures, et tous deux “ prévalez-vous de votre innocence, enfants, et que ‘vos prières soient plus fortes que les péchés de vos ‘° parents.”

Vivite participes, æternum vivite, fratres, Et lætos dignum par habitate locos ; Innocuisque pares meritis peccata parentum, Infantes, castis vincite suffragiis.

Prudence naquit en Espagne en l’année 348, à peu près au même temps que saint Paulin voyait le jour à Bordeaux. Comme lui aussi, Prudence fut chargé successivement de l’administration de plusieurs villes dans sa patrie, et il s’acquitta même avec grand honneur d’une charge élevée qu'Honorius lui avait donnée à sa cour.

Ce poète chrétien était surtout remarquable par la grâce et l’élégance de ses vers. Comme il était avocat, on trouve aussi dans ses poésies plusieurs passages qui laissent apparaître l’orateur, l’homme accoutumc aux débats, surtout dans ses deux livres contra Syinmachum.

Malgré son grand désir de consacrer ses dernières années à la gloire du Christ et à la défense de ses disciples, il ne se cachait pas l’imperfection des armes que la Providence avait mises à sa disposition,non plus que ie manque de force de l'instrument dont elle se servait. À ce sujet, il s'exprime ainsi en toute humilité: ‘Il est temps, dit-il, de consacrer à Dieu le reste ‘de sa voix ; que les hymnes accompagnent les ‘heures du jour, et que la nuit ne se taise point: que “ les hérésies soient combattues, la foi catholique dis- ‘ cutée, l’insulte prodiguée aux idoles, les vers glo- ‘ rieux aux martyrs, la louange aux apôtres... Dans

“Ja maison d’un riche, on étale partout une opulente ‘* vaisselle ; la coupe d’or y étincelle, la chaudière d’airain n’y manque pas. Ony voit le vaisseau d’argile et le plat d'argent large et lourd ; plusieurs rases y sont d'ivoire, d’autres sont taillés dans l’orme et le chêne. Pour moi, le Christ m'emploie

comme un vase sans valeur à d'humbles usages ct souffre que je reste dans un coin du palais de son

Sn 5 | ‘ Père.” | Me paterno in atrio | Ut obsoletum vasculum caducis

Christus optat usibus, Sinitque parte in anguli manere.

Dans son étude sur les œuvres de ce poète, le professeur s'occupe surtout de ses deux livres contre Symmaque, ce brillant auteur païen dont nous avons déjà parlé, qui plaidait pour le rétablissement de l’autel de la Victoire. Nous avons surtout admiré dansle | deuxième livre ce passage à jamais célèbre où Pru- | dence demande l'abolition des combats de gladiateurs. Il vient de peindre lamphithéâtre retentissant des | clameurs des combattants, puis s'adressant à Hono- | rius, il s'écrie : ‘ Que Rome, la ville d’or, ne connaisse

“ plus ce genre de crime:. C’est toi que j'en conjure,

chef très augu:te de l'empire d’Ausonie !'ordonne “qu'un si odieux sacrifice disparaisse comine les autres. C'est le mérite que te voulut laisser la tendresse de ton père: Mon fils, a-t-il dit, je te fais ta part, et il tabandonna l’honneur de ce dessein.

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‘ Empare-toi donc, à prince ! d’une gloire réservée : {on siècle, Ton père défendit que la ville maîtresse ‘fût souillée du sang des taureaux ; toi, ne permets plus qu'on y offre en hécatombhes les morts des ‘hommes, Que nul ne meure plu: pour que son sup- ‘ plice devienne une joie! Que l’odieuse arène, con- ‘tente de ses bêtes féroces, ne donne plus l'homicide ‘en spectacle sanglant ! Et que Rome vouée à Dieu, ‘ digne de son prince, puissante par son courage, le ‘ soit aussi par son innocence.”

Ceci, remarque Ozanam, c'est la poésie mise au scrvice, non seulement du christianisme, mais de l'humanit qu'elle avait si souvent trahie.

Continuant son Ctude des œuvres de ce poîte, le professeur nous dit que ‘sa force éclate bien ‘ davantage encore, lorsqu'il décrit les combats des

martyrs, et s'anime, pour ainsi dire, de tout leur ‘fou, lorsqu'il représente saint Fructueux sur le bû- * cher, saint Hippolyte entraîné par des chevaux in- * domptés, où bien saint Laurent sur le gril, Saint Laurent était une des mémoires les plus chères au ‘peuple roman, parce que cet apôtre, ce martyr de ‘la foi, était aussi martyr de la charité; et qu'il était ‘mort, non pas seulement pour ne pas livrer le Christ qu'il porta't en son cœur, mais ces trésors de ‘l'Église, qui Cta'ent conservés pour la nourriture des pauvres; et Rome lui en sut gré, car encore au-

jourd'hui, après la Vierge, il n’est pas de saint, pas

‘ méme saiut Pierre, qui ait autant d’églises, à Rome,

que saint Laurent, tant le souvenir de ce diacre, serviteur des pauvres, est resté populaire ! Prudence

l'a chanté, et, dans l'enthousiasme que lui inspirait

la figure de ce jeune saint, il a voulu au moment où il va rendre le dernier soupir, mettre dans sa bou- ‘e

che une prière où vous trouverez l'inspiration des chrétiens, qui voyaient d'un œil assuré la destinée romaine: Christ, nom unique sous le soleil, splendeur et vertu du Père, auteur du monde et du ciel, ‘et véritable fondateur de ces mur, vous qui pla- * gâtes Romeo souveraine au sommet des choses, voulant que tout l'univers servit le peuple qui porte la togo et le fer, afin de dompter ainsi sous les mêmes loix, les coutumex, le génie, les langues et les cultes des nation: ennemies! Voïei que le genre humain tout entier a passé sous la loi de Rémus! les mœurs contraires se rapprochent en une même parole, en une même pensée, O Christ, accordez À vos Romains que leur cit: soit chrétienne, elle par qui vous avez donaé une même foi À toutes les cités de l'a terre. ‘Que tous le; membres de l'empire s'unissent dans un même symbole, La monde a fléchi, que lu ville maîtresse flé-hisie À son tour, que Romulus devienne fidèle et que Numa croic en vous.”

Mars'escit orbi: sub litus, Mansuescat et sammum caput...

Fiat filelis Romulus

Etipre jam crodat Numa !

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