‹ Frederick II et Louis XV: d'apres des documents nouveaux; 1742-1744Chapitre 8 sur 39 · VOLTAIRE · texte numérisé non relu

VOLTAIRE

jo Votre Majesté saura que le sieur Bassecour, premier bourgmestre d'Amsterdam , rst venu prier M. de la Ville, ministre de la France, de faire des propositions de paix.

La Ville a répondu que, si les Hollandais avaient des offres à faire, le roi son maître pourrait les écouter.

2* NVst-il pas clair que le

PRÉDP.RIC.

1° Ce Bassecour est apparemment celui qui a soin d'engraisser les cbapons et les coqs d'Inde pour Leinv Hautes Puissances?

2" J'admire la sagesse d»*

FRÉDÉRir. 11 ET LOUIS XV

parti pacifique remportera infaillibJemeDt en Hollande, puisque Bassccour, l'un des plus déterminés & la guerre, commence à parler de paix ?

N'est-il pas clair que la Franco montre de la vigueur et de la sagesse?

3» Dans ces circonstances, si Votre Majesté parlait eu maître, si elle donnait l'exemple aux princes de l'empire d'assembler une arm^'e <le neutralité, n'arracberaitelle pas le sceptre de l'Europe des mains des Anglais, qui vous bravent et qui parlent hautement de vous d'une manière révoltante , aussi bien que le parti des Bentinck, des Fagel, des Obdam?

Je les ai entendus et je ne vous dis rien que de très véritable.

40 Ne vous couvrez-vous pas d'une gloire immortelle en vous déclarant efficacement le protecteur de l'empire? Et n'est-il pas de votre plus pressant intérêt d'empêcher que les Anglais ne fassent votre ennemi le grand-duc roi des Romains?

50 Quiconque a parlé seulement un quart d'heure au duc d'Arenberg, au comte

la France; uiais Dieu nie préserve ù jauiais de riniiter !

30 Ceci serait plus beau dans une ode que dans la réalité. Je me soucie fort peu de ce que les Hollandais et Anglais disent, d'autant plus que je n'entends point leur patois.

4" La France a pins d'iutérôt que la Prusse de Teuipècher ; et, eu cela, cher Voltaire, vous êtes mal informé ; car on ne peut faiiv une élection de roi des Romains sans le consentement unanime de l'empire. Ainsi vous scnt«z bien que cela dépend toujours de moi.

no

On les y rjs'i'ir.i, tiirihi.

ilr llarracb, au lord Stairs, ù tous l«*s iiartisaas d'Autriclio, lour a entendu dire qu'ils hrAlont d'ouvrir la campagne en Sili^sie. Avez-vous, en ce ras, Sire^ un autre allié que la France? et, quelque puiss«ant que vous soyez, un allir vous est-il inutile? Vous connaissez les ressources de lamaison d'Autriche, et combien de princes sont unis à elle. Mais résisteraient-ils a votre Puissance, jointe à celle de la maison de Bourbon?

6« Si vous faites seulement marcher des troupes à Clëves, n'inspirez-vous pas la terreur et le respect, sans crainto que l'on ose vous faire la j^iierro? N'est-ce pas, au con- Irairc, le seul moyeu dv forcer les Hollandais à concourir sous vos ordres à la pacification de Tempire et au rétabli:^8emenl de l'empereur, qui vous devra deux fois son ln\ne et qui aidera à la splendeur du vôtre?

7« Quelque parti que Votre Majesté prenne, daignerat -elle se confier à moi comme il son serviteur, comme à celui qui désire de passer ^e* jours t votre cour? Voudra-t-elle que j'aie l'honneur de l'accompagner a Baireuth?

A U fkçnn de Barbari.

Mon ami.

Virus TOiilci donc qn'tfD «rai tlien de

machine.

J'arrive pour i« drnoànirnt :

Qu'aux Ançlai«>, aux Paniioiir», à rc peiipir

[indolent.

J'aille donotr la di^^nplino?

Mai« rtainincx mieux ma rKint* ; Je nr ouiN pa« a<>-çc m«*<-hanl.

7« Si vous voulez venir a Baireuth, je serai bien aise de vous y voir, pourvu que le voyage ne dérange pas votre santé. 11 dépendra donc de vous de prendre quelles mesures vous jugerez à propos.

FHKDKRIi: Il KT L(MIS XV

l't, si elle a cette bouUs veul- (>ile bien me le déclarer, atiii <|uc j aie le temps de me préparer pour ce voyage? Pour p(^u qu'elle daigne m'écrire quelque chose de favorable (iauâ la lettre projetée, cela suffira pour me procurer le bonheur ou j'aspire depuis MX aus de vivre auprès d'elle.

8» Si, pendant le court séjour que je dois faire cet automne auprès de Votre Majesté, elle pouvait me rendre porteur de quelque nouvelle agréable à ma cour, je la supplierais de m'honorer d'une telle commission.

Il" Faites tout ce qu'il vou.** plaira ; j'aimerai toujours Votre Majesté de tout mon cœur.

VOLTAIRB.

Mo Je ue i^uis dans aucune liaison avec la France; j<' n*ai rien & craindre ui à espérer dVlle. Si vous vouiei, je ferai un panégyrique de Louis XV, où il n'y aura pas un mot de vrai ; mais, quant aux affaires politiques, il n'en est aucune à présent qui nous lie ensemble; et d^autant plus, ce n'est point a moi à parler le premier. Si l'on me demande qnelqur 44iof»e, il est tempa d'y n^pondre; mais vous qui êtes si raisonnable, sentez bien le ridicule dont je me chargerais si je donnais des projets politiques à la Francr ^ns à-propo9, et, de plus.

cVrita de ma propi^ main.

9* Je vous aime de tout mon cœur, je vous estime, je ferai tout pour vous avoir hormis des folies, et des choses qui me donneraient à jamais nn ridieulc dans

TËurope, et seraient, dans le Ibud, contraires à mes intérêts et à ma gloire. Lii seule commission que je puisse vous donner pour la France, c'est de leur conseiller de se conduire* plus sagement qu'ils n'ont fait jusqu'à présent. Cette monarchie est un corps très fort, sans âme et sans nerfs.

Il eût été impossible, ou en conviendra^d'ètn* moins pressé que Voltaire no Tétait par Frédéric de le suivre à Baireuth ; aussi hésita-t-il un peu à user d'une permission si froidement donnée. « Je ne sais, écrivait-il à Amelot, si le roi me mettra du voyage ; ma situation pouiTa devenir très épineuse. » Il se décida cependant h ]iartir avec le roi, à la surprise de ceux qui. rayant entendu se plaindre de sa santé et des fatigues du voyage, ne trouvaient peut-être pas qu'il fut obligé de s'en imposer de nouvelles pour se rendre à une invitation assez peu chaleureuse. On sait, en eifet, qu'il ne cessait de gémir de ses infirmités et qu'il est resté mourant toule

ÎM» FKÊDKKIC II ET LOLIS XV

sa vie jusqu'à (juaUv-vingl-qualre ans. Pour un teinpéraïuenl délicat, Frédéric, avec ses allures brusques et pressées, était un compagnon de roule assez incommode; aussi Valori , qui en savait quelque chose par expérience, lit-il honneur à Voltaire de cet acte de dévouement dans ses dépèches avec une nuance d'ironie :

« M. de Voltaire, dit-il, va partir avec le roi de Prusse ; il s'expose à aller un train inconnu au\ Muses... J'admire beaucoup son couragi»

dans Tétat où il est; car il ne parait avoir qu'un souffle de vie... Il peut être d'une grande nliliJé, si Ton en juge par son zèle et par la manière dont il s'est conduit ici. »

Le sacriiice était plus méritoire encore, à ce qu'il paraît, que Valori ne le supposait ; car, au moment où cet envoyé fermait sa lettre, il vit N'oltaire entrer lui-même chez lui pom' lui confesser que ce voyage de Baireuth, en retardant son retour à Paris, l'exposait, de la part d'une ])elle abandonnée, à de tendres reproches dont l'éclat pouvait être fâcheux. Eu conséquence, il demandait à ajouter lui-même à la dépêche annonçant son départ un jjost-scrijjtum qu'on y

MISSION DE VOLTAIHK A BERLiy 97

retrouve, en effet, tout entier écrit de sa main et qui est ainsi conçu : « Le roi de Prusse me donne Tordre de le suivre à Baireuth. J'y vais, monseigneur, uniquement pour votre service.

Je vous supplie d'engager M. le comte de Maurepas à le faire entendre à une personne qui se plaint trop d'une absence nécessaire. Sauvez* moi le ridicule en faveur de mon zèle *. » Je ne sais, en vérité, pourquoi Voltaire s'est plaint dans ses Mémoires de n'avoir rencontré chez Valori, pendant le cours de sa mission secrète, que méfiance et jalousie ; ce simple détail tout intime, inséré dans une lettre officielle, montre que la confiance entre eux était complète et que Tambassadeur même ne manquait pas de complaisance.

Au demeurant, si Voltaire, en se mettant eu route, éprouvait encore quelque scrupule de se faire de fête là où il n'était pas précisément appelé, laccueil qu'il reçut à Baireuth eut bien vite dissipé ce léger embarras. De la part de la margrave elle-même, d'abord, il n^av^t rien à

1. Valori à Amelot, 7 et 10 septembre 1743. [Correspondance de Prusse. Ministère des affaires étrangères.)

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