‹ Frédérick-Lemaître et son temps, 1800-1876 (volume 2)Chapitre 11 sur 28 · FRÉDÉRICK-LEM AITRE · texte numérisé non relu

FRÉDÉRICK-LEM AITRE

présentée à la Porte-Saînt-Marlin le 30 janvier 1828 (ce fut une des conditions qu'il imposa à son directeur quand il signa pour jouer Trente 4^5 ou la Vie d'un joueur) est le CA^sseur Noir^ mélodrame en trois actes et signé : MM. Beiyamin et Théodore N.

La pièce parut quelques jours après chez Bezou, de proverbiale mémoire, qui publia les pièces de M. Scribe, dont il était le seul éditeur, et qui ne pouvaient jamais faire partie des j/2-32 publiés sous le titre de Répertoire di| théâtre de Madame.

Voici quelle fut la distribution :

LE CHASSEUR NOIR Ménibr.

GUITLY, jeune fille suisse M™e Dorval.

Mme W^ERNER, sa mère, infirme

et aveugle M™« Saint-Amand.

ISELIN, jeune chevrier, orphelin,

un peu simple Hippolttb.

ULRIC, \ t Frbdbrick-Lskaitrb.

WORMS, ? agents norwégiens..] Jbmma.

FRITZ, ) f VissoT.

HERMANN, vieillard, homme do

confiance du Chasseur puoy.

UN BOURGMESTRE. Chevalier.

Soldats, Domestiques, Montagnards.

La scène wt dans le canton do Bêh,

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C'est uri drame gpmbre pt noir, ft la fpcon des ballades fillômandes, et (l^ns Ipquel f réclérick avait cqnse^ti à ^e jouq^ cju'un trpi^i^ifle rôle.

Il y a dans le Chasseur Noir ^es horreurs ^ faire pâlir Anne R^dcliffe elle-même. Qu'il vous suffise de savoir qu'il s'agit d'}iq c|iasQeur tpijjours embossé dans un manteau poiif, tpujqur^ couvert d'ui^ masque, qui arrive à épouser urje jeune paysanp suisse, dont il est amp^r^iiç, ^an^ }ui montrer son visage. Guit}y ^ppn^enti à pe|tp \}j[iioï\ bizarre^ parce qu'elle sait rjRpooïift rip|][g e^ }}9}i, et que^ par conséquent, s£i pauvre m^re aurq ses derniers jours assurés. Ulric le traître, a cependant juré de voir la pl^ysionomip dfl ce-: lui qui se dérobe ainsi à tous les yeux. Une nuit, précisément celle de ses noces, il pénètre chez le Chasseur Noir et, d'un coup de poignard, coupe les cordons du masque.

— Ils te verront tous ! s'écrie-t-il ; ce sera ma vengeance ! Regardez !

Tout le monde pousse un cri d'horreur, en voyant sous le masque :

La tête d'un squelette ! ^ 'ÎNsî^

Ï9DECJ960

Citons enfin pour mémoire la Tabatière^ une comédie en trois actes qui ne fut jamais représentée et qu'il fit imprimer en 1872.

Elle est d'ailleurs mauvaise et ne mérite pas qu'on s'y arrête.

Frederick avait débuté par le mélodrame classique. En passant par le vaudeville il arrive au drame imité de l'allemand, et qui frise singulièrement son romantisme. Quand nous aurons analysé son œuvre principale, Robert^ Macaire^ œuvre immense, satire sanglante de toute une époque, nous serons bien étonné de voir qu'il à touché trois fois avec bonheur et une autre avec génie aux quatre cordes essentielles de l'art dramatique.

11 eotre à la Porte* Saint-Martin.-* Tréuté Antou la Fm d*un joufiitr, — Regnard ot Dncange. -«- La Fiancée d« Xamermoor.

— Àmonr-propre d'artisto. — Chacan pour soi. — Fautt,

— L'Écrivain public, — LetDeux Philibert. — Rochetltr.

— Sept Heurêi, — Marino Faliêro, — Casimir Delavigne.

— ligier. — Lettre à Charles Maurice. — Procès, — Il doable Ligier. — Laferrière. — Le public lai suffit.

Frederick, n'ayant pu résister aux superbes propositions qui lui étaient faites par la Porte- Saint-Martin, quitta l'Ambigu en 1827 et débuta quelques mois après dans Trente Ans au la Vie d un joueur^ de Victor Ducange.

Ce drame, qui venait après la comédie de Régnard, le Joueur^ devait causer un profond étonnement.

On se demandait comment l'auteur du mélo«drame, avec le même sujet et le même héros que l'auteur de la comédie, arriverait à une

atroce et inévitable conclusion. Par quelle subite hardiesse Victor Ducange avait-il couvert de tant de haillons et de tant de crimes Télégant gentilhomme de Régnard, brave à l'épée, beau joueur, homme d'esprit, amant sensible, et qui empruntait avec tant de grâces à madame la Ressource sur les diamants et le portrait de la belle Angélique?

Ducange, Frederick et madame Dorva| résolurent le problème.

Après Trente Ans^ il joua r Écrivain public, puis Edgard de la Fiancée de Lamermoor. On se souvient comme il était courbé sous la fatalité et sous Tamour du rêve de |i^ven?iwood !

Jpm^speut-p|re Frederick ptfnf^daw.ft DqF¥^1 n^ s'étaient ^i biefi complétas quq ce sqir-là ; c'est pourfaqt dei pe jour guq 0Wï^î<! IWP P^pmière quereUp.

Le pHWip distri})uait pntre pux ses çppjaudi^^qments, et rampur-prppre iig s'Qcrange^i j; pas du partage. Un jour, à la septième ceprésent|Sir tiqn, Frôd^rjclf apostrophe }e directeur d'un air furibond.

r- Votre l)pr|?iblQ claque me f9Rd l^s QPpjltos,

s'écrie-t-il. J'entends que vous m'en débarrassiez au plus vite, ou sinon . . .

Comme il allait poser son ultimatum, Dorval arrive à son tour.

— Est-ce que vous êtes fou? dit-pUe au directeur. A quoi servent ces imbéciles, avec leurs battoirs ? Chassez-mqi tout cela du parterre, et laissez le véritable public à ses iiripressions. Si vos Romains ne disparaissent pas, je ne joue plus.

— Ni moi, dit Frederick.

— Allons, soit, la claque est dissoute, fit le directeur.

Or, le lendemain, le véritat|le public, livré p ses impressions, n'applaudit personne.

— Il est évident, se dit notre pomédlai), qu^ les individus qi^i ^n'admirent craignent 4'étre pris pour des claqueurs en manifestant Iguf enthousiasme. Nquq allons y mett^p bon or4re.

^n effet, à la représentatiqn la pli^s prpphaine, des bravos éclatent, et s'adressent 4 Frederick seul.

— YQ\]à des gens qui ont bien m^uv^i^ gp^t !

pense Dqrval ; cela ne peut durer.

Le jour suivant, elle est applaudie à son tour, et bientôt, chose extraordinaire ! le public bat des mains à tout propos ; il fait indistinctement des ovations à n'importe quel artiste jouant dans la pièce. Les figurants eux-mêmes ont leur part dans ce triomphe universel.

— Qu'est-ce à dire? s'écrient Mme Dorval et Frederick , retournant ensemble chez le directeur. N'aviez-vous pas affirmé qu'il n'y aurait plus de claque?

Celui-ci hausse les épaules et répond :

— C'est vrai, mais depuis ce jour il y en a trois : celle de M. Frédérick-Lemaître, celle de Mme Dorval et celle des autres artistes.

Leur mutuelle colère fut heureusement assez longue à aboutir pour que l'art ne fût pas privé de suite de cet admirable duo. Mais ni l'un ni l'autre ne Toublièrent, et il vînt un temps où ces deux talents qui s'étaient produits et révélés en même temps, le même jour^ l'un par l'autre, qui avaient trouvé leur tragédie et dressé leur théâtre, durent se séparer.

Que voulez-vous ? l'orgueil, la vanité, le caprice I Ils étaient deux comédiens, au bout dû

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compte , ils ont voulu savoir ce qu'ils valaient positivement, Tun sans Tautre ; ils se sont imaginé qu'ils seraient plus complètement en possession de la faveur publique, aussitôt qu'ils iraient chacun de son côté. « Chacun pour soi » dans les arts et dans la politique est un conseil funeste» une parole mauvaise : on n'est pas seul à réussir, surtout au théâtre ; il y faut le concours de tout le monde, et, tant pis pour qui voudra seul réussir, la tâche est horrible, abominable. Elle devait pousser Mme Dorval à jouer la Phèdre de Pradon !

Dans le drame de Faust j son génie se développa encore dans des proportions nouvelles.

Quinze jours entiers, par tous les expédients que la mimique lui suggère, il cherche a rendre ce rire infernal de Méphistophélès, indiqué par Goethe, mais sans pouvoir réussir. Il se décide alors à y substituer une grimace diabolique, se pose devant son miroir, s'exalte de plus en plus dans l'étude de son rôle, et parvient à obtenir un jeu de muscles qui donne à sa figure une épouvantable et sinistre expression. Le rire

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de Méphistophélès une fois trouvé, Frederick tient à juger de l'effet qu'il produira. Du inirair» il plisse à sa fenêtre en conservant la même expression de visage. Aussitôt les individus qui l'aperçoivent donnent des signes d'épouvante. Une femme lève la tête et s'évanouit.

— Bien ! dit l'artiste, n^9 gr^maoe n'est pas trop mauvaise.

A Fwst, en passant pur l'Écrivain public (mai 1828) succédèrent la reprise dea Dçiux fbiliberi (décembre 1828), où il remplit le rôle du mauvais sujet, Hacb^ter (janvier 1829) et Sept Heures (maris 1829).

4près Sept Heures^ parut enfin le fameux Marino Faliero (juin 1829) de Casimir Etela-

vîgpa.

Ce fut un événenient littéraire que Tapparition de ce d?ame, qui devë^it être un des plus évidentii oampromis entre l'art ctn^eique et la drame romantique. Qn se souvient des discussions qui s'élevèrent sur la couleur du poète. Chacun le revendiqua et tous le fêtèrent. Les gazettes entrèrent aussitôt dans des discussions a perte de vue, on publia des

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brochures, on fit des livrer el Ton ne proviva rien.

Cç^simir De}avigne a cela de particulier^ entre les gloires poétiques de son âgç avec lesquelles on Ta souvent comparé, qu'il reçut docilement la tradition des maîtres d'ulor^, et qu'il n'eut jamais ridée ni la velléité cle s'y sjoustraire. Il pressentait toutes les ressources que son talent pouvait tirer, et qu'il en serait le rejeton le plus fertile, le plus brillant. Modeste et parfois timide d'apparence, on aurait tort pQvirtunt de croire qu'il manquât de ferjneté. Il y a plus de force qu'il ne semble dans pette tenvie constante de caractère, de méthode et d'école, f)u niilieu d'une époque si diversement agitée, Il céda quelquefois sur des points de détails, q^and il le crut nécessaire et raisonnable; il ne se laissa jamais tenter ni entraîner aux séductions croisi^antes, ni au souffle ixppétueux. De quelque côté qu'on se place pour le juger, je le rép^t^i il y a de la force dans cette réserve.

Cependant, en 1828, un temps d'arrêt se présente : il se trouve en face de générations plus inquiètes, plus enhardies^ qui se mettent â con-

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tester et qui réclament dans les conceptions dramatiques, et même dans le style, certaines conditions nouvelles, plus historiques, plus naturelles, enfin des conditions un peu différentes de celles qui, la veille encore, suffisaient. Casimir Delavigne vit le danger pour lui et y para. Si, dans cette seconde phase de son talent, il lui fallut défendre pied à pied sa position acquise, transiger même par instants, on doit convenir qu'il le fit avec beaucoup d'habileté et d*à-propos. Je ne sais si sa domination à la longue ne s'en affaiblit pas quelque peu au centre ; il ne perdit rien du moins sur ses frontières. Marina Faliero^ Louis A7, surtout les Enfants <f Edouard, ne sauraient être considérés que comme des victoires ; les généraux habiles savent en remporter même dans les retraites.

Casimir Delavigne n'avait pas la tourniure de caractère propre à lutter ainsi contre un public qui l'avait tout d'abord favorisé. Sa persévérance si remarquable et sa force réelle consistaient plutôt à suivre sa ligne, en tenant compte habilement des obstacles, et même a s'en faire au besoin des points d'appui, des occasions de

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diversité. Aussi ne croyait-il pas tant céder que concilier. Byron, Walter Scolt, Shakespeare, il ne s'inspirait d'eux tous que dans sa mesure, lorsque dans ce système moyen, si bien mis en œuvre par lui et qu'il faisait chaque fois applaudir, il avait conscience de sa résistance aux endroits qu'il estimait essentiels. Pourquoi ne pas tout dire, ne pas rappeler ce que chacun sait? Bienveillant par nature, exempt de toute envie, il ne put jamais admettre ce qu'il considérait comme des infractions extrêmes à ce point de vue primitif auquel lui-même n'était plus que médiocrement fidèle; il croyait surtout que l'ancienne langue, celle de Racine, par exemple, suffit ; il reconnaissait pourtant qu'on lui avait rendu service en faisant accepter au théâtre certaines libertés de style, qu'il se fut moins permises auparavant, et dont la trace se retrouve évidente chez lui à dater de son Louis XL On sait ce qu'il advint ensuite. La révolution de 1830 portait au pouvoir tous les amis de Casimir Delavigne, elle semblait du même coup devoir porter avec elle son poète bienaimé, son chantre favori, celui dont elle avait

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redit les refrains au premier jour du triomphe. Il n'ea fut rien. Casimir Delà vigne resta et voulut pester homme de lettres : il avait compris qu'une révolution dramatique était imminente, il voulait être» lui aussi, là où il y avait péril, là où peut-être il jugeait, à son point de vue, qu'il y avait émeute. Il y fut de sa personne, constamment, et durant huit ou dix années ses œuvres ne furent jamais plus nombreuses, plusrréitérées, plus faites pour attester sa présence. Après Marino^ on a Louis XI, les Enfants d* Edouard y Don Juan à' Autriche, Une Famille au temps de Luther, la Popularité^ la Fille du Cid.

Je vous laisse à penser quelle fut la joie de Frederick quand il apprit que c'était à lui qu'était réservé l'honneur de créer Marino Faliero. Il obtient de l'auteur comthunication du manuscrit avant la lecture. Il le lit, le relit, l'étudié pendant un mois. Les répétitions commencent; à la dixième on l'applaudit, à la vingtième on lui annoncé que son rôle vient de lui être retiré au bénéfice de Ligier.

Ce fut comme Un coup de foudre pour ÎFré-

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dérick. Il demanda immédiatement une explication qu'on lui refusa. Comme il revenait à la charge, on chercha une excuse et Ton prétendit que le bruit ayant couru qu*il allait prendre la direction de l' Ambigu-Comique, on avait supposé plus prudent de confier le rôle à un artiste < plus stable. >

Ce n'était évidemment là qu'un prétexte. Que s*était-il passé ?

C'est un mystère sur lequel le jour ne s'est point fait encore. Casimir Delavigne professait là plus grande estime pour le talent dé JPrédérick. Il résulterait même d'une correspondance échangée entre eux que nombre de ses rôles auraient été écrits pour lui. Mais Casimir Delavigne était lié d'un autre côté avec Ligiér par des histoires intimes, de là ce retrait subit.

Le 23 mai 1829, Frederick faisait insérer la lettre suivante dans le Courrier des spectacles :

A M. Charles Maurice, directeur du Courrier des théâtres.

Monsieur le Directeur, sous peu de jours, une tragédie nouvelle de M. Casimir Delavigne sera représentée

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sur le théâtre de la Porle-Saint-Martin ; je devais y jouer le principal rôle, je n'aurai pas cet honneur. Mais comme il circule différents bruits qui pourraient donner une triste idée de mon caractère, et faire supposer que je suis étranger aux sentiments qui doivent animer un artiste ambitieux, avant tout, du suffrage du public, je les détruirai par le récit succinct des faits suivants.

Le rôle de Marino Faliero me fut confié. Je Tappris. Après me Tavoir fait répéter plus de vingt fois, je me le suis vu ôter ou plutôt arracher des mains en pleine répétition, devant cinquante témoins, sans aucune raison valable et au mépris des engagements écrits. J'ai instamment demandé ce rôle à plusieurs reprises. Las de refus illégaux, j'ai fait adresser une sommation judiciaire à la direction du théâtre de la Porte-Saint- Martin.

Les tribunaux prononceront.

Agréez, etc.

Comédien attaché à la Porte-Saint-Hartin.

Le 2 juin, l'affaire fut appelée au tribunal de commerce, Frederick se plaignait par rorgaçe de M* Auger qu'on lui eut retiré le rôle de Marino Faliero qui devait primitivement lui être donné, et qu'il avait même répété plusieurs

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fois. II concluait à 12,000 francs de dommages et intérêts.

M. Ghénier, agent de la direction, fit valoir en faveur de son client les circonstances résultant de la nomination de M . Lemaître à la direction de TAmbigu-Comique. Ces circonstances sont telles qu'elles eussent pu suspendre la représentation d'une pièce dispendieuse dont l'interruption eût été pour l'administration une perte irréparable.

Le tribunal rendit l'arrêt suivant :

Attendu qu'aux termes de l'engagement qui est la loi commune des parties, Tadministration s'est réservé la faculté do distribuer les rôles à sa convenance et ù qui elle juge à propos de les confier; attendu que ce droit appartient ù Tadministration exclusivement et que le demandeur n'a point celui d'exiger qu'un rôle quelconque lui soit donné de préférence à tout autre ; attendu qu'en lui retirant le rôle de FalieroJ'administration n'a fait que ce qu'elle avait le droit de faire aux termes de l'engagement. La Cour déclare le sieur Frédériok -Lemaître non-recevablo dans sa demande et le condamne aux dépens.

La direction de la Porte^ Saint- Martin ne

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craignit pas cependant, trois mois après (29 sep* tembre 1829), d'offrir à Frederick de doubler iô rôle de Ligier. Tout autre artiste aurait refusé. Frederick v vit l'occasion de lutter avec le tragédien à la mode. Il accepta le défi qu'on lui portait et jotia Marina Faliero.

Une des grandes préoccupations de Frederick, lors de cette reprise, ftit d'avoir uh bon Fernando.

Il songea immédiatement à Laferriéiré^ qu'il présenta à Casimir Delavigne.

Casimir Delavigne Texamina longtemps.

— Monsieur, lui dit en souriant Laferriére, vous vous rappelez m'avoir déjà vu : c'était au grand théâtre de Vernon^ en Normandie.

Casimir Delavigne se souvint !

A la répétition, M. Crosniêf, le directeur, offrit un engagement de troiâ années 'au débutant, au prix de cent louis par an.

Dans cette circonstance le protecteur naturel de la Laferriére étant Frederick, le premier né voulut pas répondre avant d'avoir consulté te second.

— Après le premier acte, dit FrtdèKck, t'est

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trop tôt. Attendez la fin de la pièce, et, dans tous les cas ne demandez pas moins de 3,000 fr. La pièce terminée, Frederick revint trouver Laferrière.

— Ce n'est plus 3,000 francs qu'il faut demander maintenant, dit-il, c'est 3,600 francs et 10 francs de feux par pièce.

Le si^pcès obtenu par Frederick fut iQimense. Ligior lui-môme ne put s'empêcher de le venir féliciter.

— Je vous remercie de votre démarche, monsieur Ligier, lui répondit Frederick, mais le public m'avait suffi.

entre à l'Ambiga. — L€$ Voleun et let Comédiens, — Pebh.

— Frederick et Mme Dorval. — Ses débats à l'Odéon.

— Let Vêpres Siciliennet, — Othello, — Manliui, — Iphigénie en Tauride, — Noblet et bourgeois. — La Mère et la Fille» — L'Abbesse des Ursulines ou la mort d^ Urbain Grandier, — Napoléon Bonaparte, — Mlle Georges. — L'empereur partout. — Les défroques de l'empire. — Hamlet.

— Médieis et Machiavel, — Le Moine. — La Maréchale d'Ancre, — Alfred de Vigny. — Mirabeau,

Quand il eut prouvé à ses admirateurs qu'il n'avait rien à craindre de son rival, il résilia à la Porte-Saint-Martin et entra à l'Ambigu, où il débuta le 6 juin 1830 dans les Voleurs et les Comédiens, La pièce eut un maigre succès, malgré les efforts de son principal interprèle. Le rôle de femme avait été si faiblement

tenu que la direction se décida à engager Mme Dorval, avec laquelle il était ainsi destiné à se rencontrer encore. Ils reparurent ensemble, le 4 mai 1830, dans Peblo, ou le Jardinier de Valence. Jamais leurs deux talents ne se complétèrent aussi bien que dans cette pièce ; ils se complétaient en se grandissant et en se rapprochant. Frederick était Thomme qu'il fallait pour faire pleurer cette femme ; mais aussi comme elle savait l'attendrir quand sa fureur était passée ! quels accents elle lui arrachait ! Qui ne les a pas vus ensemble dans le Joueur^ dans Peblo, n'a rien vu ; il n'a connu ni tout Frederick, ni toute Mme Dorval ! Depuis le jour de la mort de sa camarade, Frederick n'a cessé de répéter: — Je me sens veuf!

Mme Dorval avait encore prospéré. Son talent était tout passionné, non qu'elle négligeât l'art, mais Tart lui venait de l'inspiration ; elle ne calculait pas son jeu geste par geste, et ne dessinait pas ses entrées et ses sorties avec de la craie sur la planche; elle se mettait dans la situation du personnage, elle l'épousait complètement, elle devenait lui, et agissait comme il

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