‹ Frédérick-Lemaître et son temps, 1800-1876 (volume 2)Chapitre 12 sur 28 · FREDPRICK-LEMAITRE · texte numérisé non relu

FREDPRICK-LEMAITRE

aurait agi ! Dp la phrase, la pluç simple, d'vi^ip interjection, d*un ob ! d'un mon Dieu l ^lle faisait jaillir des effets électriques, inattendus, que l'auteur n'avait pas mpme soupçonnés. Ella avait des cris d'une vérité poignante, de^ saur glots à briser la poitrine, des intonations si naturelles, des larmes si sincères, que le thé^trç^ était oublié et qu'on ne pouvait croire à un^ douleur de convention.

Frederick ne fit qu'une courte station à l' Ambigu. Son dernier succès lui valut de l'Odéon de^ propositions superbes qu'il accepta. La 12 août 1830, Harel, le fameux Harel, le légendaire Harel, le fit débuter dans le rôle de Pror cida des Vêpres Siciliennes. Il devait so retrouver à l'Odéon avec Ligier, comme naguora à l'Ambigu avec Mme Dorval.

Deux mois après il joua V Othello da Dupi«»

le risible Othello de Ducis. Frederick fit ban marché de l'inspiration du traducteur et le joua plus comme il le sentait que comme il avait ^lii traduit, heureusement pour tous. Il n'était pas au bout de ses peines. Après Othello vint Msui" lias (avril 1830), après Manhm^ Ipkig^içi #a

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Twride (septembre 1830), puis Nobles el Bourgeois (septembre 183Q), h MèreetlafHhiQd" tobre 1Q3Q), ^'Abbesse des Prsulines, ou M mort d'Urbain Grandier et emfifi ?fapoléoi\ Bo^ar Pfuri^^ d'Ale:2(andre Dumas.

On ^^it oomment fut faite la pièce : en huit jours. L'œuvre achevée, il restait à trouver un sujet pour représenter le grand hop()n^e.

Alexandre Dumas avait bien pensé à Frédépic)i maip rien ne ressen^bl^it moins ^ Napoléon et surtout à Bonaparte.

— Mon cher Dumas, lui dit Georges, rappe-^ lez-YOus ceci, c'est qu'un bomme pomme Frederick s^it tou^ joner-

La raison parut l^pnne à l'auteur, qui s'y rendit.

Frédéficlf (itait impatient de s'esgayer (lan9 oe nouveau rôle, piaig la pièce (levait être feou-

\^ de jour en jour.

Harel avai^ oaressé la merotte de Mlle Geor-s ges^ dont le plus «rdent désir était d'être un jflur fui Tbéôtre-Françaia directrice de ceux qui furent 9^5 premier^ eamaradea. Elleneleui? avait pa9 perdonné (es torts qu'elle avait eua en?

vers eux, en commençant par sa fuite à Saint- Pétersbourg, au moment ou elle venait d'établir un rôle dans une pièce à recettes {Artaxerce), et au mépris de l'engagement le plus formel.

PoviT punir la Comédie-Française du mal qu'elle lui avait fait, Mlle Georges, ne cessait de nourrir contre elle une implacable haine, et pour la satisfaire elle poussait Harel à en prendre la direction. Celui-ci fit mille tentatives pour obtenir, séparément de chaque sociétaire, un traité qui mit ce dernier a sa disposition, en cas de dissolution de la société.

Et pendant ce temps Napoléon, qu'il espérait monter rue Richelieu, attendait toujours.

Enfin la première représentation eut lieu le 11 janvier 1831. Ce fut un succès fou. On était alors en pleine fièvre, en pleine démence. Chacun à cette époque avait son cri d'alarme et son cri de guerre. Ceux qui n'invoquaient pas Robespierre ou Danton, invoquaient l'empire et l'empereur. Déjà Bonaparte était partout et l'on pouvait se demander qui donc régnait, de Bonaparte ou de Louis-Philippe ? On mettait au concours la statue à replacer sur les hau-

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leurs de la Colonne ; on faisait toutes sortes de comédies à sa louange. Que disons-nous? â son apothéose. Chaque théâtre avait déjà son Bonaparte.

A rOdéon :

Napoléon Bonaparte.

À la Gaieté :

La Malmaison et Sainte ^Hélène!

A l'Ambigu :

Napoléon ! !

A la Porte-Saînt-Martin :

Napoléon!!!

Au Cirque Olympique.

r Empereur!!!

On ne voyait donc que des Empereurs sur la scène. Quel est le comédien de l'époque qui ne l'a pas été?

Chevalier le fut aux Jeux Gymniques ; Cazot,

lOîî FnKDKniOK-KKMAITnE.

aux Variétés ; Genol, à rOpéra-Coraique; Gobert, à la Porte-Saint-Martin ; Béranger, au Vaudeville ; Joseph, à la Gaieté ; Francisque, à l'Ambigu ; Edmond, chez Franconi ; Isidor^ chez M. Comte; Virginie Déjazet, aux Nouveautés et au Palais-Royal. Notez que je ne vous parle pas des empereurs de Belleville, de Montmartre, du Mont-Parnasse, ni de ceux des arrondissements de Sceaux et de Saint-Denis.

Dans cette recrudescence de napoléonisme^ on allait jusqu'à négliger l'emploi des Trial, des Brunet, des Potier ; on demandait aux correspondants des théâtres, des figures graves, des fronts découverts. Gobert marchait sur le boulevard les deux mains dans le dos; lorsque Francisque vous disait bonjour, sa parole était brève et saccadée; Frédérick-Lemaître se passait gravement la main sur le front. . ; Edmond ne prenait plus de tabac que dans la poche de son gilet, qu'il avait fait doubler en cuir..; Cazot môme. . . ce bon Cazot, tirait quelquefois Toreille du costumier comme Napoléon faisait quand il était satisfait d'un de ses généraux 1

Trois mois durant^ Harel s'était attaché à la

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mise ea scène pour laquelle il avait acheté les anciens uniformes de l'empire qu'il avait pu rencontrer chez les brocanteurs, et les nouveaux généraux de cette grande armée s'estimaient très-heureux et très-fiers de pouvoir porter des habits qui avaient servi à leurs devanciers, et qui étaient brodes en or lîn.

La pièce eut un grand liombre de représentations.

Après Napoléon ce fut Ùamlet (mars 1831).

Frederick, qui venait de jouer Othello^ brûlait d'envie d'interpréter le sombre personnage d'Hamlet. Il n'y fut que médiocrement remarquable. -Frederick était la sève et la vie, Hamlet ne peut pas vivre. Au premier pas qu'il fait en scène, à sa pâleur maladive, à son embonpoint un peu bouffi, on voit qu'il est mort ; le sang bleuâtre qui coule paresseusement dans ses veines engorgées n'a pas la pourpre généreuse de la vie. Un tel jeune homme est fait pour se promener à l'ombre glaciale des longues galeries où soufflent les vents du nord, pour s'asseoir au revers des tombes creusées et causer avec les fossoyeurs. S'il cueille des fleurs, ce

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