‹ Frédérick-Lemaître et son temps, 1800-1876 (volume 2)Chapitre 14 sur 28 · FRÉDÉRICK-LEMAITHE · texte numérisé non relu

FRÉDÉRICK-LEMAITHE

moins qu'il nous garantisse les frais qu'occasionnera la mise à Tétude de sa pièce.

— C'est mon intention, dit le jeune homme.

— Puisqu'il en est ainsi, fit Harel, nous pouvons nous entendre. Votre drame est en cinq actes?

— En trois, monsieur.

— Tant pis! cinq actes ne vous auraient pas coûté un sou de plus.

Le dialogue se poursuivit sur ce ton, jusqu'au moment où le jeune homme eut signé au directeur un contrat de dix mille francs. Plus juif que Shylock, Harel lui fit un compte d'acteurs, d'actrices, de figurants et de figurantes, de comparses, de costimies, de décorations, de machines, de musiciens, de souffleur, de gaz et de pompiers, qui eût donné la chair de poule à un auteur moins désireux de se produire et moins riche. Frédérick-Lemaître était resté tranquillement assis dans un coin du cabinet. Voyant le directeur reconduire sa victime, il se lève, s'approche, pose la main sur l'épaule de Harel, et dit :

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— Gomment, vous le laissez partir? Il a encore sa montre !

Harel et Frederick étaient les deux types les plus curieux à voir qu'il fût au monde, passant leur vie à se faire des procès et à se raccommoder ; se lançant à la tête toutes les sottises imaginables pour s'embrasser ensuite ; cherchant mutuellement à se tromper et ne s'en voulant pas une fois le pot aux roses découvert. La victime cependant, il faut bien le dire, était généralement HareL C'est lui qui était obligé d'expédier à Frederick des émissaires au Banquet d'AnacréoUy où il se livrait à ses dîners monstres, et quand on venait lui dire que la toile allait se lever :

•— Diable, murmnrait41, je n'ai pas un centime dans ma poche. Voici mon addition, portez-la vite à Harel, et prévenez-le qu'on me retient en otage.

Le directeur envoyait aussitôt la somme indispensable à la délivrance de son premier rôle. Quelquefois l'addition s'élevait à plus de cent francs. N'importe, Harel s'ejcécutait.

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