Gazelle musicale du 16 décembre
2. Albert Soubies : Histoire du Théâlre-Lijrique. Albert de Lasalle, Mémorial du Théâtre-Lyrique.
3. Compte rendu de A. de Rovray (Fiorentino) au Moniteur universel du 28 janvier 1855.
PREFACE 9â
dramatiques, et sous la direction Carvalho, le Théâtre- Lyrique monta successivement Eiiryanthe et Obéron en 1857, Preciosa en i858, Abou-Hassan en iBSg. L'unique grand opéra de W'eber avait été adapté par MAL de Leuven et de Saint-Georges, j'ai dit de quelle manière grotesque dans le Guide tnusical du 24 mars iSgS; Obéro)i le fut par Ch. Nuitter et Al. Beaumont, ainsi qu'Abou-Hassan et Preciosa. Si la première de ces adaptations était saugrenue, les autres, sans être irréprochables assurément, ne s'éloignaient pas autant de l'original que Robin des Bois de Freischût^. A son tour, Carvalho songea à exploiter l'admirable partition, mais comme la version Carvalho était la livrée imposée à tous les chefs-d'œuvre classiques repris au Théâtre-Lyrique, il y eut naturellement une version Carvalho pour F)'eisckict^.
Elle fut entreprise pour les paroles par un librettiste nommé Henri Trianon', à qui s'était associé Eugène Gautier, violoniste et compositeur, ancien second chef d'orchestre de ce théâtre-. Ils venaient de collaborer pour la traduction du Don Juan de Mozart. Cette fois, il était entendu que la pièce serait le véritable Freischiit^ de Fréd. Kind, avec parlé comme en Alle-
L Né en 18U, ancien sous-bibliothécaire de Sainte-Geneviève et sous-direcieur de l'Opéra-Comique, auteur de plusieurs livrets, enire autres celui des Monténégrins de Limnander.
2. Né à Vaugirard en 1822, élève d'Halévy, il écrivit d'assez nombreux ouvrages de petite dimension qui furent joués à l'Opérà-Comique ou au Théâtre-Lyrique. Les plus connus sont le Mariage extravagant I857j, le Docteur Miroholan (1860 , Schnhahaham II {ISriT;.
Le dernier fut la Clé d'or, tiré par Louis Gallet d'une
yi FUEISCIIUTZ
magne. Seulement, ce malheureux Carvalho n'ayant jamais pu monter un ouvrage sans le dénaturer, on débaptisa deux personnages : par une pudeur singulière, le forestier reçut défense de porter le nom de Kuno; on l'appela Ehrmann. Quant à l'Ermite, il devint le Prieur. (De quel ordre?)
A cela près et sous réserve de quelques retouches pratiquées dans le texte du dialogue pour le rendre plus vif et plus clair, — c'est ainsi que les auteurs accentuèrent arbitrairement, dans le rôle de Kaspar, le dépit et la jalousie de l'amoureux éconduit, qui sont à peine indiqués par Kind, — la traduction Trianon-Gautier (dont les initiales T et G figurent seules sur le livret) constituait un progrès réel sur les précédentes, au point de vue de l'exactitude et des caractéristiques de l'œuvre originale'. Elle contient même le premier tableau du troisième acte, dans lequel il n'y a pas de musique et qui sert à expliquer le
pièce d'O. Feuillet et qui échoua lamentablement au Théâtre-Lyrique de Vizenlini (en 1878). L'une des causes de cet échec fut l'innovation consistant à mettre en scène dans un opéra des personnages habillés à la moderne. Dans la voie du réalisme de la comédie et du drame Ivriques, le peu révolutionnaire Eugène Gautier a donc précédé de loin MM. Alfred Bruneau et Gustave Charpentier! L C'était l'avis de J. Weber (feuilleton du Teinps, du 12 décembre 186G). « En résumé, l'intégrité dans laquelle on nous a donné le Freischiilz s'est bornée à ne pas supprimer des mesures entières, à altérer seulement deux rôles et à ne pas défigurer entièrement le dialogue. En comparaison de la Flûte enchantée et de Don Juan, sans parler des reprises plus anciennes, la nouvelle édition du Freischiilz constitue certainement un progrès. »
dénouement, sans cela peu compréhensible, de Fj'ei-
Rien d'essentiel n'est omis dans le dialogue. Les librettistes furent même blâmés de leur conscience par Th. Sauvage, dans la Galette musicale (ce pouvait être par dépit de voir son faux Freischût\ délaissé pour le vrai ), et aussi par Ernest Reyer dans un de ses premiers articles au Journal des Débats-. Au contraire, Théophile Gautier prit la défense du livret de K.ind, habituellement considéré comme niais et maladroit :
« Il est simple, écrivait-il, franc, plein de caractère, comme :es grossières gravures sur bois qui figurent en tête des légendes populaires et dont aucune vignette habilement burinée ne reproduit l'effet. Tel qu'il est avec sa rudesse, il prête admirablement à la musique et conserve la physionomie sauvage et bizarre du Franc-Chasseur. Le prince Ottokar lui-même ne nous déplait pas, en dépit de ses entrées sans motif, et le moine de la lin a bien son charme. Cette naïveté mystique, digne de la Bi- Miothèque Bleue, vaut mieux que toutes les ficelles des faiseurs J'opéras-comiques patentés^. »
Quant à l'adaptation musicale, bien qu'elle soit due à un compositeur, elle laisse beaucoup à désirer. Le sens est habituellement serré de plus près. Cepen-
\. V'oir la traduction de ce 1" tableau, page IGO.
L'absence de ces explicaiions dans les autres versions rend le dénouement obscur, et Thomas Sauvage l'avait senii d'instinct en réduisant le nombre des balles à trois. R. Wagner, dans son compte rendu de Freischùlz à l'Opéra, a interprété cette simplification par le besoin de logique inhérent au spectateur français, et il a exprimé des remarques très justes sur Robin des Bois.