Moiiileur universel du 17 décembre
dant, je relève dans l'air de Max ces termes inexacts :
Aucun rayon ne perce l'ombre.
Le sort aveugle, voilà Dieu !
Pour lui mes larmes soûl un jeu.
L'accentuation est parfois assez bien observée. Dans le scher^ando d'Annette, les auteurs lui donnent à vocaliser de lourdes rimes en our ; il va des vers ineptes dans l'ariette d'Annette. Les strophes du grand air d'Agathe sont mal rythmées, les rimes portent à faux, masculines là où elles devraient être féminines. Les récits sont vagues, embarrassés par les contraintes delà rime; V allegro final seul est un peu meilleur. Mais, à la fin, c'est à tort qu'Agathe s'écrie :
Il arrive, il est vainqueur I
Au Trio du second acte, je signale un contresens dans la phrase d'adieu de Max : « Pardonne à ma tendresse d'avoir douté de toi! » tandis que, dans l'original, il demande à Agathe si elle a oublié reproches et soupçons. C'est juste le contraire. A la fin duTrio, celleci s'écrie ; « Mais si tu meurs, je meurs ! » En revanche, la partie d'Annette est moins éloignée du sens.
Dans le finale, certaines questions de Kaspar à Samiel sont bien traduites, les autres faussées. Le récit de Max est supérieur à ce qu'il est dans les autres versions, moyennant quelques notes ajoutées, mal à propos parfois. L'invocation parlée de Kaspar à Samiel est dite en vers très plats, sur des rimes alternativement masculines et féminines, ce qui est loin d'avoir l'énergie des rimes en acht et en ei de l'allemand. Le chœur de la Chasse infernale est mal rythmé.
Le troisième acte abonde en niaiseries. Voici, par exemple, les deux premiers vers de l'air d'Agathe :
La Providence emplit l'espace Et le hasard est un vain mot.
Le chœur des jeunes filles est rimé en vers exécrables et dont le sens s'écarte de l'original. Exemple :
Va-t'en, sur quelque vieux refrain, D.inscr le p.is des fumcces ('.]'
et plus loin
Depuis sept ans, un chaste gain La fait lever avant l'aurore.
Jenny l'ouvrière!
Dans celui des Chasseurs, la coupe du vers allemand est observée, non sans fautes de prosodie; le sens est rendu approximativement.
Le finale du troisième acte commence par des exclamations quelconques. Cependant, le chœur consent à s'enquérir :
Est-ce un crime, est-ce un malheur?
L'explosion de joie d'Agathe renaissant à la vie est bien exprimée. Il y a des notes ajoutées dans le récit de Kaspar s'adressant à Samiel. Il maudit le peuple {\'> au lieu de blasphémer. Les interventions de l'Ermite sont bien rythmées au point de vue musical, mais fantaisistes sous le rapport du sens ou maladroites dans l'expression. Il s'adresse à Ottokar en ces termes baroques :
Eh 1 quoi, le sort d'un jeune cœur Serait réglé par une balle (!)
98 FREISCnUTZ
Le pardon accordé, le Prince dit à xMax :
Remplis les vœux de ce nouveau baptême (?'
Des syllabes sont ajoutées dans le morceau d'ensemble et les deux vers allemands du chœur final sont dédoublés en un quatrain assez plat.
Les interprètes étaient Mme Carvalho (Agathe); Mlle Daram (Anjiette); Michot (Max); Troy aîné (Kaspar); Troy jeune jouait le rôle de Kilian, Neveu celui d'Ehrmann-Cuno, Bérardi portait la robe de l'Ermite-Prieur, Wartel figurait Samiel. L'orchestre était brillamment dirigé par Deloff"re, qui avait déjà conduit Robin des Bois en i(S55 au même théâtre.
D'après Th. Sauvage, qui rendit compte de la représentation dans la Ga^e//e musicale^, bien que renforcés de i5o orphéonistes, les chœurs manquaient d'entrain. Et il ajoutait que les couplets avec chœur du Jiaigfe7'nkra}i^, si populaires en Allemagne, n'avaient jamais été chantés juste en France. Th. Gautier affirmait à cette occasion n'avoir jamais entendu chanter convenablement le chœur des Chasseurs qu'en Allemagne-.
Le ténor, Michot, ne comptait pas. Troy n'avait ni l'ampleur, ni le mordant nécessaires au rôle de Kaspar; à l'air final du premier acte, il ajoutait un trait de sa façon. Mme Carvalho ne réussit qu'à