SCÈNE IV
entrent Kuno. Kaspar et plusieurs veneurs avec leurs arquebuses et leurs couteaux de chasse, par le fond, à gauche.
K.UNO
Qu'est-ce donc? Fi! Trente contre un! Qui a l'audace de s'attaquer à mon garde ?
K.1LIAN. lâché par Max, mais encore épeuré.
Tout en douceur, sans méchanceté, seigneur forestier héréditaire. Bien sur, on ne pensait pas à mal. Voilà comme c'est venu : celui qui a tout le temps manqué la cible est exclu de l'épreuve finale; ensuite on l'a un peu berné, mais en douceur, sans méchanceté!
kUNo, vivement :
Toujours manqué! Qui ? A qui est-ce arrivé?
KILIAN
Certes, c'est dommage que pour une fois, un paysan l'emporte sur un veneur, mais demandez-le lui, à lui-même!
MAX, honteux et désespéré :
Je dois l'avouer.... Je n'ai pas touché la cible une seule fois.
KASPAR, à part :
Merci, Samiel !
KUNO
Max! Max! est-ce possible? Toi, connu autrefois dans le pavs pour le meilleur tireur! Depuis quatre semaines, tu n'as rapporté ni poil, ni plume au logis, et aujourd'hui encore.... Fi, c'est honteux!
Crois-moi, camarade, c'est comme je te l'ai dit. Quelqu'un t'aura jeté un sort. Il faut que tu rompes le charme, ou tu reviendras toujours bredouille....
KUNO
Balivernes!
KÂSPAR
Je te l'affirme. Ce sera bientôt tait. Laisse-toi convaincre, camarade. Rends-toi vendredi prochain à un carrefour, trace avec une baguette ou avec la pointe sanglante d'une épée, un cercle autour de toi, puis appelle trois fois le Grand Chasseur!
KILIAN
Dieu nous garde! Un suppôt du diable!
KUNO, à Kaspar :
Silence, vaurien ! Ah ! je te connais depuis bien longtemps. Fainéant, débauché, tricheur au jeu, voilà ce que tu es. Prends garde de me faire concevoir quelque soupçon plus grave!
Kaspar fait un geste d'humilité comme s'il voulait se dis culper.
Pas un mot, ou tu as ton congé.... Mais, aussi, Max, rends-toi compte. J'ai pour toi l'affection d'un père. Si le Prince veut bien transférer à mon gendre les droits d'un fils, j'en serai heureux, mais si demain tu échoues à l'épreuve du tir, je devrai te refuser ma fille. [Voudriez-vous vous égarer dans la mauvaise voie?]*
MAX
Demain, demain déjà!
Mais que signifie en réalité cette épreuve du tir? Nous en avons souvent entendu parler.
KILIAN
Oui, nous aussi ; mais personne n'a su nous en dire l'origine.
d'autres
Racontez-la-nous, monsieur Kuno.
KITNO
Soit. Nous avons encore le temps de nous rendre au campement (il s'asseoit). Mon trisa'ieul, dont le portrait se trouve à la maison forestière, se nom-'
I. Pour la signification des crochets, voir la préface, page iio
IKi FREISCHUTZ
mait Kuno comme moi; il était garde du corps du Prince. Un jour, les chiens firent débucher un cerf sur lequel un homme était attaché. Il baisse la voix.) Oui. dans l'ancien temps, c'est ainsi qu'on punissait les braconniers. A cette vue, le Prince régnant fut ému de compassion. A celui qui abattrait le cerf sans blesser le délinquant, il promit une charge héréditaire de forestier, avec le logement dans le petit château de la forêt, près d'ici. Le hardi garde du corps, cédant plutôt à un mouvement de pitié qu'à Tappàt de la promesse, ne se consulta pas longtemps. Il visa [et recommanda sa balle aux Saints Anges]. Le cerf s'abattit; quant au braconnier, il n'éprouva d'autre mal que d'avoir eu le visage déchiré par les broussailles.