Die Kachtstûcke, 1 vol. in-8. Berlin
2. Weber collection des Musiciens célèbres). 1 vol. in-8. Paris, Laurens, 11)00.
FHEISGHÙTZ
front; substitution, pour la parure de la fiancée, d'une couronne mortuaire à une couronne de mariée. Il y a quelques différences dans la mise en scène de la fonte des balles. Le nombre des balles fondues est réduit de 63 à 7, et c'est encore trop, puisque Kaspar est obligé d'en consommer plusieurs inutilement, afin que la dernière, que Samiel s'est réservée, trompe l'espoir de .Max. Ce qui appartient à Kind, c'est le remplacement du Chasseur Noir par Samiel, c'est la création du personnage de Kaspar, garde-chasse comme Max, c'est le dénouement heureux. »
Le livret terminé dans les premiers jours de mars, les amis du poète et du musicien furent convoqués pour en entendre la lecture. La question des honoraires fut vite réglée, du moins à l'origine.
En juillet 1817, \Yeber commença la composition de son œuvre. Le premier morceau qu'il ait élaboré fut le duo qui ouvre le second acte. Il identifiait dans sa pensée la joyeuse Annette avec sa Lina chérie qu'il épousa à Prague le 4 novembre suivant. Par lettres, il avait tenu la Brandt au courant de ses projets de collaboration avec Kind, et c'est elle qui, avec son instinct d'actrice, lui avait, au grand déplaisir du poète, conseillé de couper le tableau initial 1 .
Kind s'était cependant résigné. A cette époque, son intimité" était grande avec le jeune ménage. L'été, il allait visiter les Weber dans la maisonnette rustique qu'ils avaient louée à Klein-Hosterwitz, et plus tard,
1. Les deux scènes dont il se compose : un Monologue de l'Ermite et un Duo avec Agathe, imprimées dans le livret allemand publié chez Ph. Reclam junior, à Leipzig, figurent en appendice, page 182.
PRÉFACE
lorsque les voyages à Fillnitz fatiguèrent Weber, dans sa villa de CoselsGarten, au quartier de Y Antonstadt, alors suburbain. Il y était appelé lorsque Weber avait composé quelque morceau de la partition; Lina ou son mari le chantait au piano. Ils ne se contentaient pas d'une collaboration au jour le jour, qui se traduisait par des romances ou des cantates de circonstance 1 ; ils imaginaient d'autres opéras : ils rêvaient d'une Ida Munster, avec mise en scène du tribunal de la Sainte- Vehme, d'un Cid.
Grâce à son protecteur, le comte Vitzthum, Weber avait reçu de la Cour la commande d'un opéra sur un poème de Fr. Kind, intitulé :Alcindor, qui devait être joué à l'occasion du mariage du prince héritier Frédéric. Pendant le congé du comte, il fut décidé en haut lieu que l'opéra projeté pour la cérémonie serait remplacé par un concert. Weber en avait écrit quelques fragments, qui furent replacés dans ses ouvrages ultérieurs, notamment dans Obéron.
En principe, la Fiancée die Chasseur était destinée à la scène de Dresde; mais, comme la direction s'abstenait d'allusions à cet ouvrage, Weber écouta les propositions de la surintendance prussienne. Il communiqua donc le manuscrit du livret au comte Brùhl qui l'agréa. C'est même à ce personnage qu'est dû, paraît-il, le choix dti titre définitif : der
1. Fr. Kind rima pour Weber les textes de la Jubel-Cantale, composée à l'occasion du 50' J anniversaire de l'avènement au trône du roi Frédéric-Auguste I er et de Xatur une! Lïebe, écrite pour la fête de la princesse Auguste, sa fille, en 1818.
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Freischut^, lequel est, pour ainsi dire, intraduisible en français 2 .
Weber menait à Dresde une vie très occupée. Ses fonctions de Kapellmeister l'obligeaient, non seulement à diriger les études et les représentations des ouvrages lyriques allemands ou français, à assurer la partie musicale du service divin aux offices de l'Eglise catholique de la Cour; mais, en outre, à composer des pièces de circonstance, des cantates ou des Krdn^e (littéralement : couronnes) pour les anniversaires et les fêtes intimes de la famille royale. Son activité musicale, obligatoire ou non, était très grande, le catalogue chronologique de ses oeuvres en fait foi. De plus, il trouvait le moyen d'écrire des articles sur les opéras nouveaux, dans Y Abend^eitung, qui était dirigée par son ami Frédéric Kind. C'est ce qui explique que la composition de Freischùl^, si courte qu'en soit la partition, s échelonne sur plusieurs années, du 2 juillet 1817 au i3 mai 1820. D'ailleurs, Weber avait entrepris en même temps deux autres ouvrages dra-
1. Ou mieux : der Freischùtze (c'est ainsi qu'il fut annoncé sur l'affiche du Schauspielhaus, à Berlin). Ce mot composé signifie littéralement : le tireur à balles franches.
2. Les changements apportés au titre de l'oeuvre par" les premiers adaptateurs résultent de cette difficulté de trouver à ce mot un équivalent en français. Un vieux Strasbourgeois m'a raconté qu'au temps de sa jeunesse, à Strasbourg, un débit de bière portait cette double enseigne :
Zum Freischùtz : Au tireur magique.
Or cet équivalent baroque se rapproche plus du sens réel que le mot : Franc-tireur, qui, en français, a reçu une tout autre acception.
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matiques importants : un opéra bouffe intitulé les Trois Pinto, qui resta inachevé, et des chœurs, intermèdes et musique de scène pour Preciosa, pièce espagnole d'Alex. WolfT, qui, terminée après Freischiït^, fut jouée avant lui à Berlin, le 1 5 mars 1821.
La partition de Freischùt^ était achevée depuis dix mois environ lorsque, sur le désir d'une jeune chanteuse, Mlle Eunike, le comte Brûhl demanda à Weber d'ajouter un morceau au rôle d'Ànnette. Le compositeur accéda à ce désir; mais ce fut seulement après avoir entendu à Berlin son interprète, qu'il écrivit pour elle la Romance et Air qui a pris dans la partition le n° 1 3.
Le 2 mai 1821, Weber et sa femme étaient partis pour Berlin, emmenant dans leur voiture leur fidèle chien Nero, celui-là même qui a donné son nom au spectre à quatre pattes dont s'effraie si fort la « tante défunte! » Ils y arrivèrent le 4, reçurent l'hospitalité des parents de Meyerbeer, l'ancien condisciple de 'Weber à Darmstadt. chez l'abbé Vogler.
Dans son Histoire du Freischût^ y Edmond Neukomm a donné, d'après le biographe de Weber, son fils Max-Maria, de précieux renseignements sur la vie musicale à Berlin dans le premier quart du xix R siècle, sur le milieu artistique où l'œuvre du maître allait voir le jour, sur l'influence italienne jusque-là prédominante dans le monde des dilettanti et la toutepuissance du directeur de la musique royale, Gasparo Spontini, contre les partisans duquel le compositeur allemand allait avoir à lutter. De plus, toute l'activité du personnel de l'Opéra était absorbée à ce moment,
par la mise en scène d'Olympie, tragédie lyrique de Spontini. montée avec un grand luxe de décors et de costumes. 38 trompettes sonnaient la marche du second acte, un éléphant figurait dans le défilé. Weber employa donc les loisirs que lui imposaient les retards apportés aux études de son Freischïii^ à terminer son concerto en fa pour piano, le fameux Concertstiïck; il le joua lui-même, pour la première fois, le 25 juin 1 82 1 , dans la salle du Schauspielhaus, inaugurée depuis un mois et où, sous sa propre direction, huit jours auparavant, avait eu lieu la première représentation de Freischût^ (18 juin 1821).
Il y avait foule à cette représentation, car l'auteur des chants patriotiques sur les vers de Th. Kœrner : Lyre et Glaive, et de la cantate : Combat et Victoire, composée pour glorifier la victoire des Prussiens sur les Français à Belle-Alliance (Waterloo) était déjà célèbre. E.-T.-A. Hoffmann, l'auteur des Contes fantastiques, Henri Heine, sir Julius Benedict, le compositeur anglais, élève de Weber, Mendelssohn, âgé de douze ans, y assistaient. L'ouverture produisit un effet magique, surtout la péroraison en ut majeur. Le premier acte fut écouté assez froidement. Au second, le duo des deux jeunes filles et la sémillante ariette d'Annette plurent aux spectateurs ; le succès alla surtout au grand air d'Agathe. Le tableau fantastique de la Fonte des Balles, malgré des maladresses de mise en scène, porta l'enthousiasme à son comble. Au troisième acte, la romance d'Agathe, l'air d'Annette lurent goûtés; le Lied du Jungfernkran^ fut bissé, le chœur des Chasseurs, applaudi. Après le finale, Weber, rappelé, comblé de fleurs et d'hommages
en vers 1 , comparut sur la scène entre ses interprètes. Aimes Seidler et Eunike 2 .
Le surlendemain, Weber écrivait à son collaborateur Kind : « Victoria! Victoria! le Freischut^ a mis dans le noir! » lui donnait des détails sur la première et le remerciait de son poème qui l'avait si bien inspiré. En effet, Freischiit^ obtint un tel succès à Berlin auprès du public, que la 5o e représentation fut atteinte en dix-huit mois, fait très rare sur les scènes allemandes, dont le répertoire doit être constamment renouvelé.
'Mais le succès même eut pour résultat de brouiller Weber avec son collaborateur. Tout d'abord, après
1. Une de ces pièces de vers, reproduite dans plusieurs ouvrages sur Weber, se terminait par une pointe contre l'auteur iïOhjmpie : « Et quand même il ne vaudrait pas un éléphant, tu poursuis un autre et plus noble gibier! » On attribua cette pièce à un intime ami de Weber, même àFr. Kind, alors qu'elle était en réalité de Fr. Fœrster, qui l'a reconnu dans une lettre adressée à W. Jàhns, le 21 octobre 18(34.
Weber insista lui-même sur cette maladroite allusion dans sa lettre de remerciements aux artistes du théâtre, insérée le 10 juin 1821 par la Gazette de Yoss. Elle se termine ainsi : « Mes pauvres hiboux et autres innocentes créatures ne peuvent prétendre à concurrencer des éléphants ! »
Cette double allusion froissa vivement l'orgueil de Spontini, et ce froissement fut l'origine de l'hostilité qu'il témoigna contre Weber lorsqu'il s'agit de représenter Euryanthe à Berlin.
2. Distribution : Ottokar, Rebenstein; Kuno, Mauer; Agathe, Mme Seidler; Annette, Mlle J. Eunike; Kaspar, Blume ; Max, Stumer : Samiel, Hildebrand ; l'Ermite, Gern ; Kilian, Wiedemann; une jeune fille, Mlle Reinwald.
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FHEISCIIUTZ
la lecture du poème, il avait demandé à Kind quelles seraient ses prétentions sur le chapitre des honoraires. Le poëte, ignorant des usages en matière d'opéras, répondit qu'il n'y avait même pas pensé, puis il finit par accepter 3o ducats hollandais que Weber lui adressa avec un mot très aimable 1 . Plus tard, il se repentit amèrement d'avoir, pour une somme modique, aliéné ses droits d'auteur. Calculés à la manière française, au tiers ou à la moitié de la redevance, ils l'auraient certainement enrichi. Et même s'il avait eu sa part dans la cession faite à chaque théâtre du droit de représentation moyennant un prix convenu, suivant le système allemand, il aurait encore réalisé un assez sérieux bénéfice. Quant à la partition, Weber l'avait cédée pour 60 louis d'or à l'éditeur Schlesinger de Berlin 2 .
Kind s'aigrit, se laissa persuader qu'une somme de 800 thaler aurait été versée par le comte de Bruhl au compositeur, comme revenant au librettiste et demanda des explications à son collaborateur. Weber démentit cette assertion qu'il traita d'absurde 3 , mais
1. D'après ses biographes. Kind, dans son livre, parle de vingt ducats; le ducat valait environ 12 francs.
2. L'autographe avec le titre primitif biffé : Die Jagerbrauù a été donné par la veuve de Weber, en 1851, au roi Frédéric-Guillaume IV. II est à la Bibliothèque royale de Berlin, ainsi que celui du morceau ajouté pour Mlle Eunike.
3. Lui-même avait écrit au comte Bruhl une lettre fière pour refuser les 100 thaler que l'Intendance royale lui offrait comme gratification, après la 50 e représentation à Berlin, somme misérable comparée à celle que Fretechûtz avait fait encaisser au théâtre. (Lettre à Lichtenstein du
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il éprouva sans doute quelque remords d'avoir si peu rémunéré son collaborateur, car spontanément, il lui envoya une somme de 8 frédérics d'or; Kind la refusa, par dignité. La brouille entre les deux amis ne fut cependant pas complète; ils continuèrent à se voir, mais les projets de collaboration pour Le Cid furent abandonnés.
Tout d'abord la presse n'avait pas cédé à l'enthousiasme spontané du public, et la partition fut très discutée. Zelter, le Directeur de l'Académie de chant, qui, par sa science technique, faisait autorité à Berlin, écrivait à Gœthe que, dans la scène de la Fonte des Balles, Weber avait tiré « ex nihilo nihil, de rien un colossal rien du tout ! » Le poète Tieck, ami de Weber cependant, appelait Freischùt^ « le vacarme le plus antimusical qui ait jamais retenti sur la scène. » Hoffmann, compositeur lui aussi et dont l'opéra Ondine avait été analysé avec bienveillance par Weber en 1817, dans un article de YAllgemeine Musik^eitung, fut sévère dans son compte rendu à la Galette de Voss. Il y prenait le parti de Spontini et de la musique italienne, prétendait même retrouver dans Freischùt^ des passages de la Vestale. Quelque temps après, il eut la bonne foi méritoire de faire amende honorable dans un épilogue inséré par la même Gazette (M. Max Dubinsky l'a récemment exhumé et publié dans le Bœrsen Courier, de Berlin 1 ). Hoffmann y reconnaît qu'on « s'assimile mieux
11 janvier 1823.) Briefe von C. .1/. von Weber an H. Lichtenstein, 1 vol. in-8. Brunswick, 1900.