‹ French ClassicsChapitre 18 sur 175 · ACTE ÏI, SCÈNE 7. 4I · texte numérisé non relu

ACTE ÏI, SCÈNE 7. 4I

Peut-être que ronzième est prête d'éclater,

Et que ce mouvement qui vous vient agiter

N'est qu'im avis secret que le ciel vous envoie,

Qui pour vous conserver n'a plus que cette voie.

Ne vous exposez plus à ces fameux revers; 495

Il est beau de mourir maître de l'univers;

Mais la plus belle mort souille notre mémoire.

Quand nous avons pu vivre et croître notre gloire.

Citma.

Si l'amour du pays doit ici prévaloir,

C'est son bien seulement que vous devez vouloir; 500

Et cette liberté, qui lui semble si chère.

N'est pour Rome, seigneur, qu'un bien imaginaire, Plus nuisible qu'utile, et qui n'approche pas De celui qu'un bon prince apporte à ses États. Avec ordre et raison les honneurs il dispense, 505

Avec discernement punit et récompense.

Et dispose de tout en juste possesseur.

Sans rien précipiter de peur d'un successeur. Mais quand le peuple est maître, on n'agit qu'en tumulte: La voix de la raison jamais ne se consulte ; 510

Les honneurs sont vendus aux plus ambitieux, L'autorité livrée aux plus séditieux.

Ces petits souverains qu'il fait pour une année. Voyant d'un temps si court leur puissance bornée Des plus heureux desseins font avorter le fruit, 515

De peur de le laisser à celui qui les suit; Comme ils ont peu de part aux biens dont ils ordonnent. Dans le champ du public largement ils moissonnent, Assurés que chacun leur pardonne aisément.

Espérant à son tour un pareil traitement: 520

Le pire des États, c'est l'État populaire.

Jlugujte, Et toutefois le seul qui dans Rome peut plaire. Cette haine des rois, que depuis cinq cents ans Avec le premier lait sucent tous ses enfants. Pour l'arracher des cœurs, est trop enracinée. 525

Maxime.

Oui, seigneur, dans son mal Rome est trop obstinée;

Son peuple, qui s'y plait, en fuit la guérison:

Sa coutume l'emporte, et non pas la raison ; •

Et cette vieille erreur, que Cinna veut abattre,

Est une heureuse erreur dont il est idolâtre, 530

Par qui le monde entier, asservi sous ses lois.

L'a vu cent fois marcher sur la tête des rois.

Son épargne s'enfler du sac de leurs provinces.

Que lui pouvaient de plus donner les meilleurs princes?

J'ose dire, seigneur, que par tous les climats 535

Ne sont pas bien reçus toutes sortes d'États; Chaque peuple a le sien conforme à sa nature. Qu'on ne saurait changer sans lui faire une injure: Telle est la loi du ciel, dont la sage équité Sème dans l'univers cette diversité. 540

Les Macédoniens aiment le monarchique^ Et le reste des Grecs la liberté publique:

Les Parthes, les Persans veulent des souverains. Et le seul consulat est bon pour les Romains.

Gtma,

Il est vrai que du ciel la prudence infinie 545

Départ à chaque peuple un différent génie;

Mais il n'est pas moins vrai que cet ordre des cieux

Change selon les temps comme selon les lieux.

Rome a reçu des rois ses miu^ et sa naissance;

Elle tient des consuls sa gloire et sa puissance, 550

Et reçoit maintenant de vos rares bontés

Le comble souverain de ses prospérités.

Sous vous, l'État n'est plus en pillage aux armées;

Les portes de Janus par vos mains sont fermées.

Ce que sous ses consuls on n'a vu qu'une fois, 555

Et qu'a fait voir comme eux le second de ses rois.

AîaxifTie,

Les changements d'État que fait l'ordre céleste

Ne coûtent point de sang, n'ont rien qui soit funeste.

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