L'AUTEUR CÉLÈBRE LE RETOUR DE LA PAIX PUBLIQUE
Tu vas nous rendre enfin nos douces destinées1:
Nous ne reverrons plus ces fâcheuses années
Qui pour les plus heureux n'ont produit que des pleurs.
Toute sorte de biens comblera nos familles ;
La moisson de nos champs lassera les faucilles,
Et les fruits passeront la promesse des fleurs.
La terreur de ton nom rendra nos villes fortes : On n'en gardera plus ni les murs ni les portes ; Les veilles cesseront au sommet de nos tours. Le fer, mieux employé, cultivera la terre ; Et le peuple qui tremble aux frayeurs de la guerre, Si ce n'est pour danser, n'orra2 plus de tambours. 21 *
SELECTIONS IN POETRY.
La fin de tant d'ennuis dont nous fûmes la proie Nous ravira les sens de merveille3 et de joie; Et d'autant que le monde est ainsi composé, Qu'une bonne fortune en craint une mauvaise, Ton pouvoir absolu, pour conserver notre aise, Conservera celui qui nous l'aura causé.
Quand un roi fainéant, la vergogne4 des princes, Laissant à ses flatteurs le soin de ses provinces, Entre les voluptés indignement s'endort, Quoique l'on dissimule, on5 en fait peu d'estime; Et si la vérité se peut dire sans crime, C'est avecque6 plaisir qu'on survit à sa mort.
Mais ce roi, des bons rois l'éternel exemplaire,7 Qui de notre salut8 est l'ange tutélaire, L'infaillible refuge et l'assuré secours, Son extrême douceur ayant dompté l'envie, De quels jours assez longs peut-il borner sa vie, Que notre affection ne les juge trop courts?
Nous voyons les esprits nés pour la tyrannie, Ennuyés de couver leur cruelle manie, Tourner tous leurs conseils à notre affliction ; Et lisons clairement dedans9 leur conscience, Que s'ils tiennent la bride à leur impatience, Nous n'en sommes tenus qu'à sa protection.10
Qu'il vive donc, Seigneur, et qu'il nous fasse vivre ! Que de toutes ces peurs nos âmes11 il délivre; Et rendant l'univers de son heur12 étonné, Ajoute chaque jour quelque nouvelle marque Au nom qu'il s'est acquis du plus rare monarque Que ta bonté propice ait jamais couronné !
MALHERBE