ODE A MARIE DE MÉDICIS SUR SA BIENVENUE EN FRANCE
Peuples, qu'on mette sur la tête14
Tout ce que la terre a de fleurs :
Peuples, que cette belle fête
A jamais tarisse nos pleurs.
Qu'aux deux bouts du monde se voie
Luire le feu15 de notre joie;
Et soient16 dans les coupes noyés
Les soucis de tous ces orages
Que pour nos rebelles courages17
Les dieux nous avaient envoyés.
A ce coup iront en fumée
Les vœux que faisaient16 nos mutins,
En leur âme encore affamée
De massacres et de butins.
Nos doutes seront éclaircies,18
Et mentiront les prophéties
De tous ces visages pâlis
De qui le cerveau s'alambique19
A cherchèr l'an climatérique20
De l'éternelle fleur de lis.
Aujourd'hui nous est amenée Cette princesse que la foi D'un saint et loyal hyménée Destine à la main de mon rot La voici la belle Marie, Belle merveille d'Étrurie21; Et son front, témoin assuré Qu'au vice elle est inaccessible, Ne peut que d'un cœur insensible Etre vu sans être adoré.
La voici, peuples, qui nous montre Tout ce que la gloire a de prix :
Les fleurs naissent à sa rencontre Dans les cœurs et dans les esprits.
SELECTIONS IN POETRY.
Et la présence des merveilles Qu'en oyaient22 dire nos oreilles15 Accuse la témérité De ceux qui nous l'avaient décrite, D'avoir figuré son mérite Moindre que n'est la vérité.
Ce sera vous qui de nos villes Ferez la beauté refleurir ; Vous qui de nos haines civiles Ferez la racine mourir.
Et par vous la paix assurée N'aura pas la courte durée Qu'espèrent infidèlement, Non lassés de notre souffrance, Ces Français15 qui n'ont de la France Que la langue et l'habillement.
Par vous un dauphin nous va naître.
Que vous-même verrez un jour De la terre entière le maître, Ou par armes ou par amour.
Et ne tarderont ses conquêtes, Dans les oracles déjà prêtes, Qu'autant que le premier coton Qui de jeunesse est le message Tardera d'être en son visage Et de faire ombre à son menton.23
Oh ! combien lors aura de veuves La gent qui porte le turban24!
Que de sang rougira les fleuves Qui lavent les pieds du Liban !
Que le Bosphore en ses deux rives Aura de sultanes captives !
Et que de mères à Memphis, En pleurant, diront la vaillance De son courage et de sa lance, Aux funérailles de leurs fils !
MALHERBE