‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 129 sur 253 · DOUCEURS DE LA VIE CHAMPÊTRE · texte numérisé non relu

DOUCEURS DE LA VIE CHAMPÊTRE

Tircis, il faut songer à faire la retraite ; 2 La course de nos jours est plus qu'à demi faite ; L'âge insensiblement nous conduit à la mort. Nous avons assez vu sur la mer de ce monde Errer au gré des vents notre nef vagabonde : Il est temps de jouir des délices du port.

RACAN

Le bien de la fortune est un bien périssable ;

Quand on bâtit sur elle, on bâtit sur le sable ;

Plus on est élevé, plus on court de dangers :

Les grands pins sont en butte aux coups de la tempête,

Et la rage des vents brise plutôt le faîte

Des maisons de nos rois que les toits des bergers.

O bien heureux celui qui peut de sa mémoire Effacer pour jamais ce vain espoir de gloire Dont l'inutile soin traverse nos plaisirs, Et qui, loin retiré de la foule importune, Vivant dans sa maison, content de sa fortune A selon son pouvoir mesuré ses désirs !

Il laboure le champ que labourait son père; Il ne s'informe point de ce qu'on délibère Dans ces graves conseils d'affaires accablés. Il voit sans intérêt la mer grosse d'orages, Et n'observe des vents les sinistres présages Que pour le soin qu'il a du salut de ses blés.

Roi de ses passions, il a ce qu'il désire ;

Son fertile domaine est son petit empire ;

Sa cabane est son Louvre et son Fontainebleau.

Ses champs et ses jardins sont autant de provinces;

Et sans porter envie à la pompe des princes,

Il est content chez lui de les voir en tableau.

Il voit de toutes parts combler d'heur 3 sa famille, La javelle à plein poing tomber sous sa faucille, Le vendangeur plier sous le faix des paniers. Il semble qu'à l'envi les fertiles montagnes, Les humides vallons et les grasses campagnes S'efforcent à remplir sa cave et ses greniers.

Il soupire en repos l'ennui de sa vieillesse Dans ce même foyer où sa tendre jeunesse

SELECTIONS IN POETRY.

A vu dans le berceau ses bras emmaillotés ;

Il tient par les moissons registre des années,

Et voit de temps en temps leurs courses enchaînées

Faire avec lui vieiller les bois qu'il a plantés.

Il ne va point fouiller aux terres inconnues, A la merci des vents et des ondes chenues,4 Ce que nature avare a caché de trésors. Il ne recherche point, pour honorer sa vie, De plus illustre mort ni plus digne d'envie, Que de mourir au lit où ses pères sont morts.

S'il ne possède point ces maisons magnifiques, Ces tours, ces chapiteaux, ces superbes portiques Où la magnificence étale ses attraits, Il jouit des beautés qu'ont les saisons nouvelles, Il voit de la verdure et des fleurs naturelles, Qu'en ces riches lambris on ne voit qu'en portraits.

Agréables déserts, séjour de l'innocence, Où, loin des vanités de la magnificence, Commence mon repos et finit mon tourment ; Vallons, fleuves, rochers, aimable solitude, Si vous fûtes témoins de mon inquiétude, Soyez-le 5 désormais de mon contentement.

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