‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 158 sur 253 · IDYLLE SUR LA PAIX · texte numérisé non relu

IDYLLE SUR LA PAIX

Charmante paix, délices de la terre, Fille du ciel et mère des plaisirs,

Tu reviens combler nos désirs :

Tu bannis la terreur et les tristes soupirs,

Malheureux enfants de la guerre.

Un plein repos favorise nos vœux :

Chantons, chantons la paix, qui nous rend tous heureux.

Tu rends le fils à sa tremblante mère ; Par toi la jeune épouse espère D'être longtemps unie à son époux aimé ;

De ton retour le laboureur charmé Ne craint plus désormais qu'une main étrangère Moissonne avant le temps le champ qu'il a semé : Tu pares nos jardins d'une grâce nouvelle ; Tu rends le jour plus pur, et la terre plus belle.

Un plein repos favorise nos vœux :

Chantons, chantons la paix, qui nous rend tous heureux.

Mais quelle main puissante et secourable A rappelé du ciel cette paix adorable?

Quel Dieu, sensible aux vœux de l'univers, A replongé la discorde aux enfers ?

Déjà grondaient les horribles tonnerres

Par qui sont brisés les remparts :

Déjà marchait devant les étendards

Bellone, les cheveux épars, Et se flattait6 d'éterniser les guerres Que sa fureur soufflait de toutes parts.

Divine paix, apprends-nous par quels charmes Un calme si profond succède à Unt d'alarmes ? 25*

SELECTIONS IN POETRY.

Un héros, des mortels l'amour et le plaisir, Un roi victorieux vous a fait ce loisir.7

Ses ennemis, offensés de sa gloire, Vaincus cent fois, cent fois le suppliant, En leur fureur de nouveau s'oubliant, Ont osé dans ses bras irriter la victoire.

Qu'ont-ils gagné, ces esprits orgueilleux, Qui menaçaient d'armer la terre entière ?

Ils ont vu de nouveau resserrer leur frontière ; Ils ont vu ce roc sourcilleux,8 De leur orgueil l'espérance dernière,

De nos champs fortunés devenir la barrière.

Un héros, des mortels l'amour et le plaisir, Un roi victorieux nous a fait ce loisir.

O ciel, ô saintes destinées, Qui prenez soin de ses jours florissants, Retranchez de nos ans Pour ajouter à ses années.9

Qu'il règne ce héros, qu'il triomphe toujours; Qu'avec lui soit toujours la paix ou la victoire : Que le cours de ses ans dure autant que le cours De la Seine et la Loire.

Qu'il règne ce héros, qu'il triomphe toujours ; Qu'il vive autant que sa gloire10!

ROUSSEAU

§ 55. J. B. ROUSSEAU, 1671-1741

Malgré d'assez grandes inégalités dans ses ouvrages, J. B. Rousseau est digne encore d'être compté parmi les poètes classiques français.

On admirera toujours la magnificence et l'éclat de ses belles odes : en outre, il a été le créateur d'un genre nouveau en poésie, de la cantate.1 Ajoutons qu'il a laissé plusieurs comédies assez froides, des épigrammes piquantes, et des épîtres parfois ingénieuses et faciles. Né à Paris, en 1671, 2 d'un artisan qui épuisa ses ressources pour le placer au collège du Plessis, il annonça de bonne heure les plus brillantes dispositions ; mais son caractère ne fut jamais au niveau de son esprit. Assez faible pour rougir de sa naissance, il fut, assure-t-on, un fils ingrat, et l'on ne saurait s'étonner qu'il ait passé dès lors pour un malhonnête homme. De là les malheurs de sa vie, qui exercèrent une fâcheuse influence sur ses talents. Il fut en effet banni en 1712 par arrêt du parlement, et il passa à l'étranger le reste de ses jours : ce long exil finit par altérer sensiblement la correction de son langage. La cause de sa condamnation avait été une pièce de vers scandaleux, dont il fut réputé l'auteur : il paraît bien avéré aujourd'hui qu'il n'était pas coupable, mais il porta la peine de sa mauvaise réputation. Néanmoins, il faut constater, à l'avantage de sa mémoire, que J. B. Rousseau, jusqu'à sa mort, qui eut lieu à Bruxelles en 1741, conserva des amis honorables, entre lesquels on remarque Rollin, qui lui a adressé plusieurs lettres! On peut le considérer, pour le style, comme l'anneau qui unit, en quelque sorte, Le dix-septième siècle au dix-huitième.

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