MORT D' ÉPAMINONDAS
Les deux armées furent bientôt en présence près de la ville de Mantinée. Celle des Lacédémoniens et de leurs alliés était de plus de vingt mille hommes de pied, et de près de deux mille chevaux ; celle de la ligue thébaine, de trente mille hommes d'infanterie, et d'environ trois mille de cavalerie.
Jamais Épaminondas n'avait déployé plus de talent que dans cette circonstance. Il suivit dans son ordre de bataille les principes qui lui avaient procuré la victoire de Leuctres. Une de ses ailes, formée en colonne, tomba sur la phalange lacédémonienne, qu'elle n'aurait peut-être jamais enfoncée, s'il n'était venu lui-même fortifier ses troupes par son exemple, et par un corps d'élite dont il était suivi. Les ennemis, effrayés à son approche, s'ébranlent et prennent la fuite. Il
BERTHÉLEMY.
les poursuit avec un courage dont il n'est plus le maître, et se trouve enveloppé par un corps de Spartiates qui font tomber sur lui une grêle de traits. Après avoir longtemps écarté .la mort, et fait mordre la poussière à une foule de guerriers, il tomba percé d'un javelot, dont le fer lui resta dans la poitrine. L'honneur de l'enlever engagea une action aussi vive, aussi sanglante que la première. Ses compagnons, ayant redoublé leurs efforts, eurent la triste consolation de l'emporter dans sa tente.
On combattit à l'autre aile avec une alternative à peu près égale de succès et de revers. Par les sages dispositions d'Épaminondas, les Athéniens ne furent pas en état de seconder les Lacédémoniens. Leur cavalerie attaqua celle des Thébains, fut repoussée avec perte, se forma de nouveau, et détruisit un détachement que les ennemis avaient placé sur les hauteurs voisines. Leur infanterie était sur le point de prendre la fuite, lorsque les Éléens volèrent à son secours.
La blessure d'Épaminondas arrêta le carnage et suspendit la fureur des soldats. Les troupes des deux partis, également étonnées, restèrent dans l'inaction. De part et d'autre on sonna la retraite, et l'on dressa un trophée sur le champ de bataille. Épaminondas respirait encore. Ses amis, ses officiers, fondaient en larmes autour de son lit. Le camp retentissait des cris de la douleur et du désespoir. Les médecins avaient déclaré qu'il expirerait dès qu'on ôterait le fer de la plaie. Il craignit que son bouclier ne fut tombé entre les mains de l'ennemi ; on le lui montra, et il le baisa, comme l'instrument de sa gloire. Il parut inquiet sur le sort de la bataille ; on lui dit que les Thébains l'avaient gagnée : — Voilà qui est bien, répondit-il, j'ai assez vécu: — Il demanda ensuite Daïphantus et lollidas, deux généraux qu'il jugeait dignes de le remplacer; on lui dit qu'ils étaient morts: — Persuadez donc aux Thébains, reprit-il, de faire la paix : — Alors il ordonna d'arracher le fer; et l'un de ses amis s'étant écrié, dans l'égarement de sa douleur: — Vous mourez, Épaminondas ! si du moins vous laissiez des enfants! — Je laisse, répondit-il en expirant, deux filles immortelles ; la victoire de Leuctres et celle de Mantinée.
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