CÉSAR ET HENRI IV
Si nous avons, parmi les modernes, un homme qu'on puisse comparer à César, c'est peut-être Henri IV. On remarque entre eux beaucoup de traits de ressemblance et d'objets de comparaison.
Tous deux avaient reçu de la nature une âme élevée et sensible, un génie également souple et profond dans les affaires politiques, de grands talents pour la guerre : tous deux furent redevables de l'Empire à leur courage et à leurs travaux : tous deux pardonnèrent à leurs ennemis, et finirent par en être les victimes: tous deux connaissaient le grand art de s'attacher les hommes, et de les employer; art le plus nécessaire de tous
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à quiconque commande on vent commander: tous deux étaient adorés de leurs soldats, et mêlaient les plaisirs aux fatigues militaires et aux intrigues de l'ambition. Farnèse, à qui notre Henri IV eut affaire, valait bien Pompée le rival de César ; et la France fut pour tous deux un champ de victoire. César combattait des armées plus nombreuses : Henri eut à vaincre des obstacles de tous les genres avec moins de moyens.
Tous deux avaient une activité prodigieuse, et suivaient ce grand principe, qu'*7 ne faut laisser faire à d* autres que ce qu>07i ne peut pas faire soi-même. Tous deux ont su régner, et ont régné trop peu. Si l'un eût vécu vingt ans de plus, le système de l'Europe était changé. Si l'autre n'eût pas été enlevé par un assassinat, il eût accoutumé les Romains à sa domination, aussi bien qu'Auguste, et aurait fait de plus grandes choses que lui. César prodigua l'argent dans une république qu'il voulait corrompre ; Henri le ménagea dans une monarchie qu'il fallait rétablir.
Tous deux furent arrachés par une mort prématurée, aux grands projets qu'ils méditaient ; et l'on peut croire que Henri eût été aussi heureux contre les Espagnols, que César pouvait l'être contre les Parthes. Arques, Fontaine-Française, Coutras, Ivry, ne sont pas d'aussi grands noms dans la mémoire des hommes, et n'entraînaient pas d'aussi grandes destinées que la journée de Pharsale ; mais ils avaient autant de talents à déployer, avec moins de renommée à obtenir.
César joignit la gloire des lettres à celle des armes, et cet avantage manquait à Henri IV ; mais c'était la faute de son éducation et du temps, bien plus que de son génie ; il avait l'esprit juste, l'élocution facile et souvent noble : et la harangue de Rouen prouve qu'il eut l'éloquence des grandes âmes.
Sa cause était en tout légitime et glorieuse : celle de César, qu'il est impossible de justifier en bonne morale, peut s'excuser en politique ; et, si l'on considère qu'il avait nécessairement la conscience de ce qu'il pouvait faire et de ce qu'il devait craindre, et que, parmi plusieurs concurrents qui aspiraient à être aussi criminels qu'il le devint, il fut ou assez heureux, ou assez malheureux pour être dans le cas de se déclarer le premier.