‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 65 sur 253 · L'HISTOIRE ANCIENNE ET MODERNE · texte numérisé non relu

L'HISTOIRE ANCIENNE ET MODERNE

On se demande souvent pourquoi la lecture des histoires anciennes est infiniment plus agréable que celle des histoires modernes. Cette différence ne vient pas seulement, comme on l'a cru, de la supériorité du sujet et de la nature des faits historiques; elle vient encore, il faut l'avouer, de l'excellence des génies qui ont écrit l'histoire grecque et romaine. Certainement nous n'avons pas un biographe à comparer à Plutarque. Ceux qui ne savent pas le grec n'ont qu'à lire seulement dans M. Rollin la conversation de Sylla et d'Archélaiis: c'est un ordre de beautés qui nous est étranger; on se croit dans un autre monde.

La sagesse, la gravité, la précision de Thucydide, l'abondance élégante de Xénophon, l'agrément d'Hérodote, qui fait pardonner aux fables qu'il raconte, sont des modèles qu'on n'a point égalés parmi nous. Et si nous nous tournons du côté des Latins, avons-nous quelque chose qui ressemble à Tite- Live et à Tacite ? Plusieurs morceaux de Saint-Réal peuvent être comparés à Salluste, sans pourtant le valoir. La conjuration de Portugal, et un tableau des dernières révolutions de la Russie, connu des gens de lettres et des amateurs, sont ce que nous avons de meilleur en ce genre. Mais d'ailleurs toute l'histoire moderne en notre langue est encore à faire, et c'est peut-être la moisson la plus abondante qui reste dans le champ de notre littérature. Daniel et Mézerai ne satisfont ni l'oreille, ni l'imagination, ni la raison, et il ne faut pas croire que ce soit absolument la faute de notre histoire ; elle est sèche sans cloute dans les premiers temps ; mais, en avançant dans la seconde et la troisième race, le sujet devient fécond et intéressant. Croit-on que l'époque singulière des croisades, ce genre de folie pieuse et héroïque, qui n'a point d'exemple dans l'antiquité; le siècle de Charles-Quint et de François Ier; la ligue, ce temps si fertile en grands crimes et en grands hommes, ne fussent pas des tableaux attachants, s'ils étaient coloriés par la main d'un homme tel que Tacite? Le malheur de nos historiens est dè n'être pas peintres, et les anciens l'étaient ;

LA IIAKPE.

tout ce qu'ils écrivent a une forme dramatique, qui fait illusion au lecteur, et lui fait croire qu'il assiste à un spectacle, qu'il voit agir les personnages et qu'il les entend parler.

Nous n'avons pas assez connu la majesté de l'histoire ; nous ne nous sommes pas représenté assez fidèlement quel doit être l'homme qui peint les siècles, qui parle devant la postérité, qui assemble les générations passées et futures, pour dire aux unes ce qu'elles ont été, et aux autres ce qu'elles doivent être. La dignité de cet emploi paraît n'avoir été sentie que par les anciens ; il semble qu'en général ils soient plus mâles et plus grands que nous. C'est chez eux qu'on rencontre tout ce qu'on entend communément par une manière large, et l'on dirait que ce mot a été trouvé pour eux. Le fonds de leurs ouvrages est riche, et tel d'entre eux a distribué ses -dépouilles à vingt modernes. Une centaine de vers traduits de Virgile a suffi pour faire réussir la tragédie de Didon ; et nous avons de fort bons écrits qui ne sont que des commentaires de quelques pages de l'antiquité.

C'est en lisant les anciens qu'on juge et qu'on goûte mieux les bons modernes qui leur ressemblent ; c'est avec eux que le goût s'épure et que l'âme s'élève et se fortifie, que le sentiment de la vraie gloire et l'amour du vrai beau s'accroissent et s'affermissent. On ne les lit pas assez. Nous avons beaucoup d'écrivains et peu d'hommes de lettres.

SELECTIONS IN PROSE.

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