‹ French short stories;Chapitre 60 sur 70 · v. mot · texte numérisé non relu

v. mot

L’ATTAQUE DU MOULIN 211

Françoise s’enfonça quand même sous les arbres. Cela la soulageait d’être seule. Elle s’assit un instant. Puis, en songeant que l’heure s’écoulait, elle se remit debout. * * * Elle avança dès lors, les yeux levés, et pour qu’il la sût près de lui, elle l’appelait tous les quinze à vingt pas. * * * Une fois même, elle s’imagina le voir; elle s’arrêta, étranglée, avec l’envie de fuir. Qu’allait-elle lui dire? Venait-elle donc pour l’emmener et le faire fusiller ? Oh ! non, elle ne parlerait point de ces choses. Elle lui crierait de se sauver, de ne pas rester dans les environs. Puis, la pensée de son père qui l’attendait, lui causa une douleur aiguë. Elle tomba sur le gazon, en pleurant, en répétant tout haut :

— Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi suis-je là !

Elle était folle d’être venue. Et, comme prise de peur, elle courut, elle chercha à sortir de la forêt. Trois fois elle se trompa, et elle croyait qu’elle ne retrouverait plus le moulin, lorsqu’elle déboucha dans une prairie, juste en face de Encreuse. Dès qu’elle aperçut le village, elle s’arrêta. Est-ce qu’elle allait rentrer seule?

Elle restait debout, quand une voix l’appela doucement :

— Françoise ! Françoise !

Et elle vit Dominique qui levait la tête, au bord d’un fossé. Juste Dieu ! elle l’avait trouvé ! Le ciel voulait donc sa mort ? Elle retint un cri, elle se laissa glisser dans le fossé.

— Tu me cherchais ? demanda-t-il.

— Oui, répondit-elle, la tête bourdonnante, ne sachant ce qu’elle disait.

— Ah ! que se passe-t-il ?

Elle baissa les yeux, elle balbutia.

— Mais, rien, j’étais inquiète, je désirais te voir.

Alors, tranquillisé, il lui expliqua qu’il n’avait pas voulu s’éloigner. Il craignait pour eux. Ces gredins de Prussiens étaient très capables de se venger sur les femmes et sur les vieillards. Enfin, tout allait bien, et il ajouta en riant:

— La noce sera pour dans huit jours, voilà tout.

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