La Mort des Templiers
Un immense bûcher, dressé pour leur supplice, S'élève en échafaud, et chaque chevalier Croit mériter l'honneur d'y monter le premier ; Mais le grand-maître arrive ; il monte, il les devance, Son front est rayonnant de gloire et d'espérance ; Il lève vers les cieux un regard assuré : Il prie, et l'on croit voir un mortel inspiré. D'une voix formidable aussitôt il s'écrie : " Nul de nous n'a trahi son Dieu, ni sa patrie ; Français, souvenez-vous de nos derniers moments ; Nous sommes innocents, nous mourrons innocents. L'arrêt qui nous condamne est un arrêt injuste ; Mais il est dans le ciel un tribunal auguste Q,ue le faible opprimé jamais n'implore en vain, Et j'ose t'y citer, ô Pontife Romain !
Encor quarante jours ! je t'y vois comparaître."
Chacun en frémissant écoutait le grand-maître. Mais quel étonnement, quel trouble, quel effroi, Q,uand il dit : " O Philippe, ô mon maître, ô mon Roi ! Je te pardonne en vain, ta vie est condamnée ; Au tribunal de Dieu je t'attends dans l'année," (Au Roi.)
Les nombreux spectateurs, émus et consternés Versent des pleurs sur vous, sur ces infortunés. De tous côtés s'étend la terreur, le silence. Il semble que du Ciel descende la vengeance. Les bourreaux interdits n'osent plus approcher ; Ils jettent en tremblant le feu sur le bûcher, Et détournent la tête. . . .Une fumée épaisse
Entoure l'échafaud, roule et grossit sans cesse ; Tout à coup le feu brille : à l'aspect du trépas Ces braves chevaliers ne se démentent pas. On ne les voyait plus ; mais leurs voix héroïques Chantaient de l'Éternel les sublimes cantiques : Plus la flamme montait, plus ce concert pieux S'élevait avec elle, et montait vers les cieux. Votre envoyé paraît, s'écrie. ...Un peuple immense. Proclamant avec lui votre auguste clémence, Auprès de l'échafaud soudain s'est élancé .... Mais II n'était plus temps .... les chants avaient cessé.
Eaynouard. Les Templiers.