‹ French speaker, ou L'orateur françaisChapitre 132 sur 174 · Louis XIV et son Siècle · texte numérisé non relu

Louis XIV et son Siècle

Ciel ! quel pompeux amas d'esclaves à genoux Est aux pieds de ce Roi qui les fait trembler tous ! Q,uels honneurs ! quels respects ! Jamais Monarque en N'accoutuma son peuple à tant d'obéissance. [France Je le vois comme vous par la gloire animé, Mieux obéi, plus craint, peut-être moin s* aimé ; Je le vois, éprouvant des fortunes diverses, Trop fier en ses succès, mais ferme en ses traverses ; De vingt peuples ligués bravant seul tout l'effort, Admirable en sa vie, et plus grand dans sa mort. Siècle heureux de Louis ! siècle que la nature "De ses plus beaux présents doit combler sans mesure ! C'est toi qui dans la France amènes les beaux-arts ; Sur toi tout l'avenir va porter ses regards ; Les Muses à jamais y fixent leur empire , La toile est animée, et le marbre respire.

Q,uels sages rassemblés dans ces augustes lieux Mesurent l'univers et lisent dans les cieux ; Et, dans la nuit obscure apportant la lumière, Sondent les profondeurs de la nature entière ? L'erreur présomptueuse à leur aspect s'enfuit, Et vers la vérité le doute les conduit. Et toi, fille du Ciel, toi, puissante Harmonie, Art charmant qui polis la Grèce et l'Italie, J'entends de tous côtés ton langage enchanteur,

Et tes sons souverains de l'oreille et du cœur ! . . . .

Français, vous savez vaincre et chanter vos conquêtes : Il n'est point de lauriers qui ne couvrent vos têtes ; Un peuple de héros va naître en ces climats ; Je vois tous les Bourbons voler dans les combats ; À travers mille feux je vois Condé paraître, Tour à tour la terreur et l'appui de son maître. Turenne, de Condé le généreux rival, Moins brillant, mais plus sage, et du moins son égal. Catinat unissant, par un rare assemblage, Les talents du guerrier et les vertus du sage : Celui-ci, dont la main raffermit nos remparts, C'est Vauban, c'est l'ami des vertus et des arts. Malheureux à la Cour, invincible à la guerre, Luxembourg de son nom remplit toute la terre. Regardez dans Denain l'audacieux Tillars Disputant le tonnerre à l'aigle des Césars, Arbitre de la paix que la victoire amène, Digne appui de son Roi, digne rival d'Eugène,

Voltaire, Henriade.

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