Le Voyageur égaré dans les Neiges du Saint-Bernard
La neige au loin accumulée En torrents épaissis tombe du haut des airs,
Et sans relâche amoncelée Couvre du Saint-Bernard les vieux sommets déserts.
Plus de routes, tout est barrière ; L'ombre accourt, et déjà, pour la dernière fois,
Sur la cime inhospitalière Dans les vents de la nuit l'aigle a jeté sa voix.
À ce cri, d'effroyable augure, Le voyageur transi n'ose plus faire un pas ;
Mourant, et vaincu de froidure, Au bord d'un précipice il attend le trépas.
Là, dans sa dernière pensée, Il songe à son épouse, il songe à ses enfants :
Sur sa couche affreuse et glacée Cette image a doublé l'horreur de ses tourments.
C'en est fait ; son heure dernière Se mesure pour lui dans ces terribles lieux,
Et chargeant sa froide paupière, ; Un funeste sommeil déjà cherche ses yeux.
Soudain, ô surprise ! ô merveille !
D'une cloche il a cru reconnaître le bruit ;
Le bruit augmente à son oreille ; Une clarté subite a brillé dans la nuit.
Tandis qu'avec peine il écoute, A travers la tempête un autre bruit s'entend :
Un chien jappe, et s'ouvrant la route, Suivi d'un solitahe, approche au même instant.
Le chien, en aboyant de joie, Frappe du voyageur les regards éperdus :
La Mort laisse échapper sa proie, Et la Charité compte un miracle de plus.
Chênedollé. Études Poétiques.