‹ French speaker, ou L'orateur françaisChapitre 136 sur 174 · L'immortalité de l^âme · texte numérisé non relu

L'immortalité de l^âme

Oui, Platon, tu dis vrai : notre âme est immortelle ; C'est un Dieu qui lui parle, un Dieu qui vit en elle. Eh ! d'où viendrait sans lui ce grand pressentiment, Ce dégoût des faux biens, cette horreur du néant ? Vers des siècles sans fin je sens que tu m'entraînes ; Du monde et des mes sens je vais briser les chaînes. Et m'ouvrir loin du corps, dans la fange arrêté, Les portes de la vie et de l'éternité. L'éternité ! quel mot consolant et terrible ! O lumière ! ô nuage ! ô profondeur horrible ! Que dis-je ? où suis-je ? où vais-je ? et d'où suis-je tiré ? Dans quels climats nouveaux, dans quel monde ignoré Le moment du trépas va-t-il plonger mon être ? Où sera cet esprit qui ne peut se connaître ? Q,ue me préparez-vous, abîmes ténébreux ? Allons, s'il est un Dieu, Platon doit être heureux. Il en est un, sans doute, et je suis son ouvrage ; Lui-même au cœur du juste il empreint son image. Il doit venger sa cause, et punir les pervers. Mais comment ? dans quel temps ? et dans quel univers Y Ici la vertu pleure, et l'audace l'opprime ; L'innocence à genoux y tend la gorge au crime ; La fortune y domine, et tout y suit son char. Ce globe infortuné fut formé pour César. Hâtons-nous de sortir d'une prison funeste,

Je te verrai sans ombre, ô Vérité céleste !

Tu te caches de nous dans nos jours de sommeil ;

Cette vie est un songe, et la mort un réveil.

Voltaire. Imité du Caton d'Addisson.

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