Prophétie de Joad
. . . . Mais d'où vient que mon cœur frémit d'un saint effroi? Est-ce l'esprit divin qui s'empare de moi 1 C'est lui-même : il m'échauffe ; il parle ; mes yeux s'ouvrent. Et les siècles obscurs devant moi se découvrent. Lévites, de vos sons prêtez-moi les accords, Et de ces mouvements secondez les transports .... Cieux, écoutez ma voix. Terre, prête l'oreille. Ne dis plus, ô Jacob, que ton Seigneur sommeille. Pécheurs, disparaissez : le Seigneur se réveille .... Comment en un plomb vil l'or pur s'est-il changé ? . . . . Quel est dans le lieu saint ce pontife égorgé ! . . . . Pleure, Jérusalem, pleure, cité perfide, Des prophètes divins malheureuse homicide ; De son amour pour toi ton Dieu s'est dépouillé ; Ton encens à ses yeux est un encens souillé .... Où menez-vous ces enfants et ces femmes ?
Le Seigneur a détruit la reine des cités : Ses prêtres sont captifs, ses rois sont rejetés. Dieu ne veut plus qu'on vienne à ses solennités. Temple, renverse-toi. Cèdres, jetez des flammes.
Jérusalem, objet de ma douleur, Quelle main en un jour t'a ravi tous tes charmes ? Q,ui changera mes yeux en deux sources de larmes Pour pleurer ton malheur ? . . . .
Quelle Jérusalem nouvelle Sort du fond du désert brillante de clartés, Et porte sur son front une marque immortelle ?
Peuples de la terre, chantez.
Jérusalem renaît plus charmante, plus belle :
D'où lui viennent de tous côtés Ces enfants qu'en son sein elle n'a point portés 7 Lève, Jérusalem, lève ta tête altière ; Regarde tous ces rois de ta gloire étonnés : Les rois des nations, devant toi prosternés,
De tes pieds baisent la poussière :
Les peuples à l'envi marchent à ta lumière. Heureux qui pour Sion d'une sainte ferveur
Sentira son âme embrasée !
Cieux, répandez votre rosée, Et que la terre enfante son Sauveur ! . . . .
Racine. Athaiie.