Imprécations de là reine Didon contre Énée
Je ne le verrai plus ! l'ai-je bien entendu ?
duel coup de foudre ! ô ciel ! et l'aurais-je prévu ?
Ah ! barbare ! ah ! perfide !
Et voilà ce héros dont le ciel est le guide,
Ce guerrier magnanime, et ce mortel pieux,
Qui sauva de la flamme et son père et ses Dieux !
Le parjure abusait de ma faiblesse extrême ;
Et la gloire n'est point à trahir ce qu'on aime.
Du sang dont il naquit j'ai dû me défier,
Et de Laomêdon connaître l'héritier.
Cruel ! tu t'applaudis de ce triomphe insigne !
De tes lâches aïeux, va, tu n'es que trop digne !
Mais tu me fuis en vain, mon ombre te suivra.
Tremble, ingrat : je mourrai ; mais ma haine vivra.
Tu vas fonder le trône où le destin t'appelle,
Et moi, je te déclare une guerre immortelle.
Mon peuple héritera de ma haine pour toi :
Le tien doit hériter de ton horreur pour moi.
Que ces peuples rivaux, sur la terre et sur l'onde,
De leurs divisions épouvantent le monde ;
Que pour mieux se détruire ils franchissent les mers ;
Qu'ils ne puissent ensemble habiter l'univers ;
Qu'une égale fureur sans cesse les dévore ;
Qu'après s'être assouvie, elle renaisse encore ;
Qu'ils violent entre eux et la foi des traités,
Et les droits les plus saints et les plus respectés •
Qu'excités par mes cris, les enfants de Carthage
Jurent dès le berceau de venger mon outrage ;
Et puissent, en mourant, mes derniers successeurs
Sur les derniers Troyens être encor mes vengeurs !
Lefranc de Pompignan. Didon,