‹ French speaker, ou L'orateur françaisChapitre 27 sur 174 · MORT D HIPPOLYTE · texte numérisé non relu

MORT D HIPPOLYTE

Prendre dans le bas et le plein de la voix, bien accentuer, et d'un ton pénétré :

A peine nous sortions des portes de Trézène ;

Changement de ton, et bien peindre les vers suivants :

Il était sur son char ; ses gardes affligés Imitaient son silence, autour de lui rangés :

Une nuance :

Il suivait, tout pensif, le chemin de Mycènes ; Sa main sur ses chevaux laissait flotter les rênes ;

Relever le ton :

Ses superbes coursiers, qu'on voyait autrefois,

74 LE LECTEUR ET l'oRATEUR FRANÇAIS.

Graduer, et bien soutenir le vers suivant :

Pleins d'une ardeur si noble, obéir à sa voix,

Changement de ton dans le bas, et soutenir les deux vers suivants, en les faisant bien valoir et les bien peindre :

L'œil morne maintenant, et la tête baissée, Semblaient se conformer à sa triste pensée.

Un temps, changement de ton, prendre celui de l'étonnement et de la stupeur; bien graduer et soutenir par l'articulation les quatre vers suivants :

Un effroyable cri, sorti du fond des flots, Des airs en ce moment a troublé le repos ; Et, du sein de la terre, une voix formidable Répond en gémissant à ce cri redoutable.

Un temps, reprendre le ton plus bas, et exprimer l'effroi :

Jusqu'au fond de nos cœurs notre sang s'est glacé, Relever le vers suivant :

Des coursiers attentifs le crin s'est hérissé; Un changement de ton dans le bas :

Cependant, sur le dos de la plaine liquide Relever le ton :

S'élève à gros bouillons une montagne humide.

Le premier hémistiche dans le haut, changement de ton au second, et soutenir le vers suivant, porter la force sur: Un monstre furieux :

L'onde approche, se brise, et vomit à nos yeux, Parmi des flots d'écume, un monstre furieux.

Changement de ton dans le bas, et bien peindre les vers suivants par une articulation soutenue :

Son front large est armé de cornes menaçantes, Relever un peu :

Tout son corps est couvert d'écaillés jaunissantes ; Une nuance au premier hémistiche, et une au second :

Indomptable taureau, dragon impétueux,

Changer le ton, prendre la voix dan3 le plein ;

Sa coupe se recourbe en replis tortueux ;

Changer de nuance :

Ses longs mugissements font trembler le rivage, Le Ciel avec horreur voit ce monstre sauvage ;

Graduer les trois hémistiches suivants, avec des seraitons à chacun:

La terre s'en émeut, l'air en est infecté, Le flot qui l'apporta recule épouvanté : Tout fuit.

Et, sans s'armer d'un courage inutile, Dans le temple voisin chacun cherche un asile ;

Reprendre dans le bas, et relever le second hémistiche:

Hippolyte lui seul, digne fils oVun héros,

Graduer et animer les trois vers suivants :

Arrête ses coursiers, saisit ses javelots,

Pousse au monstre, et d'un dard lancé d'une main sûre,

Il lui fait dans le flanc une large blessure.

Reprendre le plein de la voix, et graduer les quatre vers suivants avec chaleur :

De rage et de douleur le monstre bondissant Vient aux pieds des chevaux tomber en mugissant, Se roule,

Changement d'intonation, et graduer la fin du premier vers et du suivant :

Et leur présente une gueule enflammée, Qui les couvre de feu, de sang et de fumée.

Changer le ton :

La frayeur les emporte, et, sourds à cette fois, Ils ne connaissent plus ni le frein ni la voix.

Une nuance :

En efforts impuissants leur maître se consume, Une nuance plus forte :

Ils rougissent le mors d'une sanglante écume.

Une réticence, la force sur le second vers :

On dit qu'on a vu même, en ce désordre affreux, Un Dieu

Une nuance :

Qui d'aiguillons pressait leurs flancs poudreux.

Une nuance plus bas, et la graduer sur les vers suivants :

A travers les rochers la peur les précipite, L'essieu crie et se rompt ;

Une nuance dans le bas :

L'intrépide Hippolyte Voit voler en éclats tout son char fracassé ;

Une nuance :

Dans les rênes lui-même il tombe embarrassé. Un temps, prendre le ton douloureusement affecté :

Excusez ma douleur,

Changement de ton :

Cette image cruelle Sera pour moi de pleurs une source éternelle.

Un temps, le ton des larmes si l'on ne peut en répandre :

J'ai vu, seigneur, j'ai vu votre malheureux fils Faire bien valoir ce vers :

Traîné par les chevaux que sa main a nourris, ïl veut les rappeler, et sa voix les effraie ; Ils courent;

Changement de ton :

Tout son corps n'est bientôt qu'une plaie.

Relever : De nos cris douloureux :

De nos cris douloureux la plaine retentit :

Après un temps et une nuance ;

Leur fougue impétueuse enfin se ralentit.

Changement de ton :

Us s'arrêtent^

Une nuance :

Non loin de ces tombeaux antiques, Où des rois, ses aïeux, sont les froides reliques.

Relever le ton :

J'y cours en soupirant, et sa garde me suit.

D'un ton bien sensible, en ralentissant le débit, et bien peindre chaque chose ;

De son généreux sang la trace nous conduit ; Les rochers en sont teints, les ronces dégouttantes Portent de ses cheveux les dépouilles sanglantes : T arrive, je V appelle, et me tendant la main, Il ouvre un œil mourant,

Une nuance :

Qu'il referme soudain.

Faire parler Hippoîyte d'un ton bien touchant et bien sensible ; que ce ne soit pas d'un ton larmoyant et piteux, mais avec la faiblesse d'un mourant:

"Le Ciel, dit-il, m'arrache une innocente vie ; Prends soin, après ma mort, de la triste Aricie. Cher ami, si mon père, un jour désabusé, Plaint le malheur d'un fils faussement accusé, Pour apaiser mon sang et mon ombre plaintive. Dis-lui qu'avec douceur il traite sa captive, Qu'il lui rende "

Changement de voix et de ton :

A ce mot, ce héros expiré N'a laissé dans mes bras qu'un corps défiguré,

Une nuance :

Triste objet où des Dieux triomphe la colère, Et que méconnaîtrait l'œil même de son père !

ARTICLE TROISIEME

DU DéBIT DE LA POeSIE LYRIQUE.

Tout ce que l'imagination la plus riche et la plus hardie peut embrasser dans son essor, appartient à la poésie lyrique ; l'enthousiasme en est le caractère : "Là, comme dit le Batteux, un grand objet frappe l'écrivain ; son imagination s'élève et s'allume ; elle éveille des sentiments vifs qui agissent à leur tour sur l'imagination et augmentent encore son feu. De là les plus grands efforts pour exprimer cet état de l'âme, de là les termes riches, hardis, les figures extraordinaires, les tours singuliers. C'est alors que les prophètes voient les montagnes s'abaisser sous les pas de l'éternité, que la mer fuit, que les collines tressaillent. C'est alors qu'Homère voit le signe de tête que Jupiter fait à Thétis, et le mouvement du front immortel qui ébranle et fait balancer l'univers."

Entraîné sur les pas de l'écrivain dont il veut transmettre l'enthousiasme, échauffé comme lui par la grandeur de son sujet, celui qui lit ou débite des ouvrages de ce genre doit appeler à son secours les intonations les plus riches, les plus passionnées et les plus harmonieuses ; sans les rendre chantantes, il doit leur donner le charme et presque la force des tons harmoniques. Nulle part, elles ne réuniront autant de pompe, autant de cadences marquées, autant d'élévation, autant d'exaltation.

S'il décrit les merveilles de la création de l'univers, comme dans les odes sacrées, ses intonations porteront le caractère de l'admiration, de l'étonnement et de la reconnaissance. Elles seront sublimes, majestueuses, et pleines de cet enthousiasme religieux qu'inspire le spectacle de tout ce qu'il y a de plus grand et de plus magnifique dans la nature.

S'il célèbre les exploits guerriers, s'il chante les louanges des héros, comme dans les poèmes historiques, ses inflexions seront plus vives, plus animées et plus hardies ; elles respireront la fierté, le noble orgueil de la victoire et du triomphe.

S'il peint la bienfaisance, l'humanité et la vertu comme dans les odes morales ou philosophiques, ses tons seront plus calmes, mais en même temps plus remplis de sentiment ; son enthousiasme sera celui d'une âme fortement pénétrée de la beauté de la vertu célébrée, qui s'enflamme pour elle, et qui voudrait voir son règne établijians tous les cœurs.

L'Elégie étant consacrée aux mouvements du cœur, nous la plaçons dans cet article, comme une dépendance du genre lyrique.

Il faut que le cœur seul parle dans l'élégie.

La véritable douleur n'a point de langage étudié, de marche suivie et compassée. Le débit de l'élégie doit être simple et sans apprêt ; sa marche rompue, irrégulière même jusqu'à un certain point ; et il y doit régner, dans tout l'ensemble, ce désordre intéressant, cette négligence aimable, qui, quoiqu'en partie l'ouvrage de Fart, ne paraît être que l'effet du sentiment, Tout ce qui offre la recherche et la prétention est entièrement opposé aux intonations qui conviennent à l'élégie, nonseulement lorsqu'elle exprime la douleur ou la tendresse, mais encore même lorsqu'elle décrit, en passant, des objets gracieux et riants.

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