PAR DELILLE
Après une réflexion, d'un ton sombre et plein d'amertume:
D'où me vient de mon cœur V ardente inquiétude ?
Un temps, changement de ton ; prendre celui d'une âme abattue :
En vain je promène mes jours Du loisir au travail, du repos à étude ;
Une nuance dans le haut, exprimant l'impuissance irritée :
Rien n'en saurait fixer la vague incertitude, Et les tristes dégoûts me poursuivent toujours.
80 LE LECTEUR ET l'oRATEUR FRANÇAIS.
Un long temps, jeter ce vers :
Des voluptés essayons le délire.
Avec l'expression graduée du plus vif désir :
Couronnez-moi de fleurs, apportez-moi ma lyre : Grâces, Plaisirs, Amours, Jeux, Ris, accourez tous !
Que le vin coule !
Que mon pied foule Les parfums les plus doux !
Un repos, dire ces quatre vers avec le découragement d'un homme qui voit s'évanouir ses plus chères espérances ; bien faire valoir le dernier vers :
Mais quoi ! déjà la rose pâlissante Perd son éclat, les parfums leur odeur ; Ma lyre échappe à ma main languissante, Et les tristes ennuis sont rentrés dans mon cœur !
Après un temps et une nouvelle réflexion, jeter le premier vers ; dire les trois autres sur un ton qui annonce quelques espérances :
Volons aux plaines de Bellonçi :
Peut-être son brillant laurier A mon cœur va faire oublier Le noir chagrin qui l'environne.
D'un ton bien déterminé :
Marchons :
Un semi-ton dans le bas :
Déjà la charge sonne, Graduer les tons et l'expression du débit qui doit être rapide sans confondre les objets :
Le fer brille, la foudre tonne ; J'entends hennir le fier coursier ; L'acier retentit sur l'acier, L'Olympe épouvanté résonne Des cris du vaincu, du vainqueur;
Une nuance dans le bas, et dire avec dégoût : le sang bouillonne:
Autour de moi le sang bouillonne ;
Après un demi-repos, une inflexion de douleur dans le premier vers, et une mêlée de malheur et de découragement dans le second :
A ces tableaux mon cœur frissonne, Et la pitié plaintive a crié dans mon cœur.
Un long temps, du ton d'un homme qui conçoit encore des espérances :
D'un air moins turbulent l'ambition m'appelle,
Elever la voix sur sublime et la baisser sur cruelle avec beaucoup d'expression :
Sublime quelquefois et trop souvent cruelle. Sur le ton d'une prompte résolution :
Pour commander j'obéis à sa loi.
Après un temps, il convient de dire les deux vers suivants d'une voix pleine et élevée :
Puissant dominateur de la terre et de Ponde, Je dispose à mon gré du monde,
Sur un ton bas, un retour sur soi de pitié et d'abattement:
Et ne puis disposer de moi.
Un temps, changer de ton, prendre celui d'une personne revenue de ses illusions et convaincue de ses destinées éternelles :
Ainsi d'espérances nouvelles, Toujours avide et toujours dégoûté,
Vers une autre félicité
Mon âme ardente étend ses ailes, Et rien ne peut fixer dans les choses mortelles Cette indomptable soif de V immortalité.
Il faut dire simplement :
Lorsqu'en mourant le sage cède Au décret éternel dont tout subit la loi, Un Dieu lui dit ;
D'un ton digne et soutenu :
" J'ai réservé pour moi L'éternité qui te précède ; L'éternité qui s'avance est à toi...."
Dire avec une voix pleine et imposante :
Silence, êtres mortels ! vains grandeurs, silence !
Une nuance dans le ton, faire sentir les antithèses
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sans ralentir le débit, appuyer sur le mot tout et dire le reste du vers et le suivant d'un ton bas et avec intention:
L'obscurité, l'éclat, le savoir, l'ignorance, La force, la fragilité,
Tout, excepté le crime et l'innocence, ' t
Et le respect d'une juste puissance, Près du vaste avenir courte et frêle existence, Aux yeux désenchanteurs de la réalité,
Elever la voix pour dire le premier vers, et la baisser pour le second :
Descend de sa haute importance Dans Véternelle égalité.
Après une légère réflexion prendre un ton pompeux et le soutenir sur les vers suivants :
Tel le vaste Apennin, de sa cime hautaine, Confondant à nos yeux et montagne et vallon,
D'un monde entier ne forme qu'une plaine, Et rassemble en un point un immense horison.
Prendre les intonations d'un raisonnement vif et pressant et bien graduer les interrogats :
Ah ! si ce noble instinct par qui du grand Homère, Par qui des Scipions l'esprit fut enfanté,
N'était qu'une vaine chimère, Qu'un vain roman par l'orgueil inventé ;
Aux limites de sa carrière,
D'où vient que l'homme épouvanté, A l'aspect du néant se rejette en arrière 1
Pourquoi, dans l'instabilité
De cette demeure inconstante,
Avec l'accent d'un cœur fortement ému :
Nourrit-il cette longue attente De Vimmuable éternité ?
Changer de ton et dire les vers suivants, avec une profonde conviction :
Non, ce n'est point au vain système ; C'est un instinct profond vainement combattu ;
Une nuance dans le bas et avec un sentiment de reconnaissance :
Et sans doute l'Etre suprême Dans nos cœurs le grava lui-même, Pour combattre le vice et servir la vertu.
Dans le débit des vers suivants doit régner un ton plein d'ascendant, de dignité et de conviction :
Dans sa demeure inébranlable, Assise sur l'éternité, La tranquille immortalité, Propice au bon, et terrible au coupable, Du temps qui sous ses yeux marche à pas de géant, Défend l'ami de la justice, Et ravit à l'espoir du vice L'asile horrible du néant.
.Prendre un ton énergique et d'une profonde indignation ; le vous êtes immortels doit être dit avec beaucoup de force et d'un ton accusateur :
Oui, vous, qui de l'Olympe usurpant le tonnerre, Des éternelles lois renversez les autels,
Lâches oppresseurs de la terre,
Tremblez ! vous êtes immortels.
Il faut pour dire les trois vers suivants des inflexions douces, compatissantes et consolatrices : le quatrième vers doit être bien amené, la fin exige un élan ravissant de l'âme :
Et vous, vous du malheur victimes passagères, Sur qui veillent d'un Dieu les regards paternels, Voyageurs d'un moment aux terres étrangères, Consolez-vous ! vous êtes immortels.