‹ French speaker, ou L'orateur françaisChapitre 29 sur 174 · PAR C. DELAVIGNE · texte numérisé non relu

PAR C. DELAVIGNE

Les quatre premiers vers doivent être dits avec une majestueuse simplicité :

Un jour que l'Océan gonflé par la tempête, Réunisant les eaux de ses fleuves divers,

Une nuance dans le haut sur le premier hémistiche : Fier de tout envahir, marchait à la conquête

Relever le ton :

De ce vaste univers,

D'un ton d'intérêt, bas et un peu mystérieux : Une voix s'éleva du milieu des orages,

LE LECTEUR ET lWaïEUE FRANÇAIS.

Changer de ton, une légère nuance de mépris sur * tant a audace :

Et Dieu, de tant d'audace invisible témoin,

Peindre par une inflexion le trouble des flots et le mettre en contraste avec le calme et la simplicité qui doivent caractériser dans cette circonstance le lan°-a<*e de Dieu. (Les ordres sont d'autant plus simples qu'Us émanent d'un plus grand pouvoir.)

Dit aux flots étonnes : " Mourez sur ce rivage - Vous n'irez pas plus loin."

Les intonations de la strophe suivante doivent être en quelque sorte symétriques avec celles de la précédente : elles sont si bien marquées par sa comparaison elle-même et par le sens des vers, qu'il serait superflu de les indiquer :

Ainsi, quand tourmentés d'une impuissante rage, Les soldats de Bedfort, grossis par leurs succès,

Menaçaient d'un prochain naufrage

Le royaume et le nom français ; Une femme, arrêtant ces bandes formidables, Se montra dans nos champs de leur foule inondés ; Et ce torrent vainqueur expira dans les sables Que naguère il couvrait de ses flots débordés.

Commencer dans le bas de la voix, et graduer l'expression avec intérêt :

Une femme paraît, une vierge, un héros :

Accélérer le débit :

Elle arrache son maître aux langueurs du repos.

Dire avec lenteur le second hémistiche et le vers qui le suit :

La France qui gémit se réveille avec peine,

Par des accents bas, douloureux et plaintifs, rendre bien sensibles les maux qui pesaient alors sur la France : Voit son trône abattu, voit ses champs dévastés,

En secouant sa chaîne doit être prononcé avec force et en agitant les mains ; les élever avec l'expression du courroux sur incités :

Se lève en secouant sa chaîne, Et rassemble à ce bruit ses enfants irrités.

Des inflexions douces, simples et pleines d'intérêt doivent régner dans les deux strophes suivantes ; il faut, pour varier les intonations, faire diversement les interrogats :

Qui t'inspira, jeune et faible bergère, D'abandonner la houlette légère Et les tissus commencés par ta main ?

Ta sainte ardeur n'a pas été trompée ; Mais quel pouvoir brise sous ton épèe Les cimiers d'or et les casques d'airain \ L'aube du jour voit briller ton armure, L'acier pesant couvre ta chevelure, Et des combats tu cours braver le sort. Qui t'inspira de quitter ton vieux père, De préférer aux baisers de ta mère L'horreur des champs, le carnage et la mort ?

D'un ton solennel et gradué :

C'est Dieu qui l'a voulu, c'est le Dieu des armées, Un semi-ton, et simplement:

Qui regarde en pitié les pleurs des malheureux ;

Relever Je ton et accélérer le débit :

C'est lui qui délivra nos tribus opprimées Sous le poids d'un joug rigoureux ;

Bien graduer les semi-tons, qui doivent être hauts et majestueux :

C'est lui, c'est V Eternel, c'est le Dieu des armées !

Prendre un ton narratif, véhément et pressé ; distinguer chaque objet pour en bien graduer l'expression :

L'ange exterminateur bénit ton étendard ;

Il mit dans tes accents un son mâle et terrible,

La force dans ton bras, la mort dans ton regard,

Un demi-repos après dit, pour dire le reste du vers avec le plus de simplicité possible :

Et dit à la brebis paisible ; Avec force :

Va déchirer le léopard.

Des tons impérieux:, braves et chevaleresques convienment, on ne peut mieux, aux deux strophes suivantes. Dans la première, il y a trois sortes d'interpellations : aux principaux chefs, aux chevaliers et aux soldats. L'expression et l'élévation des tons devront donc être en rapport avec la distance et la nature des objets :

Eichemont, Lahire, Xaintrailles, Punois, et vous, preux chevaliers, Suivez ses pas dans les batailles, Couvrez-la de vos boucliers, Couvrez-la de votre vaillance ; Soldats, c'est l'espoir de la France Que votre roi vous a commis.

Marchez quand sa voix vous appelle, Car la victoire est avec elle, La fuite avec ses ennemis.

Dans le plein de la voix, animer et graduer le débit, bien rendre le dernier vers :

Apprenez d'une femme â forcer des murailles, A gravir leurs débris sous des feux dévorants, .A terrasser V Anglais, à porter dans ses rangs Un bras fécond un funérailles !

Avec l'accent du triomphe :

Honneur à ses hauts faits !

Un demi-ton dans le bas :

Guerriers, honneur à vous !

Relever le ton :

Chante, heureuse Orléans, les vengeurs de la France, Chante ta délivrance :

Une nuance, et jeter un peu ce vers :

Les assailants nombreux sont tombés sous leurs coups.

Dire sur un ton d'enquête et railleur :

Que sont-ils devenus, ces conquérants sauvages, Devant le fer vainqueur qui combattait pour nous ?....

Le débit de la réponse doit être simple, pressé et plein de mépris :

Ce que deviennent des nuages D'insectes dévorants dans les airs rassemblés, Quand un noir tourbillon élancé des montagnes Disperse en tournoyant ces bataillons ailés,

Et fait pleuvoir sur nos campagnes

Leurs cadavres amoncelés.

Simplement et avec intérêt i

Aux yeux d'un ennemi superbe, Le lis a repris ses couleurs 4

Baisser la voix sur courbés et l'élever sur se relèvent :

Ses longs rameaux, courbés sous l'herbe, Se relèvent couverts de fleurs.

Jeanne au front do son maître a posé la couronne.

Une nuance de mépris bien marquée sur V abandonnes

A l'attrait des plaisirs qui retiennent ses pas La noble fille V abandonne :

Vive apostrophe :

Délices de la co<ur, vous n'enchaînerez pas L'ardeur d'une vertu si pure ;

Relever la voix, et graduer ces deux vers :

Des armes, voilà sa parure, Et ses plaisirs sont les combats.

Prendre le ton narratif:

Ainsi tout prospérait à son jeune courage. Dieu conduisit deux ans ce merveilleux ouvrage ;

Il se plut à récompenser Pour la France et ses rois son amour idolâtre ; Deux ans il la soutint sur ce brillant théâtre,

Un semi-ton plus haut, baisser la voix sur le second hémistiche :

Pour apprendre aux Anglais, qu'il voulait abaisser.

Relever le ton :

Que la France jamais ne périt toute entière ; Baisser un peu le ton sur le dernier hémistiche.

Que son dernier vengeur fût-il dans la poussière, Elever la voix, et bien faire valoir ce vers :

Les femmes, au besoin, pourraient les en chasser.

88 LE LECTEUR ET l'oRATEUR FRANÇAIS.

ARTICLE QUATRIÈME

Page 1