‹ French speaker, ou L'orateur françaisChapitre 34 sur 174 · RÉPONSE DE PYRRHUS · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE PYRRHUS

D'un ton soutenu et digne :

La Grèce en ma faveur est trop inquiétée : ,

De soins plus importants je l'ai crue agitée, Seigneur ;

Une nuance :

Et, sur le nom de son ambassadeur, J'avais dans ses projets conçu plus de grandeur.

Relever un peu le ton :

Qui croirait, en effet, qu'une telle entreprise Une nuance plus forte sur les deux vers suivants :

Du fils d'Agamemnon méritât l'entremise ; Qu'un peuple tout entier, tant de fois triomphant,

Laisser tomber la voix sur le vers suivant, avec le ton du dédain :

N'eût daigné conspirer que la mort d'un enfant l

Relever le ton avec fierté et dignité :

Mais à qui prétend-on que je le sacrifie 1

Une nuance, soutenir l'interrogation :

La Grèce a-t-elle encor quelque droit sur sa vie ? Et, seul de tous les Grecs, ne m'est-il pas permis D'ordonner d'un captif que le sort m'a soumis ?

Changement de ton :

Oui, seigneur,

Une nuance plus forte :

Lorsqu'aux pieds des murs fumants de Troie Les vainqueurs tout sanglants partagèrent leur proie, Le sort,

Une nuance :

Dont les arrêts furent alors suivis, Fit tomber en mes mains Andromaque et son fils ; Hécube, près d'Ulysse, acheva sa misère ; Cassandre, dans Argos, a suivi votre père.

Changement de ton :

Sur eux, sur leurs captifs, ai-je étendu mes droits ? Une nuance plus forte :

Ai-je enfin disposé du fruit de leurs exploits ?

Le ton, sur les deux vers, d'une personne qui répète ce qu'elle vient d'entendre :

On craint qu'avec Hector Troie un jour ne renaisse! Son fils peut me ravir le jour que je lui laisse !

Changement total de ton, prendre celui de l'ironie : Seigneur, trop de prudence entraîne trop de soin ;

Une nuance plus forte :

Je ne sais point prévoir les malheurs de si loin.

Changement de ton, dire les quatre vers suivants en relevant la voix :

Je songe quelle était autrefois cette ville Si superbe en ramparts, en héros si fertile, Maîtresse de l'Asie, et je regarde enfin Quel fut le sort de Troie, et quel est son destin :

104 LE LECTEUR ET l'oRATEUR FRANÇAIS.

Dans le bas de la voix, bien peindre et bien exprimer les quatre vers suivants :

Je ne vois que des tours que la cendre a couvertes, Un fleuve teint de sang, des campagnes désertes, Un enfant dans les fers ;

Une nuance dans le bas :

Et je ne puis songer Que Troie en cet état aspire à se venger.

Relever le ton du vers suivant, et bien soutenir Tinterrogat du second :

Ah ! si du fils d'Hector la perte était jurée, Pourquoi d'un an entier l'avons-nous différée ?

Soutenir toujours l'intérêt et la chaleur de la narration :

Dans le sein de Priam n'a-t-on pu l'immoler 1 Sous tant de morts, sous Troie, il fallait l'accabler.

Relever le ton :

Tout était juste, alors : la vieillesse et l'enfance

En vain sur leur faiblesse appuyaient leur défense;

La victoire et la nuit, plus cruelles que nous,

Nous excitaient au meurtre et confondaient nos coups. '

Jeter le vers suivant :

Mon courroux aux vaincus ne fut que trop sévère.

Changement de ton dans le bas, celui d'un homme qui reproche avec indignation ce que l'on veut exiger de lui :

Mais que ma cruauté survive à ma colère ! Que, malgré la pitié dont je me sens saisir, Bien peindre l'horreur qu'il éprouve dans le ver suivant :

Dans le sang d'un enfant je me baigne à loisir !

Changement de ton, celui d'un homme ferme et décidé qui repousse avec indignation ce qu'on vient de lui proposer :

Non, seigneur. Que les Grecs cherchent quelqu'autre proie ; Qu'ils poursuivent ailleurs ce qui reste de Troie : De mes inimitiés le cours est achevé ;

Relever le dernier vers :

L'Epire sauvera ce que Troie a sauvé.

Racine, Andromaque.

ACHILLE BRAVE L'ORACLE QUI MENACE SA TÊTE, ET PRÉFÈRE LA GLOIRE à LA VIE.

D'un ton impérieux et décidé :

Non non, tous ces détours sont trop ingénieux, Vous lisez de trop loin dans les secrets des Dieux.

Changement de ton et de réflexion :

Moi, je m'arrêterais à de vaines menaces,

Et je fuirais F honneur qui m'attend sur vos traces !

Changement de ton dans le bas :

Les Parques à ma mère, il est vrai, l'ont prédit, Lorsqu'un époux mortel fut reçu dans son lit :

Une nuance :

Je puis choisir, Un semi-ton :

Dit-on, ou beaucoup (Pans sans gloire, Changement de ton dans le haut :

Ou peu de jours suivis d'une longue mémoire.

Changement d'intonation :

Mais, quisqu'il faut enfin que j'arrive au tombeau, Voudrais-je,

Un semi-ton :

De la terre inutile fardeau,

Changement de nuance :

Trop avare d'un sang reçu d'une déesse, Attendre chez mon père une obscure vieillesse, Graduer un peu le ton :

Et toujours de la gloire évitant le sentier,

Bien articuler le premier hémistiche, et porter toute la force sur le second :

Ne laisser aucun nom et mourir tout entier? Changement de ton :

Ah ! ne nous formons point ces indignes obstacles ! Toute la force de l'expression :

L'honneur parle ; Une nuance :

Il suffit, ce sont là nos oracles :

Reprendre un autre ton dans le bas :

Les Dieux sont de nos jours les maîtres souverains ; Relever le ton :

Mais, seigneur, notre gloire est dans nos propres mains. Changer d'intonation :

Pourquoi nous tourmenter de leurs ordressuprêmes ?

Articuler le vers suivant dans la force de l'expression, la soutenir et la graduer :

Ne songeons qu'à nous rendre immortels comme aux-mêmes ; Et laissant faire au sort, courons où la valeur Nous promet un destin aussi grand que le leur I

D'un ton plus bas le second hémistiche : C'est à Troie, et fy cours, et quoi qu'on me prédise , Je ne demande aux Dieux qu'un vent qui m'y conduise ;

Une réticence :

Et quand moi seul, enfin, il faudrait l'assiéger, Plus de force sur le vers suivant ;

Patroole et moi, seigneur, nous irons vous venger.

Le môme, Iphigénie.

PHILOCTÈTE CONJURE PYRRHUS DE L'ARRACHER à i/AFFREUX ABANDON OÙ IL EST RÉDUIT DANS L'ÎLE DE LEMNOS.

Pénétré de l'horreur de sa cruelle situation, Philoctète doit développer dans cette tirade tout ce que la sen» sibilité la plus touchante a de ressources pour engager Pyrrhus à l'emmener avec lui :

Ah ! par les immortels de qui tu tiens le jour ! Une nuance plus forte :

Par tout ce qui jamais fut cher à ton amour ! Une nuance de plus ;

Par les mânes d'Achille et l'ombre de ta mère !

Une expression douloureuse et sensible sur le vers suivant :

Mon fils y

Je t'en conjure, écoute ma prière :

Ne me laisse pas seul en proie au désespoir, En proie à tous les maux que tes yeux peuvent voir.

Un ton suppliant :

Cher Pyrrhus, tire-moi des lieux où ma misère a M'a longtemps séparé de la nature entière.

Changement de ton :

C'est te charger, hélas ! d'un bien triste fardeau ;

Une transition sur le second hémistiche ;

Je ne l'ignore pas : l'effort sera plus beau De m'avoir supporté ;

Une nuance dans le bas, pour graduer avec plus de force les vers suivants :

Toi seul en étais digne ; Et de nC abandonner la honte est trop insigne :

Il faut un grand développement d'expression sur :

Tu rûen es pas capable :

Reprendre avec la même chaleur, et d'un ton héroïque:

Il n'est que les grands cœurs Qui sentent la pitié que l'on doit aux malheurs,

Plus de force dans l'expression du vers suivant :

Qui sentent d'un bienfait le plaisir et la gloire.

Une nuance dans le bas :

Il sera glorieux, si tu daignes m'en croire, D'avoir pu me sauver de ce fatal séjour.

Jusqu'aux vallons d'Œta le trajet est d'un jour;

Il faut tout l'épanchement de la plus vive sensibilité sur les vers suivants :

Jette-moi dans un coin du vaisseau qui te porte, Une nuance sensible à chaque virgule ;

A la poupe, à la proue, où tu voudras, n'importe»

Changer d'inflexion, une nuance plus forte :

Je t'en conjure encore, et j'atteste les Dieux : Changer de ton dans le bas :

Le mortel suppliant est sacré devant eux.

Le ton de la plus vive et de la plus touchante invitation :

Je tombe à tes genoux, ô mon fils ! je les presse D'un effort douloureux qui coûte à ma faiblesse. Que j'obtienne de toi la fin de mes tourments !

Une nuance :

Accorde cette grâce à mes gémissements ! Changement de ton dans le bas, sans refroidir l'intérêt :

Mène-moi dans l'Eubée, ou bien dans ta patrie ; Une nuance :

Le chemin n'est pas long à la rive chérie

Bien exprimer ces deux vers, tout l'épanchement de l'âme sur le second :

Où j'ai reçu le jour, aux bords de Sperchius,

Bords charmants, et pour moi depuis longtemps perdus !

Toujours soutenir le même intérêt, une nuance : Mène-moi vers Péon ; rends un fils à son père :

Changement de ton, bien exprimer la crainte de Philoctète :

Et que je crains, ô Ciel ! que la parque sévère De ses ans, loin de moi, n'ait terminé le cours !

Changement d'inflexion:

J'ai fait plus d'une fois demander ses secours

Après un profond soupir:

Mais il est mort, sans doute, ou ceux de qui le zèle Lui devaient de mon sort porter l'avis fidèle,

Changement de ton :

A peine en leur pays, ont bien vite oubjié

Les serments qu'avait faits leur trompeuse pitié.

Changement de ton :

Ce n'est plus qu'en toi seul que nom espoir réside ;

Plus vivement, relever le second hémistiche :

Sois mon libérateur ; ô Pyrrhus, sois mon guide ! Changement de réflexion et de ton:

Considère le sort des fragiles humains ; Une nuance :

Et qui peut un moment compter sur les destins 1

Une nuance :

Tel repousse aujourd'hui la misère importune, Qui tombera demain dans la même infortune.

Ces deux vers doivent être prononcés avec toute l'explosion de la sensibilité, et surtout le second :

Il est beau de prévoir ces retours dangereux, Et d'être bienfaisant alors qu'on est heureux.

La Harpe, Philoctète.

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