‹ French speaker, ou L'orateur françaisChapitre 37 sur 174 · ACHILLE, AGAMEMNON · texte numérisé non relu

ACHILLE, AGAMEMNON

ACHILLE

Du ton d'un homme indigné qui se contraint, et qui veut dissimuler le sentiment qui l'agite :

Un bruit assez étrange est venu jusqu'à moi, Seigneur ;

Je l'ai jugé trop peu digne de foi.

Une réticence après : On dit :

On dit, et sans horreur je ne puis le redire, Bien accentuer et bien articuler ce qui suit :

Qu'aujourd'hui,

Une nuance :

Par votre ordre, Iphigénie expire ; ' Que vous-même, étouffant tout sentiment humain,

Bien appuyer sur l'articulation :

Vous l'allez à Calchas livrer de votre main.

Relever le : On dit :

On dit que, sous mon nom à l'autel appelée, Je ne l'y conduisais que pour être immolée,

Relever le vers suivant, et dire le second dans le sombre de la voix :

Et que, d'un faux hymen nous abusant tous deux, Vous vouliez me charger d'un emploi si honteux !

Se reprendre pour dire avec un sentiment contraint, d'un ton plus relevé :

Qu'en dites-vous, seigneur ?

Une nuance :

Que faut-il que j'en pense % Le ton du reproche :

Ne ferez-vous pas taire un bruit qui vous offense ?

AGAMEMNON

D'un ton sévère et digne :

Seigneur, je ne rends point compte de mes desseins ; Ma fille ignore encor mes ordres souverains ;

Une nuance :

Et quand il sera temps qu'elle en soit informée, D'un ton impérieux :

Vous apprendrez son sort, j'en instruirai l'armée,

ACHILLE

D'un ton impétueux :

Ah ! je sais trop le sort que vous lui réservez,

AGAMEMNON

D'un ton froidement imposant:

Pourquoi le demander, puisque vous le savez ?

ACHILLE

Yivement, d'un ton indigné :

Pourquoi je le demande % Une nuance dans le bas :

O ciel ! le puis-je croire.

Qu'on ose des fureurs avouer la plus noire !

Changement de ton :

Vous croyez qu'approuvant vos desseins odieux, Je vous laisse immoler votre fille à mes yeux !

Avec force, et graduer le vers :

Que ma foi, mon amour, mon bonheur y consente !

AGAMEMNON

D'un ton ferme, et sans emportement :

Mais vous, qui me parlez d'une voix menaçante) Une nuance :

Oubliez-vous ici qui vous interrogez ?

ACHILLE

D'un ton menaçant :

Oubliez-vous qui faime et qui vous outragez %

AGAMEMNON

Le ton de l'humeur :

Et qui vous a chargé du soin de ma famille 1 Une nuance :

Ne pourrai-je, sans vous, disposer de ma fille ? Changement de ton :

Ne suis-je plus son père 1

Une nuance :

Etes-vous son époux"?

Et ne peut-elle.

ACHILLE

L'interrompt avec emportement :

Non,

Une nuancfe :

Elle n'est plus à vous ; Un ton plus fort :

On ne m'abuse point par des promesses vaines, Changement de ton :

Tant qu'un reste de sang coulera dans mes veines ;

Une nuance :

Vous deviez à mon sort unir tous ses moments,

Plus de force :

Je défendrai mes droits, fondés sur vos serments. Changement de ton :

Et n'est-ce pas pour moi que vous l'avez mandée ?

AGAP/TEMNON.

Avec emportement :

Plaignez-vous donc aux Dieux qui me l'ont demandée ;

Changement de ton :

Accusez et Calchas et le camp tout entier, Ulysee, Ménélas, et vous tout le premier,

ACHILLE

Avec emportement :

Moi,

AGAMEMNON

Avec force :

Vous,

Qui de l'Asie embrassant la conquête, Querellez tous les jours le ciel qui vous arrête ; Vous qui, vous offensant de mes justes terreurs,

Une nuance :

Avez dans tout le camp répandu vos fureurs.

Changement de ton :

Mon cœur, pour la sauver, vous ouvrait une voie ; Une nuance plus forte :

Mais vous ne demandez,, vous ne cherchez que Troie.

Changement de ton :

Je vous fermais le champ où vous voulez courir ; Vous le voulez, partez, sa mort va vous V ouvrir,

ACHILLE

Cette tirade exige de celui qui la débite beaucoup d'adresse pour ménager ses moyens, de façon à ne point ralentir l'action, mais à l'animer, en faisant valoir chaque chose avec chaleur, véhémence, et avec le noble emportement d'Achille ; il faut commencer avec le ton concentré de l'indignation :

Juste ciel! puis-je entendre et souffiir ce langage !

Une nuance plus forte :

Est-ce ainsi qu'au parjure on ajoute l'outrage !

Changement de ton, reprendre dans le bas :

Moi !

Un semi-ton :

Je voulais partir aux dépens de ses jours ! Relever le ton d'une manière impétueuse :

Et que m'a fait à moi cette Troie où je cours? Au pied de ses remparts quel intérêt m'appelle ?

Graduer :

Pour qui,

Une nuance :

Sourd à la voix d'une mère immortelle, Soutenir :

Et d'un père éperdu négligeant les avis, Plus de développement:

Vais-je y chercher la mort, tant prédite à leur fils ? Changer de ton, prendre le plein de la voix :

Jamais vaisseaux, partis des rives du Scamandre, Plus de développement :

Aux champs thessaliens osèrent-ils descendre ?

Et jamais dans Larisse un lâche ravisseur

Relever le vers suivant :

Me vint-il enlever ou ma femme ou ma sœur 1 Changer de ton, et soutenir la même chaleur :

Qu'ai-je à me plaindre ?

Une nuance :

Où sont les pertes que j'ai faites 1

Reprendre avec force dans le bas, et graduer les cinq vers suivants :

Je n'y vais que pour vous, barbare que vous êtes, Pour vous, à qui des Grecs moi seul je ne dois rien, Vous, que j'ai fait nommer et leur chef et le mien ; Vous que mon bras vengeait dans Lesbos enflammée, Avant que vous eussiez assemblé votre armée.

Reprendre un ton plus bas :

Et quel fut le dessein qui nous assembla tous ?

Une nuance plus forte :

Ne courons-nous pas rendre Hélène à son époux ?

Une nouvelle réflexion :

Depuis quand pense-t-on, qu'inutile à moi-même, Je me laisse ravir une épouse que j'aime %

Changement de ton :

Seul, d'un honteux affront votre frère blessé Relever le ton :

A-t-il droit de venger son amour offensé î

Changer de ton aux deux hémistiches, le premier dans le haut, le second dans le bas : Votre fille me plut ; Avec modestie :

Je prétendis lui plaire ; Relever le vers, et bien articuler et graduer les trois suivants :

Elle est de mes serments seule dépositaire ; Content de son hymen, vaisseaux, armes, soldats,

Ma foi lui promit tout,

Changer de ton.

Et rien à Ménélas.

Reprendre un ton plus bas, et graduer les quatre vers :

Qu'il poursuive, s'il veut, son épouse enlevée ; Qu'il cherche une victoire à mon sang réservée :

Changement de ton :

Je ne connais Priam, Hélène, ni Paris ; Le ton absolu et décidé :

Je voulais votre fille, et ne pars qu'à ce prix.

AGAMEMNON

D'un ton ferme et prononcé :

Fuyez donc, retournez dans votre Thessalie ; Changement de ton :

Moi-même je vous rends le serment qui vous lie : Une nuance :

Assez d'autres viendront, à mes ordres soumis, Se couvrir des lauriers qui vous furent promis, Et, par d'heureux exploits forçant la destinée, Trouveront d'Ilion la fatale journée.

120 LE LECTEUR ET l'oRATEUR FRANÇAIS.

Changement de ton :

J'entrevois vos mépris, et juge, à vos discours, Combien j'achèterais vos superbes secours.

Changement d'intonation et de réflexion, le ton du reproche :

De la Grèce déjà vous vous rendrez l'arbitre ; Un semi-ton :

Ses rois, à vous ouïr, m'ont paré d'un vain titre, Relever le ton :

Fier de votre valeur,

Tout, si je vous en croiss Graduer le vers suivant à chaque virgule :

Doit marcher, doit fléchir, doit trembler sous vos lois. Un ton ferme :

Un bienfait reproché tint toujours lieu d'offense. Reprendre dans le bas, et relever le dernier hémistiche :

Je veux moins de valeur et plus d'obéissance, Fuyez.

Une nuance :

Je ne crains point votre impuissant courroux,

Jeter le vers avec force :

Et je romps tous les nœuds qui m'attachent à vous.

ACHILLE

Après un mouvement de la plus violente colère, fait un effort sur lui-même et dit, avec la plus vive émotion, les vers suivants qui doivent être articulés avec les frémissements d'un homme violent prêt à anéantir Agamemnon :

Rendez grâce au seul nœud qui retient ma colère,

Après un temps dans le bas :

D'Iphigénie encor je respecte le père : Peut-être, sans ce nom, le chef de tant de rois

Soutenir le vers de la manière la plus imposante i

M'aurait osé braver pour la dernière fois. Changement de ton:

Je ne dis plus qu'un mot,

C'est à vous de m'entendre :

J'ai votre fille ensemble et ma gloire à défendre.

Changement de ton :

Pour aller jusqu'au cœur que vous voulez percer^ D'un ton terrible :

Voilà par quel chemin vos coups doivent passer.

Racine, Iphigénie.

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