ABNER, JOAB
ABNER
Oui, je viens dans son temple adorer l'Eternel ;
ïl faut, de l'onction sur : antique et solennel:
Je viens, selon l'usage antique et solennel, Célébrer avec vous la fameuse journée Où, sur le mont Sina, la loi nous fut donnée.
11 faut, avant de dire le vers suivant, un changement de ton qui annonce un sentiment de regret:
Que les temps sont changés ! Sitôt que de ce jour La trompette sacrée annonçait le retour;
Avec onction :
Du temple, orné partout de festons magnifiques,
Le peuple saint en foule inondait les portiques ;
Et tous, devant l'autel avec ordre introduits,
De leurs champs dans leurs mains portant les nouveaux fruits,
Il faut élever le premier hémistiche du vers suivant d'un ton solennel :
Au Dieu de V univers consacraient ces prémices.
Changement de ton au ver? suivant, et l'articuler dans le plein de la voix :
Les prêtres ne pouvaient suffire aux sacrifices.
Il faut que les vers suivants soient prononcés d'un ton grave et sombre :
L'audace d'une femme, arrêtant ce concours,
En des jours ténébreux a changé ces beaux jours.
Il faut un ton de regret pour dire :
D'adorateurs fcélés à peine un petit nombre
Osent des premiers temps nous retracer quelque ombre :
Une nuance plus bas pour dire :
Le reste pour son Dieu montre un oubli fatal ;
Le ton du mépris en prononçant : aux autels de Baalf et celui de l'indignation sur les deux vers suivants ; porter toute la force sur le troisième vers :
Ou même, s'empressant aux autels de Baaï,
Se fait initier à ses honteux mystères,
Et blasphème le nom qu'ont invoqué leurs pères.
Un temps et une réflexion pour dire avec un sentiment de crainte :
Je tremble qu'Athalie, à ne vous rien cacher, Vous-même de l'autel vous faisant arracher, N'achève enfin sur vous ses vengeances funestes. Et d'un respect forcé ne dépouille les restes.
JOAD
Cette interrogation de Joad doit être faite avec gravité :
D'où vous vient aujourd'hui ce noir pressentiment %
ABNER
Avec onction :
Pensez-vous être saint et juste impunément ?
Avec intérêt pour Joad dans les vers suivants :
Dès longtemps elle hait cette fermeté rare Qui rehausse en Joad l'éclat de la tiare,
Relever un peu le ton de la voix sur ces vers :
Dès longtemps votre amour pour la religion Est traité de révolte et de sédition.
Changement de ton et d'intérêt au vers suivant :
Du mérite éclatant cette reine jalouse
Relever un peu la'voix sur le premier hémistiche :
Hait surtout Josabetk, votre fidèle épouse.
Une nuance plus bas :
Si du grand-prêtre Aaron Joad est successeur, De notre dernier roi Josabeth est la sœur.
Le ton de la plus profonde indignation dans les vers suivants, et bien graduer les trois noms de Mathan :
Mathan, d'ailleurs, Mathan, ce prêtre sacrilège, Plus méchant qu'Athalie, à toute heure l'assiège ; Mathan, de nos autels infâme déserteur, Est de toute vertu zélé persécuteur.
Une nuance dans le plein de la voix :
C'est peu que, le front ceint d'une mitre étrangère, Prononcez Baal avec mépris :
Ce lévite à Baal prête son ministère ;
Changement d'intonation sur les vers suivants :
Ce temple l'importune, et son impiété Voudrait anéantir le Dieu qu'il a quitté.
Relever un peu le ton en commençant le vers suivant : Pour vous perdre il n'est point de ressorts qu'il n'invente ;
Relever le ton sur le premier hémistiche, et changer ! intonation sur le second :
Quelquefois il vous plaint, souvent même il vous vante ; II affecte pour vous une fausse douceur, Et par là de son fiel colorant la noirceur,
Une nuance dans le haut :
Tantôt à cette reine il vous peint redoutable,
Relever un peu le son sur le : tantôt :
Tantôt^ voyant pour l'or sa soif insatiable,
Il lui feint qu'en un lieu que vous seul connaissez,
Vous cachez des trésors par David amassés.
Elever un peu le ton, et dire avec un vif intérêt
Enfin, depuis deux jours, la superbe Athalie, Un ton un peu plus bas pour dire
Dans un sombre chagrin paraît ensevelie.
Le ton mystérieux d'une nouvelle réflfexion :
Je l'observais hier, et je voyais ses yeux Lancer sur le lieu saint des regards furieux ;
Un temps et une nouvelle réflexion :
Comme si, dans le fond de ce vaste édifice,. Dieu cachait un vengeur armé pour son supplice.
Changement de ton dans le plein de la voix, et qui exprime la crainte :
Croyez-moi, plus j'y pense, et moins je puis douter Que sur vous son courroux ne soit près d'éclater,
Soutenir les deux vers suivants, et que la force de l'articulation se porte sur : attaquer Dieu :
Et que d'e Jézabel îa fille sanguinaire
Ne vienne attaquer Dieu jusqu'en son sanctuaire.
JOAD
Un ton imposant, grave et solennel pour dire les deux vers suivants :
Celui qui met un frein à la fureur des flots S'ait aussi des méchants arrêter les complots.
De l'onction pour dire :
Soumis avec respect à sa volonté sainte,
D'une manière ferme le vers suivant en adoucissant la voix sur : cher Abner :
Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai point d'autre crainte.
Changer entièrement de nuance au vers suivant, avec le ton de la réflexion, et dans le bas de la voix :
Cependant je rends grâce au zèle officieux
Qui sur tous mes périls vous fait ouvrir les yeux.
Une nuance pour dire :
Je vois que l'injustice en secret vous irrite, Que vous avezencor le cœur israélite ;
Un ton religieux pour dire : le Ciel en soit béni; après un temps changer entièrement de ton pour en prendre un très-imposant, et relever dans le plein de la voix : Mais ce secret courroux :
Le Ciel en soit béni ! Mais ce secret courroux*
Changer de ton sur l'interrogation : vous en contentezvous ? doit être articulé dans le plein de la voix d'une manière imposante :
Cette oisive vertu, vous en contentez vous ? Soutenir le ton avec une articulation bien prononcée, en graduant la force de l'expression dans les six vers suivants :
La foi qui n'agit point, est-ce une foi sincère î Huit ans déjà passés, une impie étrangère Du sceptre de David usurpe tous les droits, Se baigne impunément dans le sang ce nos rois, Des enfants de son fils détestable homicide, Et même contre Dieu lève son bras perfide.
Changement de ton dans le plein de la voix et dans le bas :
Et vous, l'un des soutiens de ce tremblant Etat, Une nuance plus forte :
Vous, nourri dans les camps du saint roi Josaphat,
Soutenir le même ton jusqu'à la fin de la période qui ne finit qu'au troisième vers :
Qui, sous son fils Joram, commandiez nos armées, Lorsque d'Ochosias le trépas imprévu Dispersa tout son camp à l'aspect de Jéhu ;
Changement d'intonation dans le bas de la voix, et soutenir le vers suivant avec onction :
Je crains Dieu, dites-vous, sa vérité me touche.
Prendre au vers suivant le ton prophétique .
Voici comme ce Dieu vous répond par ma bouche :
Un ton solennel et très-imposant ; soutenir par de la chaleur et une grande dignité en portant la parole de Dieu dans les vers suivants, et en graduant chaque vers jusqu'à la fin de la période :
Du zèle de ma loi que sert de vous parer 1 Par de stériles vœux pensez-vous m'honorer % Quel fruit me revient-il de tous vos sacrifices ? Ai-je besoin du sang des boucs et des génisses ? Le sang de vos rois crie, et n'est point écouté ; Rompez, rompez, tout pacte avec l'impiété ; Du milieu de mon peuple exterminez les crimes,
Une intonation impérieuse au vers suivant :
Et vous viendrez alors mHmmoler vos victimes
ABNER
Un soupir doit précéder.
Eh ! que puis-je au milieu de ce peuple abattu T Relever un peu le ton sur le vers suivant :
Benjamin est sans force, et Juda sans vertu.
Le ton de la douleur :
Le jour qui de leurs rois vit éteindre la race Eteignit tout le feu de leur antique audace.
Un petit repos, et ton de regret pour dire :
Dieu même, disent-ils, s'est retiré de nous. De l'honneur des Hébreux autrefois si jaloux, Il voit sans intérêt leur grandeur terrassée, Et sa miséricorde à la fin s'est lassée.
Un changement de ton, celui du regret :
On ne voit plus pour nous ses redoutables mains De merveilles sans nombre effrayer les humains.
Un ton sentencieux :
L'arche sainte est muette, et ne rend plus d'oracles.
JOAD
Un ton imposant et ferme :
Et quel temps fut jamais si fertile en miracles 1 Quand Dieu par plus d'effets montra-t-il son pouvoir?
Le ton solennel de l'indignation :
Auras- tu donc toujours des yeux pour ne point voir, Peuple ingrat 1
Changer d'intonation :
Quoi ! toujours les plus grandes merveilles, Sans ébranler ton cœur frapperont tes oreilles !
Changer d'intonation en parlant d'un ton soutenu et noble, en graduant avec force et énergie toute cette période qui ne se termine qu'au vers : les morts se rcrnimant à la voix d'Elisée :
Faut-il, Abner, faut-il vous rappeler le cours Des prodiges fameux accomplis en nos jours % Des tyrans d'Israël les célèbres disgrâces.
Relever le ton :
Et Dieu trouvé fidèle en toutes ses menaces ; Reprendre ici un ton plus bas, mais sans ralentir l'intérêt et la chaleur :
L'impie Achab détruit, et de son sang trempé
Le champ que par le meurtre il avait usurpé ;
Près de ce champ fatal Jézabel immolée ;
En graduant toujours les vers suivants :
Sous les pieds des chevaux cette reine foulée ; Dans son sang inhumain les chiens désaltérés,
Avec force le vers suivant :
Et de son corps hideux les membres déchirés ; Un petit repos-, reprendre un ton plus bas et toujours soutenu :
Des prophètes menteurs la troupe confondue, Et la flamme du ciel sur l'autel descendue ;
Changez de ton avec plus de force et d'expression:
Elie aux éléments parlant en souverain, Les cieux par lui fermés et devenus d'airain, Et la terre trois ans sans pluie et sans rosée ;
Relever to ton du vers suivant :
Les morts se ranimant à la voix d'Elisée 1
Un repos et un ton plus bas, mais ferme : Reconnaissez, Abner, à ces traits éclatants, Un Dieu tel aujourd'hui qu'il fut dans tous les temps.
Relever ici le ton, en portant la force de la voix sur le second vers :
Il sait, quand il lui plaît, faire éclater sa gloire, Et son peuple est toujours présent à sa mémoire.
ABNER
Cette tirade doit être dite simplement et avec intérêt :
Mais où sont ces honneurs à David tant promis, Et prédits même eneor à Salomon son fils ? Avec un soupir :
Hélas ! nous espérions que de leur race heureuse
Devait sortir de rois une suite nombreuse ;
Que sur toute tribu, sur toute nation,
L'un d'eux établirait sa domination,
Ferait cesser partout la discorde et la guerre,
Et verrait à ses pieds tous les rois de la terre.
JOAD
D'un ton ferme :
Aux promesses du Ciel pourquoi renoncez-vous ?
128 LE LECTEUR ET l'oRATEUR FRANÇAIS.
ABNER
La diction doit être plus soutenue, et l'intérêt gradué dans les cinq vers suivants, surtout aux deux derniers :
Ce roi, fils de David, où le chercherons-nous ?
Le ciel même peut-il réparer les ruines
De cet arbre séché jusque dans ses racines î Le ton d'un sensible regret :
Athalie étouffa l'enfant même au berceau. Faire bien valoir le vers suivant :
Les morts, après huit ans, sortent-ils du tombeau ! Il faut prononcer ces deux vers après une réflexion que semble inspirer un avenir plus heureux :
Ah ! si dans sa fureur elle s'était trompée,
Si du sang de nos rois quelque goutte échappée....
JOAD
En le fixant, et cherchant à pénétrer dans son cœur : Eh bien ! que feriez-vous 1
ABNER
Vivement, avec l'expression de la joie :
O jour heureux pour moi !
De quelle ardeur j'irais reconnaître mon roi!
Reprendre dans le bas de la voix:
Doutez-vous qu'à ses pieds nos tribus empressées.... Une nouvelle réflexion fait place à l'espoir, et il dit tristement :
Mais pourquoi me flatter de ces vaines pensées l Déplorable héritier de ces rois triomphants, Ochosias restait seul avec ses enfants ;
Avec douleur : relever la voix sur le second vers: Par les traits de Jéhu je vis percer le père ; Yous avez vu les fils massacrés par la mère.
JOAD
Avec une réflexion grave :
Je ne m'explique point ; mais quand l'astre du jour Aura sur l'horizon fait le tiers de son tour ; Lorsque la troisième heure aux prières rappelle, Retrouvez-vous au temple avec le même zèle.
Un petit repos, et avec mystère :
Dieu pourra vous montrer, par d'importants bienfaits, Que sa parole est stable, et ne trompe jamais.
Le MêME, Athalie.