Henri IV À l'Assemblée des Notables
Si je faisais gloire de passer pour excellent orateur, j'aurais apporté ici plus de belles paroles que de bonne volonté ; mais mon ambition tend à quelque chose de plus haut que de bien parler : j'aspire au glorieux titre de libérateur et de restaurateur de la France. Déjà, par la faveur du Ciel, par les conseils de mes fidèles serviteurs, et par l'épée de ma brave et généreuse noblesse (de laquelle je ne distingue point mes Princes, la qualité de gentilhomme étant le plus beau titre que nous possédions), je l'ai tirée de la servitude et de la ruine. Je désire maintenant la remettre en sa première force et en son ancienne splendeur. Participez, mes sujets, à cette seconde gloire, comme vous avez participé à la première.
Je ne vous ai point ici appelés, comme faisaient mes prédécesseurs, pour vous obliger d'approuver aveuglément mes volontés ; je vous ai fait assembler pour recevoir vos conseils, pour les croire, pour les suivre ; en un mot, pour me mettre en tutelle entre vos mains : c'est une envie qui ne prend guère aux Rois, aux barbes grises, et aux victorieux comme moi; mais l'amour que je porte à mes sujets, et l'extrême désir que j'ai de conserver mon État, me font trouver tout facile et tout honorable.
58. — Le maréchal de Biron à Henri IV, À qui, dans une circonstance critique*, on conseillait de se retirer en Angleterre.
Quoi ! Sire, on vous conseille de monter sur mer, comme s'il n'y avait pas d'autre moyen de conserver votre Royaume que de le quitter ! Si vous n'étiez pas en France, il faudrait percer au travers de tous les hasards et de tous les obstacles pour y venir ; et maintenant que vous y êtes, on voudrait que vous en sortissiez ; et vos amis seraient d'avis que vous fissiez de votre bon gré ce que les plus grands efforts de vos ennemis ne sauraient vous contraindre de faire. En l'état où vous êtes, sortir seulement de la France pour vingt-quatre heures, c'est s'en bannir pour jamais.
Le péril, au reste, n'est pas si grand qu'on vous le dépeint: ceux qui nous pensent envelopper sont, ou ceux même que nous avons tenus enfermés si lâchement à Paris, ou gens qui
* Avec très-peu de troupes, il était alors pressé, aux environs de Dieppe, par une armée de trente mille hommes.
ne valent pas mieux, et qui auront plus d'affaires entre euxmêmes que contre nous. Enfin, Sire, nous sommes en France, il nous y faut enterrer : il s'agit d'un Royaume, il faut l'emporter ou y perdre la vie ; et quand même il n'y aurait point d'autre sûreté pour votre personne sacrée que la fuite, je sais bien que vous aimeriez mieux mille fois mourir de pied ferme, que de vous sauver par ce moyen. Votre Majesté ne souffrirait jamais qu'on dise qu'un cadet de la maison de Lorraine lui aurait fait perdre terre, encore moins qu'on la vît mendier à la porte d'un Prince étranger.
Non, Sire, il n'y a ^î couronne ni honneur pour vous au-delà de la mer. Si vous allez au-devant du secours de l'Angleterre, irreculera ; si vous vous présentez au port de La Rochelle en homme qui se sauve, vous n'y trouverez que des reproches et du mépris. Je ne puis croire que vous deviez plutôt fier votre personne à l'inconstance des flots et à la merci de l'étranger, qu'à tant de braves gentilshommes et tant de vieux soldats qui sont prêts à lui servir de rempart et de bouclier ; et je suis trop serviteur de Votre Majesté, pour lui dissimuler que, si elle cherchait sa sûreté ailleurs que dans leur vertu, ils seraient obligés de chercher la leur dans un autre parti que dans le sien.
Mézeray*. Histoire de France.