‹ Fréquence, Prophylaxie et Traitement des Crevasses du MamelonChapitre 18 sur 22 · II. — Prophylaxie après l'accouchement · texte numérisé non relu

II. — Prophylaxie après l'accouchement

Nous avons cru pouvoir affirmer dans le chapitre sur l’étiologie qu’une des causes qui favorisaient le plus l'apparition des crevasses était la négligence de la mère, ou son ignorance en ce qui concerne les tétées. Nous croyons donc utile d’insister sur leur réglementation durant les premiers jours de l’allaitement.

Nous sommes heureux de pouvoir citer, un des premiers sans doute, un livre récemment paru, La Pratique Médico-chirurgicale, de MM. Brissaud, Pinard, Reclus : les renseignements que nous allons donner, ont été largement empruntés à l’article « Allaitement » de ce traité, rédigé par notre maître M. Wallich.

Il est d'abord absolument inutile que l’enfant soit mis au sein dans les douze premières heures qui suivent l’accouchement. Il est aussi inutile et même

. dangereux de lui faire absorber l’eau sucrée clas-

sique.

L'enfant est mis au sein : « Il trouve dans le colostrum une alimentation légère, dilatant peu les voies digestives ». « Son appétit s’est développé, à ce régime léger ; il va téter avidement, et la sécrétion lactée se fera d'autant plus active que les succions seront plus énergiques ; elles auront aussi pour effet d’assouplir et de conformer les bouts de seins que l'enfant saisira de plus en plus facilement » (Wallich). Le colostrum est peu abondant, et si la montée laiteuse tarde à se produire, l'enfant se fatigue, s’irrite, se décourage à tirer pour ne rien prendre. La mère ne doit pas perdre patience, et doit administrer à l’enfant quelques cuillerées de lait stérilisé pour calmer sa faim.

Vers le troisième jour apparaît la montée laiteuse. Les seins sont gonflés, distendus, pesants, légèrement chauds, difficiles à prendre. On soulagera les douleurs souvent vives à ce moment en soutenant les seins remontés et maintenus par un bandage de corps ; il deviendra même nécessaire parfois de faire des applications sur les seins « de compresses exprimées après avoir été imbibées d’eau aussi chaudes qu’on peut les supporter ».

La montée laiteuse accomplie, il devient nécessaire de régler le nombre des tétées.

« La réglementation naturelle des tétées, dit M. Wallich, serait de mettre au sein l'enfant chaque fois qu’il se réveille et se met à crier. C’est ainsi, du

reste, qu’il convient de procéder les premiers jours et pendant la montée laiteuse pour calmer dans la mesure du possible les douleurs provoquées par les phénomènes fluxionnaires. Lorsque ceux-ci sont dissipés, il y a avantage à réglementer le nombre et les heures des tétées en tenant compte des occupations sociales et du temps de sommeil de la mère-.Le nourrisson sent rapidement la discipline qui lui est imposée et preud, en peu de temps, les habitudes qu’on lui indique. »

Combien de temps s’écoulera-t-il entre chaque tétée ?

Jl faut deux heures et demie à l'estomac du nourrisson pour digérer ce qu’il prend et vider son estomac.En tenant compte du temps perdu avant la tétée et après la tétée on voit qu’en fait on laisse près de trois heures d'intervalle. En agissant ainsi on donnera de six à sept tétées par vingt-quatre heures. Il nous paraît inutile et même dangereux pour la santé de l'enfant d’en donner davantage. «Il est de bonne politique, ajoute M. Wallich, au point de vue de la réussite de l’allaitement maternel, de bien ordonner ces heures de tétées afin de laisser à la mère la libre disposition de ses heures de repas et de sortie suivant son état social. La réglementation doit avoir pour but d'espacer suffisamment les tétées, tout en laissant pendant la nuit un repos de six à huit heures et cela aussi bien pour la mère que pour l'enfant. Ces tétées seront prises soit à un seul sein, soit aux deux suivant l'abondance de la lactation. »

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