‹ Fréquence, Prophylaxie et Traitement des Crevasses du MamelonChapitre 7 sur 22 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

De l’importance des crevasses du mamelon au point de vue de l'allaitement

La douleur est d’abord un symptôme. Elle annonce l’apparition de la lésion : avec l’ulcération elle la caractérise ; trop violente, elle devient une véritable complication.

Au moment de la tétée, la douleur est légère, et la nourrice ne la redoute pas encore ; le mamelon est légèrement rouge. Les femmes qui ont déjà eu des crevasses ne s’y trompent pas ; cette douleur légère pendant la succion est l’annonce de la crevasse prochaine. Quand l’ulcération est produite, la douleur augmente : les nerfs sensitifs du mamelon sont à nu dans la plaie. C’est de cette douleur que nous faisons une véritable complication, car elle a souvent pour conséquence la cessation définitive de l’allaitement.

Cette douleur est extrêmement vive, atroce, lancinante ; pendant la succion la souffrance est telle

qu’elle provoque des crises de larmes, et nécessite dela part de la mère un grand courage et une grande énergie. « Les femmes nerveuses, dit Fonssagrives, tombent quelquefois dans un véritable état de cachexie, sous l'influence des douleurs violentes qu’elles provoquent et qui sont ramenées par la succion de l’enfant, comme l'est la douleur atroce de la fissure anale dans l’exonération ; elles maigrissent, la fièvre s’allume, la nutrition décline et l’insomnie achève, dans les cas graves et tenaces, de les réndre absolument inaptes à nourrir, au moins du côté où siègent les gerçures. »

La violence de la douleur diminue la sécrétion mamelonaire, et modifie sans doute la sécrétion lactée. La crevasse donne lieu à un écoulement sanguin, et l'enfant a du mélœna, ce qui inquiète la famille. En tout cas, la mère ajourne l'heure des tétées, elle en écourte la durée, retient son lait, néglige son enfant et « au lieu de ressentir les joies pures de la maternité qui P’attachent à son enfant, elle n’éprouve que des souffrances inouïes qui l’en éloignent, malgré la voix de la nature, et l’empêchent ainsi d’accomplir le plus doux de ses devoirs » (Courg-y). Or, parmi les femmes qui veulent nourrir il y a déjà trop de causes qui empêchent l'allaitement maternel. Les cas de syphilis, de tuberculose et de tant d’autres maladies héréditaires le rendent dangereux pour le nourrisson. Viennent ensuite les cas où la mère n’a pas assez de lait pour subvenir aux besoins

de son enfant, ou bien, où elle ne peut nourrir, vu

dreb Aires

la nécessité de gagner sa vie. On voit combien sont nombreux les enfants qui sont privés de leur nourriture maternelle ; et si la médecine et l'hygiène sont impuissantes contre ces Cas, au moins doivent-elles se préoccuper alors des causes accidentelles, telles que les crevasses, qui sont susceptibles d'aboutir à ces tristes Conséquences.

L’acuité de la douleur amène donc ce résultat :

C’est que la mère dépérit, donne du mauvais lait, ne soigne plus son enfant qui perd de son poids et que finalement elle cesse de donner le sein.

Ces conséquences désastreuses pour la mère et pour l’enfant valent sans doute qu’on insiste sur les causes quiles déterminent ; c’est pourquoi on nous pardonnera cette digression un peu longue.

Donc la crevasse provoque de la douleur, premier point ; deuxième point, elle est l’origine de la lympnangite et des abcès du sein.

Nous avons dit que nous ne nous préoccuperions pas des abcès post-puerpéraux ; mais, sans nous lancer dans de trop grands développements, nous ne saurions les passer sous silence, si nous voulons bien caractériser l’importance des crevasses du mamelon.

« Les irritations constantes des crevasses, dit Lannelongue, les font le point de départ de presque toutes les inflammations du sein, » Et Duplay : «N'’est-il pas rationnel de voir dans ces crevasses du mamelon et de l’aréole, qui parfois pénètrent jusqu'aux conduits galactophores, le point de départ

‘d’une inflammation, laquelle se transmet de proche en proche jusqu'aux globules de la glande.

« N'est-ce pas ce qu’on observe à peu près constamment dans toutes les inflammations glandulaires à la parotide, au testicule, etc., etc. »

La présence du staphylocoque est constante sur le mamelon; il trouve dans ses replis épidermiques les glandes sébacées de laréole et à l'entrée les canaux galactophores, un excellent milieu favorable. Une crevasse survient-elle, ce bacille, et tous ceux qui vivent à l’état de saprophytes dans ces replis, cultivent, exaltent leur virulence, et ne tardent pas à manifester leur action fâcheuse sur la glande. Dans le lait de quinze nouvelles aecouchées portant des crevasses, Me Méritt a trouvé treize fois des colonies de staphylocoques blanc et doré ; sur quinze autres femmes à mamelon normal, deux seulement présentaient un staphylocoque doré. Donc, conclut Mre Méritt, le lait des femmes ayant des crevasses présente des microbes, et l’autre n’en contient pas.

Souvent c’est l’accouchée elle-même et les personnes qui l’approchent qui apportent les microbes à l'entrée des canaux galactophores. Les nouvelles accouchées portent souvent les mains au niveau de la région vulvaire, souillée par les lochies, et viennent ensuite contaminer le mamelon. De même agit une garde-malade qui après avoir fait la toilette vulvaire de la mère, met l’enfant au sein sans s'être lavé les mains. Si dans ces conditions il survient une crevasse,

la porte d'entrée est ouverte ; la lymphangite ou l’abcès en sont la conséquence.

La résultante souvent fatale de tous cestroubles : douleur, lymphangite, abcès, est la cessation de l’allaitement maternel. L’enfant est mis au biberon, ou confié au soin d’une nourrice mercenaire.

On sait les conséquences, pour la mère et pour l'enfant, de cette douloureuse nécessité.

Nous ne voulons point insister sur cette question qui a été l’objet, de la part de nos maîtres et en particulier de M. le professeur Pinard, de tant de travaux.

Une phrase, que nous avons lue bien souvent à l’amphithéâtre de la Clinique Baudelocque, résume tout ce que nous pourrions dire à ce sujet :

«Le lait de la mère appartient à son enfant. ».

C’est par elle que nous terminons ces généralités.

Page 1