‹ Frère André ThevetChapitre 11 sur 21 · PORTRAIT D' ANDRÉ THEVET EN COSMOGRAPHE · texte numérisé non relu

PORTRAIT D' ANDRÉ THEVET EN COSMOGRAPHE

Gravure en taille douce, Pourtraictz et vies des Hommes Illustres cT André Theyet, 15S4

(coll. des Editions Franciscaines)

LA GARDE DES CURIOSITES

de ses collections : des pétrifications mises à la mode par Bernard Palissy (nu pâté de truie, un serpent, des champignons) , du corail blanc, une corne de daim ainsi que des antiques et « statues rares » (1) . En 1666. le cabinet émigré encore : on l'installe à la Bibliothèque Roya]e. Il comprend alors des « déités » d'Egypte, un sistre et des momies, une épée du Japon avec son fourreau de bois, des tablettes des Indes et une natte de jonc, de gros insectes, des animaux empaillés, des cornes de buffle et de rhinocéros, un coffret d'écaillé de tortue, une « ceinture de sauvage garnie d'ailes de mouches ». une espèce de bouteille faite drune noix de coco ; tout cela mêlé à des antiques et à des vase* de Perse (2) . Bon nombre de ces objets, surtout ceux qui venaient des Indes ou d'Egypte, avaient été rassemblés par notre cordelier, et certains d'entre eux avaient été acquis par lui sur les lieux d'origine.

Le Garde des Curiosités est bien traité par le Roi. De même que son fils le Dauphin, la Reine-Mère s'intéresse à lui. et le retient à la Cour. Puisqu'il est destiné maintenant à vivre dans le monde, elle régularise sa situation, et obtient du Pape qu'il soit dispensé de ses vœux de religion. Cette sécularisation date de 1558 : Lacroix du Maine et La Popelinière prétendent qu'il l'avait eue avant ses voyages et qu'il quitta l'habit de saint François vers 1539 : de Thou l'assure aussi, disant que très tôt « il quitte le froc. et. de moine devenu aventurier, il passe le temps de sa jeunesse à des pèlerinages ou à des voyages de fantaisie ». Ils se trompent tous les trois. En effet, Thevet porte encore son titre de franciscain dans un document de 1556, et c'est après ses voyages seulement qu'il se fait séculariser, en mai 1558 d'après son propre témoignage. D ailleurs, il restera toujours très attaché à son ancien ordre. Nous en aurons de nombreuses et touchantes preuves.

Maintenant, vers 1558, la Reine-Mère le nomme un

(1) A.A.F., 1853, III, p. 35.

de ses aumôniers ordinaires (1), charge dont il est très fier, mais qui est surtout honorifique, Catherine a jusqu'à vingt-deux chapelains par an. Thevet ne figure pas d'aiHeurs dans l'état de la maison de cette princesse, dressé en 1585 et comprenant ses officiers depuis 1560. Pour lui assurer des moyens d'existence conformes à son rang à la Cour, il obtient plusieurs bénéfices dans son pays natal ; un canonicat à Saint-Pierre d'Angoulême, le titre de maître de l'école de la cathédrale, et, tout à la fin de sa vie, celui d'abbé de Masdion, vers 1580 (2).

Ce 6uccès, ces honneurs et ces charges bien rémunérées devaient faire de nombreux envieux. Tous les voyageurs et géographes qui auraient voulu avoir une part de la manne royale ne cessèrent pas, pendant un demi-siècle, de proclamer que Thevet était un menteur, un ignorant, un âne bâté. Léry se moque de ce cordelier qui est « en grand danger... de n'estre pas mis au calendrier du Pape pour être canonisé et réclamé après sa mort comme saint Thevet... Encore qu'il ait changé son capuchon et son bourdon en une mitre et une crosse..., je ne le crains plus en abbé que je ne le faisais quand il était simple cordelier ». Sur le même ton, Lammonoye dit que, pour mieux stigmatiser les bourdes qu'on relevait dans ses livres, on le représente en deux figures, l'une à côté de l'autre, « la première en habit de cordelier, la seconde en habit de séculier, avec un gros livre sur la tête. En bas de la première était ce vers :

Asne jadis sous ma grise vesture

et au bas de la seconde, celui-ci :

Plus asne encore sou» ceste couverture ».

Méprisant ces injures et invectives, Thevet, qui a renoncé à ses voyages, mène désormais une vie sédentaire et sans histoire, absorbé par ses travaux historiques et géographiques, plus encore que par ses charges de cour.

(2) Sur cette abbaye, qui était située près de Saintes, et qui fut détruite par les protestants, voir la Gallia, II, 426, qui oublie du reste Thevet dans la liste des abbés.

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