THEVET ET LE TABAC
Thevet a joué un rôle très important dans la découverte et la diffusion du tabac, qui, comme on le sait, a été apporté d'Amérique en Europe, au XVI0 siècle.
Le frère André Thevet avait remarqué au Brésil, parmi les singularités naturelles du pays, l'usage d une herbe inconnue en France, dite dans la langue des sauvages Yherbe Petun. Les Brésilens la cueillent soigneusement, la font sécher à l'ombre, puis, lorsqu'elle est sèche, ils en enveloppent une certaine quantité dans une feuille de palmier roulée dans le genre et la longueur d'une chandelle, puis ils « mettent le feu par un bout et en reçoivent la fumée par le nez et par la bouche ». Cette fumée est non seulement agréable, mais très utile, disent-ils, pour « faire disparaître, distiller et consumer les humeurs superflues du cerveau ». L'herbe est donc utile pour éclaircir les idées, pour ouvrir l'entendement; rnaië il ne faut pas en prendre sans précaution ; on doit prendre garde, car si on abuse de « cette fumée et parfum, elle enteste et enyvre comme le fumet d'un fart vin ».
C'est donc du tabac que fument les sauvages, sous la forme de longs cigares. Thevet est émerveillé de les voir, et il a voulu les imiter. Au début, l'usage de cette herbe nouvelle et forte ne lui a pas réussi. Il a été malade, et a souffert de «' sueurs et faiblesses jusqu'à tomber en quelque syncope ». Puis, devenu comme les autres chrétiens, ses compagnons, « fort friand de cette herbe et parfum », il a pris, comme eux, goût au tabac et a fumé avec beaucoup de plaisir.
Et naturellement, lorsqu'il est rentré en France, il en a rapporté de la graine, il en a semé, en a fait pousser dans son « jardin des simnles » à Paris, et il a baptisé le petun, « herbe angoulmoisine » pour en faire gloire à sa ville natale.
On est surpris de constater que Thevet n'a pas fait école, et que son cigare brésilien, ancêtre direct du* nôtre, n'a pas eu tout d'abord de succès en France. Les premiers plants de tabac n'étaient estimés que pour leur valeur décorative. Quelques particuliers, dans leurs jardins, << en faisaient des palissades ». Lorsqu'on se décida à en faire usage, ce ne fut que comme médicament, sous la forme de tabac à priser.
C'est à Jean Nicot que l'on doit l'utilisation — et non la découverte — - du tabac à priser. Voici son histoire : Nicot, jeune magistrat français envoyé au Portugal pour négocier un mariage entre dom Sébastien et la future reine de France Marguerite de Valois, envoyait souvent à Paris de ces curiosités du Nouveau-Monde, qui arrivaient journellement à Lisbonne. Dans une lettre du mois de mai 1560, quatre ans après le retour de Thevet, Nicot annonce au cardinal de Lorraine qu'il va lui envoyer une herbe nouvelle : ce sont des graines qu il faut respirer et priser si on est malade. Il les tient d'un noble Flamand qui les a rapportées de Floride. L'herbe vient des « Indes », elle est « de merveilleuse et expérimentée propriété contre le Noli me tangere, c'est-à-dire les ulcères, et contre les fistules ». Il va faire venir de ces graines à Marmoutier, et même des plants « dedans un baril avec une instruction pour les replanter et entretenir ». L'herbe sert à guérir « toutes navrures, playes, ulcères, chancres, dartres et autres tels accidents au corps humain » ; on l'emploiera aussi, de façon très efficace, contre les migraines et le mal de tête.
Peu après cette lettre et l'envoi du baril de tabac en France, François de Lorraine, jeune frère d'Henri de Guise et du Cardinal, qu'on appelait le Grand Prieur, était venu faire avec ses galères une démonstration devant Lisbonne. C'était en août 1560 ; Nicot était tout à