‹ Frère André ThevetChapitre 9 sur 21 · THE VET ET LE TABAC · texte numérisé non relu

THE VET ET LE TABAC

Alors, à la fin du xvi6 siècle, on vit reparaître comme un plaisir l'usage du petun, absorbé à la fois par les priseurs qui en emportaient avec eux des provisions dans leur drageoirs ou tabaquières, eî par les fumeurs qui l'absorbaient dans leurs pipes (dites d'abord cornets) ou dans de gros cigares qu'on appelait cigales. Pipes et cigales étaient d'usage courant, surtout chez les jeunes gens et les militaires. En 1590 Guillaume de Méra, médecin hollandais, vit à Leyde des étudiants français fumer des cigares, faits avec « entonnoirs et feuilles entortilllées » ; il voulut les imiter, mais il y renonça vite, car cela lui donna des émotions de ventre, enivrements et vertiges. Des officiers français, en 1595, introduisirent en Belgique, et particulièrement à Chimay, l'usage des cigares.

Le tabac ainsi consommé eut beaucoup de succès et des marchands en firent commerce ; il y en a plusieurs à Paris au début du XVIIe siècle. Le tabac fut universellement apprécié dans toutes les classes de la société. Les médecins s'en inquiétèrent. Neander met en garde les fumeurs, car « la fumée tabatifique aide à abréger le cours de la vie ». Les moralistes s'en indignent : passe encore, disent-ils, que l'on voie fumer ou priser des pilotes ou des soldats accablés de fatigues ou de travaux, mais il est inacceptable de voir « des seigneurs dans les plus illustres », des personnes de la bonne compagnie, des hommes ou des femmes de «' mœurs polies » les imiter ; des prêtres même, en Espagne, qui s'en servent en disant la messe et « ne se font scrupule d'avoir la tabatière ouverte sur l'autel ». Mais ces esprits chagrins n'arrêteront pas le mouvement, et on prisera et surtout on fumera de plus en plus, sans, d'ailleurs, se souvenir de Thevet.

Gravures au burin, xvine siècle

(cliché Editions Franciscaines)

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